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Demoiselle

Sommaire

  • Définitions du mot demoiselle
  • Étymologie de « demoiselle »
  • Phonétique de « demoiselle »
  • Évolution historique de l’usage du mot « demoiselle »
  • Citations contenant le mot « demoiselle »
  • Images d'illustration du mot « demoiselle »
  • Traductions du mot « demoiselle »
  • Synonymes de « demoiselle »
  • Antonymes de « demoiselle »

Définitions du mot demoiselle

Trésor de la Langue Française informatisé

DEMOISELLE1, subst. fém.

A.− [Correspond à dame1I A 1 a; avec une idée de rang social ou de distinction]
1. Vx (jusqu'à la fin du xviiies.). Jeune fille née de parents nobles ou femme (mariée) de la petite noblesse ou de la bonne bourgeoisie. Cf. Michelet, Insecte, 1857, p. 395, s.v. dame1I A 1 a α.MlleMolière, la femme du poète, mit au monde un garçon (...) Le prince (...) fit (...) envoyer aux demoiselles Molière et de Brie deux riches mantes (A. France, Génie lat.,1909, p. 128).
2. [Avec un déterminant] Personne du sexe féminin qui, sans être de haute naissance, a une fonction ou exerce une profession d'un certain niveau.
a) [Attachée individuellement à qqn]
Demoiselle d'honneur. Jeune fille attachée à la personne d'une souveraine. Allons, vite, mesdemoiselles les demoiselles d'honneur, dépêchez-vous!... La Grande-Duchesse vous attend! (Meilhac, Halévy, Gde-duch. Gérolstein,1867, II, 2, p. 236).
P. anal. [Dans un concours de beauté] Il y avait eu une fête enfantine avec élection parmi les petites filles d'une reine de beauté et de ses demoiselles d'honneur (Triolet, Prem. accroc,1945, p. 288).
Jeune fille (ou femme) qui accompagne la mariée. Une noce où la demoiselle d'honneur était une femme qui fait tirer des lotos dans les gargotes (Goncourt, Journal,1859, p. 575).Adrienne [qui va se marier] m'a demandé la petite comme demoiselle d'honneur (Colette, Mais. Cl.,1922, p. 105).
Rem. On rencontre, dans certaines régions, demoiselle de noces (cf. Sand, Villemer, 1861, p. 159).
Demoiselle de compagnie. Jeune fille (ou femme) attachée au service d'un particulier. Quinteuses demoiselles de compagnie, composez-vous de gais visages; endurez les vapeurs de votre prétendue bienfaitrice; portez ses chiens (Balzac, Peau chagr.,1831, p. 265).Une jeune fille lui sert de demoiselle de compagnie et lui fait la lecture (Renard, Journal,1899, p. 530).
b) P. ext. [Avec nuance méliorative] Personne du sexe féminin (mariée ou non) employée (dans un établissement, une administration, etc.). Demoiselle de boutique, de magasin, du téléphone. La demoiselle du comptoir avait remarqué la charmante figure de ce jeune bourgeois de campagne (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p. 162):
1. Il demanda : c'est la postière, ta petite? − C'est la demoiselle des postes, oui. − Je croyais que tu ne voulais pas d'histoires de femme? Sartre, La Mort dans l'âme,1949, p. 90.
Demoiselle de modes. Vendeuse dans un magasin de confections. Sa fille Julie, naguère demoiselle de modes rue Honoré (A. France, Dieux ont soif,1912, p. 19).
Première demoiselle. Vendeuse responsable d'un rayon. Constance Pillerault était la première demoiselle d'un magasin de nouveautés (Balzac, C. Birotteau,1837, p. 37).
[Suivi du nom de métier en appos.] Demoiselle institutrice, téléphoniste. La demoiselle vendeuse qui s'avançait pour lui demander d'exprimer ses désirs (Miomandre, Écrit sur eau,1908, p. 21).Au secrétariat, pièce austère dans laquelle une demoiselle dactylographe qui gouvernait aussi le standard téléphonique, s'évertuait tout le jour (Duhamel, Passion J. Pasquier,1945, p. 230).
c) P. euphém., fam. ou arg. Jeune fille ou femme de mœurs légères, prostituée. L'argent de poche, pour le club, le jeu, les demoiselles (A. Daudet, Rois en exil,1879, p. 254):
2. Il voulait entraîner la demoiselle en dépit du véto du souteneur. Elle résista. La foule se mit à gronder. Pierrot insista, peina, vainquit : la putain dut le suivre. Queneau, Pierrot mon ami,1942, p. 16.
Demoiselle du/de bitume, trottoir (Bruant1901, p. 373).Demoiselle du Pont-Neuf (Delvau1866, p. 112).
B.− [P. oppos. à dame1I A 2] Personne célibataire du sexe féminin.
1. [Pour désigner une personne jeune]
a) Jeune personne pubère du sexe féminin, qui n'est pas mariée. Une demoiselle charmante; une belle, jeune demoiselle; devenir demoiselle. Synon. jeune fille.Des demoiselles qui ressemblaient à des jeunes gens, et des jeunes gens qui ressemblaient à des demoiselles (Balzac, Gobseck,1830, p. 416).Le beau sous-maître galant et barytonneur qui flirte avec les demoiselles du brevet (Colette, Cl. école,1900, p. 102).Son visage était d'une demoiselle, bien que ses cheveux fussent gris (Maurois, Ariel,1923, p. 150):
3. En parlant de sa future, il [le fat de province] ne sait s'il doit dire : « C'est une fort jolie fille, ou c'est une jolie demoiselle, ou c'est une jeune personne fort jolie ». Stendhal, Racine et Shakspeare,Paris, Champion, t. 2, 1842, p. 250.
Avoir une taille, des mains, une peau, un teint de demoiselle. Il enflait sa petite voix de la façon la plus comique, et disait, en montrant ses poings de demoiselle, qu'Hadgi-Stavros aurait affaire à lui (About, Roi mont.,1857, p. 279).
Vx. Temps de demoiselle. Et l'on est parti joyeusement sous un ciel d'un bleu tendre traversé de quelques petits nuages, par un temps de demoiselle, comme on dit (Coppée, Prose,t. 2, Critique en vac., 1892, p. 322).
En emploi adj. Féminin, efféminé. La pensée de le savoir [Frédéric] mort, lui si délicat, si blanc, plus demoiselle qu'elle [Naïs] lui était insupportable (Zola, N. Micoulin,1884, p. 53).
Rem. Demoiselle remplaçait souvent, au xixes. et dans une lang. soutenue, fille ou jeune fille, termes que l'on considérait comme fam. ou vulg. Selon Rob. ,,demoiselle ne s'emploie plus guère que par politesse en leur présence (...) ou par ironie, en leur présence ou non``.
Vieilli. [P. oppos. à l'état de femme mariée] La signature que j'ai adoptée − celle de ma mère!... j'ai pris chastement son nom de demoiselle (Vallès, J. Vingtras, Bachel., 1881, p. 294).Demoiselle, elle s'appelait Juliane, (...) aujourd'hui, MmePetersen (Vuillemin, Essai signif. mort,1949, p. 170).
