Cru : définition de cru


Cru : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

CRU1, subst. masc.

A.− Vx. Accroissement, croissance. L'accroissement en une seule tige est (...) un caractère qui distingue les arbres de haut crû (Baudrillart, Nouv. Manuel forest.,1808, p. 99).Voilà un beau poulain qui aura bientôt fait tout son crû (J. Humbert, Nouv. gloss. genev.,1852, p. 131).
B.− Domaine de la production agric.
1. [Gén. à propos de vignobles] Ensemble de terres considéré du point de vue de ce qui y croît, d'une culture particulière. Goûtez ces cèpes de nos bois et ce vin de nos crus et dites si ce pays n'est pas la seconde terre promise (A. France, Balthasar,1889, p. 82).
P. ext., rare. [À propos d'une production particulière] Nos bons beurres français, normands, bretons (...) n'ont pas tous le même goût, le même arome, pas plus que nos bons vins; il semble qu'il y ait là aussi une question de cru (A.-F. Pouriau, La Laiterie,1895, p. 382).
P. métaph. :
1. ...ils [certains juges] ont relu Gil Blas exprès pour s'assurer si le goût de terroir que l'écrivain y fait sentir est vraiment celui de l'Espagne ou s'il n'indique pas plutôt le cru naturel de la France... Mme V. Hugo, Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie,1863, p. 173.
Expr. syntagm. Subst. + de bon, excellent cru. Produit qui croît sur un terroir réputé; p. ext. de bonne qualité. Pommiers d'un excellent cru; vin vieux et de bon cru. Vin du cru de + nom propre. Vin du crû de la haute Bourgogne (cf. Brillat-Sav., Physiol. goût,1825, p. 347).Souvent avec une valeur péj. Subst. + du cru. De la région. Dîner composé (...) du vin du cru (Lamart., Corresp.,1831, p. 195).P. métaph. [À propos d'une particularité régionale] La langue du cru, ce patois admirable de couleur et de sonorité (A. Daudet, Numa Roumestan,1881, p. 62).
Expr. fam. [En parlant de ce qui est propre à un individu] De mon, ton, son... cru. Il cite, reproduit le plus qu'il peut (...) écrivant de son cru le moins possible (Léautaud, Journal,t. 4, 1922-24, p. 56).
2. P. méton. Ce qui a crû, résultat d'une culture, d'une production particulière considérée du point de vue de sa spécificité géographique ou de sa qualité. Domaines réputés du pays (...) celui-là pour ses crus de fruits ou de vin (Pesquidoux, Livre raison,1932, p. 195).Tabac étranger, notamment le Kentucky (...) et d'autres « crus » des Indes néerlandaises et du Cameroun (L'Œuvre,22 juin 1941).
En partic. [À propos de la production viticole] Vin produit par un terroir particulier et considéré du point de vue de sa qualité bonne ou mauvaise. Crus renommés et classés; grand, haut cru; bouilleur* de cru. Les plus admirables crus des vins blancs devraient être distribués aux moines pour le service des messes (Huysmans, Oblat, t. 2, 1903, p. 110).Posséder un cep qui fournisse un cru de table (Pesquidoux, Livre raison,1925, p. 34:
2. Les meilleurs vins restaient « brut », sans remplacement du sucre converti en alcool par la fermentation. Les crus parfaits seuls osaient cette nudité où le sirop n'intervenait pas pour masquer les vices. Hamp, Vin de Champagne,1909, p. 173.
P. métaph. Un homme tout à fait de chez nous et un de nos premiers crus, d'un bouquet, d'une saveur inimitables (L. Daudet, Temps Judas,1920, p. 63).
Rem. Certaines associations syntagmatiques restent ambiguës et la distinction B 1 et B 2 ne peut être précisée qu'en fonction d'un contexte élargi. a) (cf. B 1) Les vignes basses, qui caractérisaient les grands crus du nord-est viticole français (Levadoux, Vigne, 1961, p. 107). b) (cf. B 2) La protection des vignobles de cru et l'amélioration qualitative de la production de tous les autres vignobles (Levadoux, Vigne, 1961, p. 87).
Prononc. et Orth. : [kʀy]. Ds Ac. 1694 et 1718 sous l'anc. forme creu; ds Ac. 1740-1932 sous la forme mod. cru qui devrait normalement porter un accent circonflexe signifiant la disparition de l'anc. e. Cet accent est noté ds Fér. 1768, Fér. Crit. t. 1 1787, Land. 1834 et Besch. 1845. La docum. donne également des ex. de la graph. avec accent (supra). Cet accent serait d'autant plus convenable que comme le soulignent Littré et Dupré 1972, p. 572 : ,,cru n'est pas autre chose que le participe passé du verbe croître qui s'écrit crû``. Homon. et/ou homogr. cru, crû, crue, crus, formes de croire et de croître. Étymol. et Hist. 1. 1307 creu « terroir (en parlant de la vigne, du vin) » (ds Le Moyen-Âge, 1897, p. 10, art. 3 ds Fr. mod., t. 25, p. 232); 2. 1573 fig. de leur creu (Dupuys, Dict. fr.-lat., s.v. baron). Part. passé masc. subst. de croître*. Fréq. abs. littér. : 311. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 488, b) 396; xxes. : a) 409, b) 450. Bbg. Gottsch. Redens. 1930, p. 196.