[Suivi d'un nom propre, introduit le nom de jeune fille d'une femme mariée] Une dame Pons, née demoiselle Lempoumas (Romains, Knock,1923, II, 5, p. 12).MmeGaluchon était une demoiselle Cudenot, de l'épicerie en gros Cudenot (Aymé, Cléramb.,1950, p. 30).
b) En partic.
α) Jeune fille de la bourgeoisie, de bonne famille. Airs, façons de demoiselle; être une demoiselle; élever, habiller, traiter en demoiselle. Avoir une demoiselle visiblement demoiselle, qui, comprenant tout dans les choses d'idées, ne comprenait rien dans celles des sens (Michelet, Journal,1860, p. 578).Leur piété de demoiselles « comme il faut » (Larbaud, F. Marquez,1911, p. 117):
4. Elle [Christine] a une fièvre cérébrale. (...) Vous savez qu'elle en était venue à oublier jusqu'à son orthographe. Une déchéance, un écrasement, une demoiselle ravalée à une bassesse de servante! Zola, L'Œuvre,1886, p. 388.
Faire la demoiselle. Elle serait mieux à tremper la soupe qu'à faire la demoiselle (Colette, Cl. école,1900, p. 18).
Demoiselle de campagne. Jeune fille peu fortunée appartenant à la bourgeoisie rurale. « N'y a-t-il pas une fille? Ce sera quelque demoiselle de campagne? » (Stendhal, H. Brulard,t. 2, 1836, p. 299).
β) Jeune fille ou (jeune) femme vierge. Ce n'est plus une demoiselle − on dit comme ça ici pour la fille qui est fille (Giono, Solit. pitié,1932; p. 163).C'est quelque chose que rendre femme une demoiselle, eût-elle trente ans (Montherl., J. filles,1936, p. 1014).
γ) Vieilli ou pop. [Avec un adj. poss. ou un compl. désignant le père] Fille de quelqu'un. Le conservateur des Eaux et Forêts accompagné de ses trois demoiselles (Zola, E. Rougon,1876, p. 255).Des mères avec leur demoiselle (Romains, Copains,1913, p. 229).Elle regardait de loin les demoiselles Rabier (Drieu La Roch., Rêv. bourg.,1939, p. 13).
2. [Pour désigner une personne adulte, souvent d'un certain âge; souvent avec un adj. ou un compl. de nom exprimant l'âge] Une demoiselle d'âge mûr. Deux d'entre elles étaient des demoiselles de cinquante ans, timides comme à quinze, mais beaucoup moins gaies qu'à cet âge (Staël, Corinne,t. 2, 1807, p. 368).Demoiselle, 40 ans, aristocratie, f. unique, légèrement intellectuelle (Montherl., J. filles,1936, p. 924):
5. Juliette s'assit sur une chaise près du poêle. Une femme vêtue de lainages superposés, une vieille demoiselle, fit son entrée, suivie d'un chien. (...) La demoiselle tendit ses mains déformées au-dessus du poêle, le chien grimpa sur une chaise et se mit à éternuer. − Il est enrhumé, dit la demoiselle en souriant à Juliette, ... Triolet, Le Premier accroc coûte deux cents francs,1945, p. 28.
Rem. Demoiselle est souvent employé, de nos jours, pour les femmes célibataires d'un certain âge afin d'éviter le terme désobligeant de vieille fille.
DR. Titre donné à une femme célibataire. Synon. mademoiselle.L'acquéresse, demoiselle L'Huillier (Barrès, Colline insp.,1913, p. 186).J'ai l'honneur de vous informer que la demoiselle Heninghem, garde-barrière à Hondezeele, se plaint des faits suivants (Maurois, Silences Bramble,1918, p. 178).
3. En appellatif. [Désignant, selon les contextes, une pers. jeune ou une pers. d'un certain âge; gén. avec un adj. et avec une valeur d'affection ou de condescendance ironique] Ma bonne, chère, pauvre demoiselle. À vous, demoiselle! (Giraudoux, Ondine,1939, I, 8, p. 66).Allez, ma petite demoiselle, dit-elle, je vais vous servir un bon café bien chaud (Triolet, Prem. accroc,1945, p. 69):
6. Je songe à tout ce que la France a fait, à tout ce qu'elle pourrait faire, et je m'interroge sur l'avenir. Pensez-y quelquefois, chères demoiselles, qui vivez dans cette demeure dont on ne voit pas la pareille à l'étranger pensez aux grandes œuvres de la France. Valéry, Variété IV,1938, p. 156.
Région. ou pop. Cherchez-vous quelqu'un, la demoiselle? (Guèvremont, Survenant,1945, p. 177).
Rem. 1. La docum. atteste demoiselle de la Vierge et demoiselle du Rosaire désignant un membre d'une congrégation religieuse vouée au culte de la Vierge et groupant des personnes célibataires de sexe féminin. Se mettre dans les demoiselles de la Vierge (Flaub., Trois contes, Cœur simple, 1877, p. 63). Confectionner avec les demoiselles du Rosaire les fleurs destinées à la fête de l'Assomption (Theuriet, Mariage Gérard, 1875, p. 33). 2. La docum. atteste a) Demoisellerie, subst. fém. État de femme non mariée. Rappelle-toi les derniers jours de ta demoisellerie (Balzac, Corresp., 1821, p. 108) (1610 « celles qui ont la qualité de femmes nobles ») (Beroalde de Verville, Le Moyen de parvenir, question 1 [I, 6] ds Hug.), ex. isolé; 1821 (Balzac, loc. cit.). b) Demoisellette, subst. fém. Petite fille. Ils ont deux demoisellettes de trois et cinq ans (Giono, Colline, 1929, p. 12) (Fin xiiies. « jeune demoiselle ») (Dit du Mercier, B.N. 19152, fo42dvoa : J'ai beax gants a demoiselettes); 1929 « petite fille » (Giono, loc. cit.).
C.− [P. anal. d'aspect gén.]
1. [Animaux]
a) Libellule. L'étang luit sous le vol des vertes demoiselles (Hugo, Contempl.,t. 1, 1856, p. 168).La maison s'abandonne (...) à la demoiselle bleue dont les ailes fatiguées grésillent encore sur la pierre chaude (Genevoix, Rroû,1931, p. 81).
b) Grue. Demoiselle de Numidie (cf. Cuvier, Leçons d'anat. comp.,t. 4, 1805, p. 43).Demoiselle de Nubie (cf. Bern. de St-P., Harm. nat.,1814, p. 243):
7. Le docteur comparait chaque jour devant la Sainte-Face Véronique à un « ibis » à qui manquerait le Nil, pour qui le Nil, retiré dans ses cataractes, ne serait jamais revenu et il l'appelait par plaisir et avec le plus grand sérieux « la demoiselle de Numidie » qui est le nom vulgaire que l'on donne à cet oiseau sacré de la vieille Égypte. Jouhandeau, M. Godeau intime,1926, p. 196.
2. Région. Bouteille ou demi-bouteille de vin. Il existe (...) une certaine eau-de-vie de cidre de la même localité [Domfront], dont le prix varie selon la grandeur des petits verres (...) Le monsieur 4 sous. La demoiselle 2 sous. Le misérable 1 sou (Nerval, Bohême gal.,1855, p. 149).
3. GÉOL. Pilier formé par l'érosion dans certains terrains (d'apr. Baulig 1956, p. 21 § 68).
Spéc. Demoiselle coiffée. Pilier surmonté d'un bloc de pierre. On rencontre des demoiselles coiffées partout où le matériel morainique est abondant et le ruissellement actif (Gde encyclop. de la Montagne, Paris, éd. Atlas, 1977).
Prononc. et Orth. : [d(ə)mwazεl]. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Cf. demoiselle2.

DEMOISELLE2, subst. fém.

A.− TECHNOL. Synon. de dame2* A.Ils [les ouvriers] (...) frappent un coup sur leur bâtisse pour durcir leur pisé, avec un de ces lourds pilons de bois qu'on appelle des « demoiselles » (Loti, Maroc,1889, p. 176).Nous fîmes quelques pas vers un point où se dressait une sorte d'instrument de pavage, rappelant par sa structure les demoiselles − ou hies − qu'on emploie au nivellement des chaussées (R. Roussel, Locus Solus,Lausanne, éd. Rencontre, 1914, p. 61).
B.− MAR. Synon., moins usuel, de dame2* C (cf. Jal, s.v. dame).
Rem. L'emploi du mot en ce sens est vraisemblablement vx ou région. (cf. Leclère 1960, s.v. dame : ,,en Bretagne les pêcheurs disent encore quelquefois « demoiselle » pour dame``).
Prononc. et Orth. : [dəmwazεl]. Ds Ac. 1718-1932. Étymol. et Hist. 1. a) 881 « jeune fille noble » (Eulalie ds Henry Chrestomathie, p. 3, v. 23); ca 1100 damisele (Chanson de Roland, éd. J. Bédier, 3708); b) 1690 p. ext. « femme célibataire mais d'une certaine distinction » (Fur.); 2. a) 1remoitié xiiies. « femme mariée de la petite noblesse ou de la bourgeoisie » (Hervis de Metz, éd. Stengel, 249-256); b) 1825 « femme mariée ou non attachée à une maison ou à un emploi » (Brillat-Sav., Physiol. goût, p. 221 : Une demoiselle de boutique); 3. a) 1630 techn. « outil du paveur » (Invent. Arch. Spa. ds Gdf. Compl.); b) 1680 zool. « libellule » (Rich.); « sorte de grue » (ibid.). Du lat. vulg. *domnicella, dimin. de domina.
STAT. − Demoiselle1 et 2. Fréq. abs. littér. : 2 442. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 995, b) 5 088; xxes. : a) 4 106, b) 2 633.
BBG. − Arveiller (R.). Fr. mod. 1968, t. 36, p. 342. − Capelovici (J.). Monsieur, madame, mademoiselle. Vie Lang. 1961, p. 604. − Darm. 1877, pp. 126-127. − Darm. Vie 1932, p. 43, 94. − Gottsch. Redens. 1930, p. 402. − Mat. Louis-Philippe 1951, p. 94, 117, 183. − Pohl (J.). Contribution à l'hist. de qq. mots. Arch. St. n. Spr. 1969, t. 205, no5, p. 363. − Quem. 2es. t. 2 1971; Fichier. − Sain. Lang. par. 1920, p. 272; Sources t. 1 1972 [1925], p. 13, 50, 176, 178. − Saint-Jacques (B.). Sex, dependency and language. Linguistique. Paris. 1973, t. 9, pp. 89-96.