CRU2, CRUE, adj., subst. et adv.

I.− Adjectif
A.− Qui n'a pas subi de cuisson.
1. [En parlant d'aliments] Anton. cuit.Oignons crus. Un peu de viande crue hachée (Zola, Joie de vivre, 1884, p. 898); légumes (...) crus ou bien cuits (Céline, Mort à crédit,1936, p. 344):
1. Nous emportions chacun une tartine de pain noir bien beurré et un grand couteau pour prendre des berniques. Un régal de son enfance qu'il voulait renouveler avec moi, des coquillages tout crus avec du pain et du beurre. Loti, Mon frère Yves,1883, p. 109.
2. P. anal.
a) Eau crue. Eau chargée de sels, généralement calcaire, qui n'est pas adoucie ni tempérée par quelque mélange et est impropre à dissoudre le savon, à cuire les aliments et lourde à digérer. Eaux crues et dures (Cabanis, Rapp. phys. mor. de l'homme,t. 2, 1808, p. 448).Peut-être était-ce la vingtième fois qu'il se chargeait de l'eau crue et lourde (Alain-Fournier, Corresp.[avec J. Rivière], 1909, p. 121).
b) Région. (Nord et Est de la France, Canada). [En parlant de l'air, de l'atmosphère] Qui est humide et froid. Le souffle glacial et cru de la nuit (Malègue, Augustin,t. 2, 1933, p. 348).
3. Au fig.
(Vouloir) avaler/manger qqn tout cru. Le traiter durement en paroles. [Le vicaire-général :] − (...) Si l'on nous savait nous mêlant d'élections, nous serions mangés tout crus par les puritains de la Gauche qui font pis (Balzac, A. Savarus,1842, p. 116).
Avaler qqc. tout cru. Croire telle quelle une opinion, une nouvelle; l'admettre sans la discuter et sans esprit critique. Cela serait avalé tout cru, et considéré comme parole d'évangile (Larbaud, Journal,1932, p. 271).
B.− [En parlant d'un produit] Qui est à l'état brut; qui n'est pas travaillé; qui n'a pas subi de préparation (pour l'usage qu'on veut en faire), ni de transformation.
1. Domaines techn.
a) CHIM. Métal cru. Tel qu'il est extrait de la mine; non débarrassé des corps étrangers. Amidon cru; antimoine cru (Kapeler, Caventou, Manuel pharm. et drog.,t. 1, 1821, p. 95).
b) TANN. Cuir cru ou cuir vert. Tel qu'il a été retiré de l'animal sans avoir subi de préparation (cf. Proudhon, Propriété, 1840, p. 270). Pieds nus dans les petits mocassins de daim cru (Colette, Ingénue libert.,1909, p. 294).
c) TEXT. Chanvre cru. Qui n'a pas encore été trempé dans l'eau. Soie crue ou écrue. Qui n'a pas subi de lavage ni de teinture.
En emploi subst. Teindre sur le cru. Mettre la soie à la teinture avant qu'elle ne soit entièrement décreusée. Synon. teindre à demi-bain.
d) TECHNOL. Qui est simplement séché et n'est pas passé à l'action du feu ou du four. Briques crues. [Les] acides (...) ont une action très différente (...) sur l'argile crue et sur l'argile qui a été calcinée (A. Brongniart, Arts céram.,1844, p. 58).Un pot à tabac en argile crue (Miomandre, Écrit sur eau,1908, p. 183).
CÉRAM. Faïences à décor sur émail cru (G. Fontaine, Céram. fr.,1965, p. 142).Faïence au grand feu. − Le décor fut d'abord disposé sur l'émail cru, qui, lorsqu'il est sec, se présente sous une forme pulvérulente (G. Fontaine, Céram. fr.,1965p. 5).