Wiktionnaire

Adjectif

demoiselle \də.mwa.zɛl\ féminin (pour un homme on dit : garçon)

  1. Qualifie une fille qui n’est pas mariée.
    • Je ne suis pas mariée. Oui je suis demoiselle, et pourtant cet enfant, cet enfant, c’est à moi. — (Octave Mirbeau, « Contes cruels : La Bonne », dans Lettres de ma chaumière, 1885)

Nom commun

demoiselle \də.mwa.zɛl\ féminin

  1. Terme de politesse, par lequel on désigne les jeunes filles et, par le passé, les femmes non mariées.
    • Héloïse portait un tablier court si coquet, brodé de coton rouge […] qu’Arsène André ne pouvait la quitter des yeux, tant elle avait l’air « gent », une façon de demoiselle bien éduquée. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • Nastia (riant et regardant la corneille) : - Loukeria, que fais-tu donc ? Allons à la maison.
      Kol’ka (ayant bu et regardant la corneille) : - Pourquoi est-elle donc Loukeria ? Il est vrai qu’elle est encore une demoiselle. Que pour cette raison elle soit Lou.
      — (Lou, Une Histoire de Noël)
    • C’est une demoiselle bien née, bien élevée. — Elle est encore demoiselle. — Institution de demoiselles.
    1. (Belgique)(Vieilli) Institutrice.  [1]  [2]
  2. (Archaïsme) Fille née de parents nobles ; le titre est l’équivalent féminin d’écuyer.
    • Ce bourgeois a fait la folie d’épouser une demoiselle.
  3. Femme mariée et bourgeoise née de parents nobles.
    • Demoiselle d’honneur.
    • Demoiselle de compagnie.
  4. (Désuet) Toute femme, mariée ou non, attachée à un établissement de commerce, à une administration.
    • Elle a réservé à son enfant une situation de demoiselle, c’est-à-dire qu’elle s’est saignée pour lui faire apprendre la sténo et la dactylographie. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 199)
    • Notre esprit est toujours comme à la merci d’un téléphoniste farceur, —de préférence, il est vrai, une demoiselle du téléphone,— qui lui branche la communication avec n’importe qui, n’importe quoi […] — (Franc-Nohain [Maurice Étienne Legrand], Guide du bon sens, Éditions des Portiques, 1932)
  5. (Entomologie) Genre d’insecte zygoptère à quatre ailes membraneuses souvent confondu avec les libellules et qui s’en distingue par un vol plus lent et un corps plus petit et plus frêle.
    • Les demoiselles se reproduisent en s’arrimant en vol, comme les libellules : le mâle saisit la femelle par la tête ou le thorax à l'aide d’une pince au bout de l’abdomen, la femelle pose l’extrémité de son abdomen sous le premier segment de l’abdomen du mâle. Vu de côté, le couple apparaît alors comme un cœur, les deux insectes restant attachés ainsi sans faire de bruit et venant souvent se poser sur la végétation.
  6. Hie des paveurs → voir dame.
  7. (Ganterie) Sorte de pince en bois servant à élargir les doigts de gants.
  8. Jambier en cuir dont les scieurs se servent pour se protéger les genoux.
  9. Verge de métal utilisée dans les fonderies.
  10. Dispositif qui soutient le chevalet des scieurs de long.
  11. Dans une raffinerie de sucre, lucarne pratiquée dans le mur pour permettre l'aération.
  12. (Canotage) Support des avirons → voir dame.
  13. (Cuisine) Carcasse de canard ou d'oie, débarrassée du foie, des magrets, des cuisses et du gésier, et qui se mange grillée avec les doigts. — (Vie pratique gourmand, n°90)
  14. (Ichtyologie) Variante de poisson-demoiselle (poisson).
  15. (Ichtyologie) Synonyme de girelle commune femelle (espèce de poissons).
  16. (Ichtyologie) Un des noms vernaculaires de la cépole commune (poisson).
  17. (Architecture) Obstacle massif, généralement cylindrique ou tronconique, posé sur le faîte d’une traverse, pour empêcher que celle-ci ne serve de cheminement à l’assiégeant.
  18. (Géologie) Bloc vertical de pierre se trouvant sur les versants de certaines montagnes.
  19. (Normandie)(Métrologie) Mesure de capacité utilisée pour le calvados, généralement égale à dix centilitres.
    • [...] sous ce prétexte qu'ils n'avaient pas faim -d'une croûte de pain et d ' une « demoiselle de calvados » , qu ' ils m ' ont dit payer quatre sous. — (Le Correspondant, Volume 244, Éd. Charles Douniol, 1911)
    • Tous les moments forts de la vente des bestiaux ou des produits fermiers se passent au cabaret où les "demoiselles de Calvados" s'activent. Ces verres, joliment baptisés, contiennent la valeur de trois verres à liqueur ordinaires. — (Marie-José Strich , L'Orne autrefois, Éd. Horvath, 1994)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

DEMOISELLE. n. f.
Terme de politesse, par lequel on désigne les jeunes filles et les femmes non mariées. C'est une demoiselle bien née, bien élevée. Elle est encore demoiselle. Institution de demoiselles. Il se disait particulièrement autrefois d'une Fille née de parents nobles. Ce bourgeois a fait la folie d'épouser une demoiselle. Il se disait aussi d'une Femme mariée et bourgeoise née de parents nobles. Demoiselle d'honneur, Jeune fille attachée à la personne d'une princesse et, par extension, Celle qui accompagne la mariée et quête à l'église. Demoiselle de compagnie, Celle qui est attachée au service d'une dame pour lui tenir compagnie. Il désigne encore Toute femme, mariée ou non, attachée à un établissement de commerce, à une administration. Demoiselle de magasin. Les demoiselles du téléphone. En termes d'Histoire naturelle, il se dit figurément d'un Genre d'insectes à quatre ailes membraneuses, qui ont les yeux fort gros, le corps très long, et qu'on appelle aussi LIBELLULES. En termes d'Arts, il se dit de la Hie des paveurs (voyez DAME) et du Dispositif qui soutient le chevalet des scieurs de long. Il se dit aussi, en termes de Canotage, du Support des avirons (voyez DAME).

Littré (1872-1877)

DEMOISELLE (de-moi-zè-l') s. f.
  • 1Autrefois, fille et même femme née de parents nobles. Ah ! qu'une femme demoiselle est une étrange affaire ! et que mon mariage est une leçon bien parlante à tous les paysans qui voudraient s'élever au-dessus de leur condition ! Molière, G. Dand. I, 1. Dire de celle-là qu'elle n'est pas demoiselle, La Bruyère, VIII. Mettre des bourgeoises là où le roi ne veut que des demoiselles, c'est tromper les intentions du roi, Maintenon, Lett. à M. de Villette, 5 oct. 1684. Toi qui as tant gémi d'être née demoiselle, Rousseau, Hél. IV, 13. Je puis vous assurer que, par son bon esprit, par les qualités de l'âme et par la noblesse des procédés, elle est demoiselle autant qu'aucune fille, de quelque rang qu'elle soit, puisse être, Marivaux, Marianne, 7e part.

    Les demoiselles de St-Cyr, les jeunes filles nobles qui étaient élevées à St-Cyr. Renvoyez les demoiselles de St-Cyr, quand vous ne croirez pas qu'elles sont de bonnes bernardines, Maintenon, Lett. à Mme de la Viefville, 24 oct. 1705.

  • 2Demoiselle a été aussi le nom des femmes mariées non nobles, mais bourgeoises.
  • 3Aujourd'hui, dénomination de toutes les filles de famille qui ne sont pas mariées. Deux d'entre elles étaient des demoiselles de cinquante ans, timides comme à quinze, mais beaucoup moins gaies qu'à cet âge, Staël, Corinne, XIV, 1.

    Rester demoiselle, ne pas se marier.

    Être encore demoiselle, n'être pas encore mariée.

    Demoiselle d'honneur, titre de jeunes filles nobles qui avaient un service auprès des reines et des princesses.

    Demoiselle d'honneur se dit aujourd'hui quelquefois pour fille d'honneur, jeune fille qui accompagne la mariée et quête à l'église.

  • 4 S. f. plur. Nom donné, à cause de leur déguisement, à des bandes factieuses de paysans de l'Ariége et de la Haute-Garonne, qui commettaient des délits dans les forêts.
  • 5 Terme d'histoire naturelle. Libellule, insecte à quatre ailes membraneuses. La demoiselle, avec son corsage bleu et ses ailes transparentes, se repose sur la fleur du nénufar blanc, Chateaubriand, Génie, I, V, 10. J'attendais, d'un fourmi-lion si bien nourri, une demoiselle proportionnée à son énorme corpulence ; et je ne fus pas médiocrement surpris quand je vis paraître une demoiselle dont la taille n'avait rien du tout de remarquable, Bonnet, Observ. 40e, Insectes. Ce n'est pas l'humble ver, les abeilles dorées, La verte demoiselle, aux ailes bigarrées, Qu'attendent ses petits [de l'aigle], béants, de faim pressés, Hugo, Odes, IV, 17.
  • 6Nom de divers oiseaux, entre autres de la mésange à longue queue.

    Demoiselle de Numidie, espèce du genre grue, bel oiseau d'Afrique qui imite, comme le singe, tout ce qu'il voit faire aux hommes ; il a sur la tête une fort belle touffe de plumes, et d'autres plumes à l'entour qui lui forment comme des oreilles. [La duchesse de Gesvres] C'était une espèce de fée, grande et maigre, qui marchait comme ces grands oiseaux qu'on appelle demoiselles de Numidie, Saint-Simon, 113, 226.

  • 7 Terme de pêche. Le squale-marteau.
  • 8Pièce de bois, dite aussi hie, de trois ou quatre pieds de haut, ronde et ferrée par les deux bouts, et munie de deux anses au milieu qu'on empoigne quand on veut se servir de cet outil. La demoiselle sert aux paveurs à enfoncer les pavés.
  • 9 Terme de marine. Listeau de porte-hauban.

    Cheville en fer qu'on nomme aussi dame.

  • 10Outil de bois tourné pour ouvrir les doigts d'un gant.

    Terme de monnayeur. Verge de fer empêchant les charbons de couler, avec la matière fondue, de la cuiller dans le moule.

    Espèce de jambier qui soutient le cheval des scieurs de long.

  • 11Bouteille de grès, remplie d'eau chaude, servant à échauffer les lits. On dit aussi moine.
  • 12Variété de poire.

    PROVERBE

    C'est un temps de demoiselle, ni pluie ni vent ni soleil.

REMARQUE

Dans le langage commun, on dit votre demoiselle pour votre fille : Comment va votre demoiselle ? mais cela n'est pas du bon usage ; avec le mot demoiselle, comme avec les mots dame et sieur, il n'est pas de bon ton d'employer les adjectifs possessifs de la 2e et de la 3e personne. On demande : Comment se porte mademoiselle, et non pas votre demoiselle, ou sa demoiselle. De même on dit comment se porte madame, et non votre dame.

HISTORIQUE

Xe s. La domnizelle celle kose non contredist, Eulalie.

XIe s. À lui vient Aude, la bele damisele, Ch. de Rol. CCLXX.

XIIe s. Damisele Aude, mais celer nel poons [pouvons], Ronc. p. 170. Pur ço cil de sa maisun pristrent en cunseil, que il querreient une dameisele ki fust devant le rei, sil [si le] servist…, Rois, 220.

XIIIe s. Dames et damoiseles prennent à festoyer, Berte, X. Se fié escheit à damoiselle qui ait douze ans ou plus, Ass. de J. I, 263. Se ele est dame, qu'ele y envoit chevalier ; et s'ele est demoiselle, que elle y envoit escuier, Beaumanoir, XXIX, 19. Puisque le [la] demiselle estoit mariée, combien que ele eust d'aage, ele estoit venue en aage de terre tenir, Beaumanoir, XV, 29.

XVe s. Pietre du Bois s'en vint un soir chieux ce Philippe qui demeuroit avec sa demoiselle de mere, Froissart, II, II, 101.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

DEMOISELLE. Ajoutez :
13 Nom, dans l'Aunis, du raisin dont les graines ont mûri sans grossir, Gloss. aunisien, p. 95.
14Nom, en Normandie, d'un tas de céréales que font les moissonneurs en mettant debout les unes contre les autres des gerbes et recouvrant le tout d'une gerbe en éventail. Mettre du blé, du seigle en demoiselle, Delboulle, Gloss. de la vallée d'Yères, p. 107.

REMARQUE

Ajoutez : De l'emploi de demoiselle (avec un pronom possessif), au sens de fille, on trouve un exemple dans J. J. Rousseau : Je savais que Mme de Verdelier avait fait inoculer ses demoiselles, Lett. à Mlle Ducluseu, 16 janv. 1763. Mais le blâme dont cet emploi est l'objet n'en persiste pas moins.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

Demoiselle, julis Rond. Italis donzellina & zigurella, (Hist. nat. Ichthyol.) petit poisson de mer. Toute la face supérieure du corps est poire depuis le bec jusqu’à la queue ; une bande bleue s’étend sur le milieu des côtes du corps, depuis la tête jusqu’à la queue, & il y a au-dessous de cette bande une ligne parallele de couleur jaune ; le bas-ventre est d’un blanc sale ou bleuâtre ; les yeux sont petits ; l’iris est d’un roux ardent, ou de couleur de feu. La bouche est petite & pointue à l’extrémité : chaque mâchoire a un rang de dents, dont les premieres sont les plus grosses & les plus longues, sur-tout dans la mâchoire inférieure. Il n’y a qu’une nageoire sur le dos, qui commence près de la tête, & qui se prolonge presque jusqu’à la queue : cette nageoire a vingt-un piquans ; elle est jaune à sa racine, bleue à l’extrémité, & rouge dans le milieu. La queue n’est pas fourchue ; elle a une couleur jaune, mêlée d’une teinte de rouge. La nageoire de l’anus est composée de quatorze piquans, & a la même couleur que la nageoire du dos. Celles des oüies sont molles & composées de quatorze piquans ; les nageoires du ventre sont petites, & n’ont que six piquans.

Les poissons mâles de cette espece ont de plus belles couleurs que les femelles ; le dos est d’un verd foncé : il y a une bande qui s’étend depuis le bec jusque sur les côtés, en passant sur les yeux ; elle est jaune jusqu’à l’angle que forment les oüies, & noire dans le reste de sa longueur : cette couleur noire est terminée de chaque côté par une ligne bleue ; ensuite il y a un trait qui se prolonge jusqu’à la queue, & qui est dentelé des deux côtés, & de couleur jaune. Il se trouve vers l’extrémité des trois premiers piquans de la nageoire du dos, une tache d’une belle couleur rouge, & une autre tache noire entre le second & le troisieme piquant.

Ce poisson est fort commun sur la côte d’Antibes & sur celle de Genes ; il n’est guere plus grand que le doigt, au rapport de Rondelet qui lui donne le nom de girella. La chair en est tendre & cassante. Les poissons de cette espece que l’on pêche en plaine mer, sont meilleurs que ceux qui se trouvent sur les côtes. Willug. de pisc. Rondelet, hist. pisc. Voyez Poisson (I)

Demoiselle, libella, perla, mordella ; (Hist. nat. Insectologie.) insecte du genre des mouches à quatre ailes ; son corps est très-long & très-délié : on y compte aisément onze anneaux. Les ailes sont transparentes & brillantes comme du talc ; lorsqu’on les regarde à certains aspects, elles paroissent dorées ou argentées ; elles ont aussi dans quelques especes des taches colorées, mais les plus belles couleurs sont sur la tête, le corcelet, & le corps : on y voit différentes teintes de bleu, du verd, du jaune, du rouge ; quelquefois ces couleurs sont disposées par raies & par taches sur des fonds bruns ou noirs : il y a aussi des endroits qui paroissent dorés ; mais on rencontre de ces insectes, dont les couleurs brunes ou grises sont moins apparentes. Ces mouches se trouvent dans les jardins, dans les campagnes, le long des haies, & sur-tout dans les prairies près des ruisseaux, des petites rivieres, des étangs, & des grandes mares. Elles vivent d’autres especes de mouches, de moucherons, de papillons, & c.

On distingue plusieurs especes de ces insectes, & en général on peut les diviser en terrestres & en aquatiques. Les premiers ne sont connus que des naturalistes ; ils viennent de la transformation des vers, que l’on appelle petits lions ou lions des pucerons parce qu’ils s’en nourrissent, & de la transformation des fourmis-lions. Quoique les demoiselles aquatiques ayent les ailes moins grandes que les autres, cependant elles volent avec plus de facilité. Il y en a de trois genres différens : celles du premier ont le corps court & applati en comparaison des autres : celles du second genre ont la tête grosse & arrondie ; enfin celles du troisieme ont la tête plus menue, mais courte & large. Les demoiselles du premier & du second genre portent leurs ailes dans une direction perpendiculaire au corps ; elles sont toutes situées à la même hauteur, deux en-avant & deux en-arriere ; au contraire les ailes des demoiselles du troisieme sont les unes au-dessus des autres, deux en-haut & deux en-bas, & leur direction varie dans les différentes especes de ce genre.

Tous ces insectes naissent dans l’eau, & y prennent leur accroissement. Ils paroissent d’abord sous la forme de vers qui ont six jambes, & qui deviennent bien-tôt des nymphes, quoique très-petits ; ce changement n’est marqué que par quatre petits corps plats & oblongs qui sont sur le dos, & qui renferment des ailes. La plûpart de ces nymphes sont d’un verd-brun, & quelques-unes ont des taches blanchâtres ou verdâtres. Elles ont toutes une tête, un cou, un corselet, un corps composé de dix anneaux, & six jambes attachées au corselet. Elles vivent dans l’eau, y nagent, & la respirent à-travers une ouverture qui est au bout du corps, & qui a au moins une demi-ligne de diametre dans des nymphes de médiocre grandeur ; il en sort deux jets d’eau qui la remplissent quelquefois entierement, & qui sont poussés à deux ou trois pouces de distance. Ces insectes ont aussi des stigmates pour respirer l’air ; il y en a quatre sur le corselet, & d’autres sur les anneaux du corps ; mais les plus apparens sont placés sur la face supérieure du corselet près du corps : l’insecte ne meurt pas lorsqu’on huile ces stigmates. Les nymphes ont quatre dents solides, larges, & longues, qui se rencontrent deux à deux sur le devant d’une grande bouche : mais la bouche & les dents sont recouvertes par des pieces cartilagineuses, & même écailleuses, qui sont mobiles en différens sens, & qui par leur réunion forment dans les différentes especes différentes figures auxquelles on a donné le nom de masques, pour quelques rapports de conformation ou de position ; mais ces pieces servent comme de serres pour saisir & pour arrêter les insectes dont les nymphes se nourrissent ; aussi en voit-on qui mangent des testards assez gros, dont une partie du corps est engagée entre les serres.

La plûpart de ces nymphes, & peut-être toutes, vivent dix à onze mois sous l’eau avant de se transformer ; & tous les jours depuis le mois d’Avril jusqu’à la fin de Septembre, il y a de ces insectes qui se métamorphosent. Ce changement est annoncé non seulement par l’accroissement de la nymphe, mais encore par la position des fourreaux des ailes, qui se détachent les uns des autres & se redressent sur le corps. Dès qu’une de ces nymphes s’éloigne de l’eau à la distance de quelques piés, ou se crampone sur une plante la tête en-haut, le tems de sa transformation approche ; il arrive quelquefois une heure ou deux après que la nymphe est sortie de l’eau, d’autres fois ce n’est qu’après un jour entier. Un quart-d’heure ou une demi-heure avant que la demoiselle ne paroisse, les yeux de la nymphe cessent d’être ternes & opaques, & deviennent brillans & transparens ; ensuite le fourreau se fend sur la partie supérieure du corselet ; cette fente s’étend jusques sur la tête, & bien-tôt le corselet & la tête de la demoiselle sortent de la dépouille, & se renversent en-arriere pour tirer les jambes de leurs étuis. Dès qu’elles sont dégagées, l’insecte les agite pendant deux ou trois minutes, après lesquelles il tombe dans une inaction totale qui dure un quart-d’heure ou une demi-heure. Pendant ce tems les parties nouvellement découvertes prennent assez de solidité pour que l’insecte puisse porter en-avant les parties de son corps qui étoient renversées en-arriere, appuyer les jambes sur sa dépouille, & faire un effort pour en tirer toute la partie postérieure du corps qui y étoit encore engagée. Alors quoique la demoiselle paroisse en entier, & que son corps soit déjà plus long que la dépouille & la tête plus grosse, il s’en faut bien que les ailes ni le corps ayent toute l’étendue qu’ils doivent avoir, surtout les ailes, qui ne paroissent que comme des plaques courtes, épaisses, étroites, & plissées en long & en travers ; mais en moins d’un quart-d’heure tous les plis s’affaissent, & elles s’amincissent en s’étendant tant en longueur qu’en largeur. En se développant ainsi elles sont plus fléxibles & plus molles qu’un papier mouillé, le moindre obstacle qui se rencontreroit les rendroit difformes ; aussi l’insecte les tient éloignées les unes des autres, & quelquefois ne les meut pour les ranger que deux heures après qu’elles ont été développées, & les laisse encore s’affermir pendant deux ou trois heures de plus avant que de prendre son vol. Le corps ne s’allonge qu’après les ailes, les anneaux s’étendent, se déboitent en entier ; & pendant que le corps prend du volume, les couleurs qui sont d’abord très-foibles, deviennent plus foncées & plus belles. C’est ainsi que se transforment les nymphes du premier & du second genre : la métamorphose de celles du troisieme genre n’a rien de remarquable, si ce n’est qu’elle se fait plus promptement.

Ces insectes s’accouplent depuis le printems jusques vers le milieu de l’automne. On les voit voler par paires dans les prairies, & se poser sur des plantes au bord des ruisseaux & des rivieres. Leur accouplement se fait d’une maniere fort singuliere : le mâle poursuit la femelle en l’air dès que la chaleur du jour commence à se faire sentir ; il la saisit par le cou au moyen de deux crochets, qui sortent du dernier anneau de son corps : étant ainsi accrochés l’un à l’autre, ils volent de compagnie ; le mâle est en-avant ayant le corps étendu en ligne droite ; il entraîne la femelle, dont la tête & le cou sont sous la partie postérieure du corps du mâle, le reste de celui de la femelle suit dans la même direction ; tous les deux s’aident de leurs ailes & volent de concert : quelquefois aussi le mâle trouve la femelle posée sur des plantes, & l’accroche dans cette situation. Ceci n’est qu’un prélude de l’accouplement ; car dans cette position les parties de la génération de chaque sexe sont bien éloignées, celles du mâle étant sous son corps près du corcelet, & celles de la femelle au dessous de l’anus. Si le mâle ayant accroché la femelle en l’air ils cessent bien-tôt de voler & se posent sur des plantes, ils ne restent que deux ou trois minutes sur chacune, & changent trois ou quatre fois de place sans s’éloigner beaucoup, ensuite le mâle se courbe en arc, fait un effort pour attirer la femelle sous son corps ; mais ce n’est qu’après plusieurs mouvemens réitérés de la part du mâle, qu’elle en fait elle-même à différentes fois pour s’approcher ; enfin, au bout d’une heure ou d’une heure & demie elle se replie en-dessous, & au point que l’extrémité de son corps touche à la partie inférieure des premiers anneaux du corps du mâle. Alors ils forment l’un avec l’autre une sorte de boucle ; car la partie postérieure du mâle tient au cou de la femelle, & la partie postérieure de la femelle est unie à l’extrémité antérieure du corps du mâle ; c’est dans cette attitude singuliere que se fait l’accouplement : il dure plus ou moins de tems, de même que le prélude, à proportion de la chaleur qu’il fait. On a vû de ces insectes rester accouplés pendant plus d’une demi-heure, & ne se séparer que par accident. Il arrive souvent que durant l’accouplement ils sont forcés à changer de place, dans ce cas le mâle emporte la femelle ; car elle est dans une situation si gênée, qu’elle ne peut pas se servir de ses ailes ; mais le mâle est assez fort pour la soûtenir en l’air, & il est le plus gros dans plusieurs especes de ces insectes. On a fait les observations précédentes sur deux especes, dans l’une desquelles les mâles étoient au moins aussi grands que les femelles. Dans la plûpart des especes, les femelles ont des couleurs différentes de celles des mâles. La ponte suit de près l’accouplement ; on croit qu’elle se fait le même jour, & que les œufs sortent tous à la fois rassemblés en grappe : ils sont blancs, leur figure varie dans différentes especes ; on soupçonne aussi que dans quelques-unes ils ne sortent qu’un à un, &c. Mém. pour servir à l’hist. des Insect. tom. VI. Voyez Insecte, (I)

Demoiselles. (Marine.) Voyez Lisses de porte-haubans. (Z)

Demoiselle, en terme d’Epinglier, est une brosse avec laquelle on étend le vermillon sur les marques pour imprimer le nom & le sceau, qu’on me permette le terme, de l’ouvrier. Voyez la fig. 18. Pl. I. de l’Epinglier. V, est la demoiselle, composée de même que les balles des Imprimeurs ; S, le billot sur lequel on marque les paquets d’épingles ; I, les planches gravées qui font les empreintes. Voyez Planc. en bois.

Demoiselles, (Lutherie.) dans l’orgue, sont de petits morceaux de fil de fer d’environ trois pouces de long, qui ont un anneau à chacune de leurs extrémités. L’anneau inférieur est passé dans l’anneau de la touche du clavier inférieur ; le corps de la demoiselle passe dans la mortoise de la touche du clavier supérieur, & l’anneau supérieur de la demoiselle reçoit le fil de fer de la targette, qui va du clavier à l’abrégé. Les demoiselles m, (fig. 17.) attachées au clavier inférieur, doivent être d’un pouce plus long que les deux claviers ne sont ensemble d’épaisseur. Il y a des orgues où les demoiselles du premier clavier en traversent deux ; ainsi elles doivent être plus longues à proportion. On fait les anneaux avec des pincettes rondes, les mêmes qui sont représentées dans les planches d’Orfévrerie.

Lorsqu’il n’y a point de pédale à un orgue, on met une tirasse, c’est-à-dire un clavier de pédale qui tire le grand orgue ; pour cela il faut que le clavier du positif, qui est le premier clavier, soit entaillé. On fait passer des demoiselles par ces entailles, qui vont s’attacher par leur anneau supérieur aux anneaux qui sont au-dessous des touches du clavier du grand orgue, qui est le second, & par leur anneau inférieur elles vont s’attacher aux targettes de l’abrégé du clavier de pédale, sur les touches duquel en posant le pié on fait baisser les touches correspondantes du clavier du grand orgue, & même aussi celles du clavier du positif, si le clavier du grand orgue est tiré dessus. Voyez Talon.

Demoiselle (à la Monnoie), espece de verge de fer en espadon, qui sert à empêcher que les charbons ne coulent avec la matiere, de la cuillere dans les moules.

Demoiselle, terme de Paveur. Voyez Paveur.

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Étymologie de « demoiselle »

(XVIIIe siècle) 'Variante de damoiselle, issu du latin populaire *domnicella, diminutif de domina.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Provenç. et espagn. damisela ; ital. damigella ; du bas-latin dominicella, dérivé de domina (voy. DAME).

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Phonétique du mot « demoiselle »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
demoiselle dœmwazɛl

Évolution historique de l’usage du mot « demoiselle »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « demoiselle »

  • A la chandelle, la chèvre semble demoiselle. De Gabriel Meurier
  • Une call-girl est une demoiselle qui fait le trottoir par téléphone. De Georges-Armand Masson
  • Pauvres messieurs auxquels on interdit de fumer leur cigare parce que la fumée risque de réveiller le chat que la demoiselle a dans la gorge ! De Roland Topor / Pense-bêtes
  • Je n'ai vraiment qu'un seul regret De ne pas être universel A l'école des demoiselles. De Jacques Dutronc / La Publicité
  • Les femmes qui se marient tôt sont souvent du genre à s’enticher des hommes qui présentent bien sur la photo de mariage et donnent leur numéro de téléphone aux demoiselles d’honneur. De Anna Quindlen / Living Out Loud
  • C'est ainsi que la jeune femme tout juste âgée de 18 ans découvre Héliopolis, le berceau du naturisme français au camping des Grottes. Elle sera consacrée deuxième "demoiselle d'honneur" de Miss Levant. Var-Matin, VIDÉO. Elle a été dauphine de Miss "toute nue" sur l'île du Levant en 1949: l'étrange aveu d'Annie Girardot en 1972 - Var-Matin

Images d'illustration du mot « demoiselle »

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Traductions du mot « demoiselle »

Langue Traduction
Anglais young lady
Espagnol mujer joven
Italien signorina
Allemand junge dame
Chinois 年轻女子
Arabe إمرأة شابة
Portugais moça
Russe молодая леди
Japonais 若い女性
Basque andre gaztea
Corse giuvanotta
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Synonymes de « demoiselle »

Source : synonymes de demoiselle sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « demoiselle »

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