2. P. anal., MÉD., vx. Qui n'a pas subi la transformation habituelle nécessaire. Excréments crus, humeurs crues, urines crues. Qui n'ont pas suffisamment de coction.
C.− Au fig.
1. Qui n'est pas atténué; qui n'a pas de nuances. Parfums rouges et crus (Queffélec, Recteur,1944, p. 102):
2. Une cataracte sonore déferlait dans l'abbatiale. Chants rugueux et jeunets d'une rusticité pleine d'enfance, leurs sons crus semblaient la matière première, solide et de bonne qualité, dans laquelle, plus tard, on ferait des voix. Une musique d'enfants de troupe courait partout, mordait partout, prenait son élan et sautait aux clefs de voûte en quatre coups de talon. Malègue, Augustin,t. 1, 1933, p. 66.
2. Spécialement
a) Domaines de la vue et de la peint.Dont les contours sont brutalement découpés; dont la couleur est dure, criarde ou discordante. Lumière, clarté crue; vert cru. Tons rouges crus (Du Camp, Nil,1854, p. 94).La lune (...) si claire encore qu'elle projette des ombres crues, par-dessus lesquelles on a envie de sauter (Pesquidoux, Chez nous,1923, p. 127):
3. À Paris, c'est un mauvais éclairage, uniforme et cru, qui empêche de lire. On voit tout sur le même plan. Chardonne, Éva ou le Journal interrompu,1930, p. 78.
4. ...nous restâmes un moment debout devant la ville embrumée. Nous voyions le dôme du Panthéon, la masse indistincte des pierres grises. Pour être désengourdi par ce paysage, il lui eût fallu que celui-ci prît les tons violents et crus qu'il [le peintre] jetait jadis sur ses toiles; ici, rien que des demi-teintes; un Paris voilé de demi-joies, de demi-tristesses; ... Abellio, Heureux les pacifiques,1946, p. 140.
b) Domaine du lang.Qui est dit, exprimé sans altération et sans détours; qui exprime les choses telles qu'elles sont, sans fard, ni affectation; qui est franc, naturel. Mots, termes crus. Le poëte s'y affirme comme un réaliste audacieux, qui ne mâche pas les mots crus, et qui appelle les choses laides par leur nom (Zola, Doc. littér.,Les Poëtes contemporains, 1881, p. 147):
5. ...lui qui a affadi avec emphase un style primesautier, cru, direct, ce style qu'ils employaient tous à la grande époque les voyageurs, les marins, les hommes d'armes, les découvreurs, tous aventuriers pas très forts sur la grammaire, chancelant sur l'orthographe d'une langue encore instable, mais qui écrivaient comme ils parlaient, les bougres, parce qu'ils étaient des grands vivants, ne faisaient de rhétorique, mais avaient quelque chose à dire et le monde entier à raconter; ... Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 15.
P. ext. [En parlant de choses ou de sujets peu décents ou libres] Avec des mots qui choquent la bienséance. Les détails crus de l'adultère (Zola, Pot-Bouille,1882, p. 361):
6. Le ton d'Antoine, son rire, son attitude d'homme fait, certains détails trop crus qui contrastaient avec son habituelle réserve d'aîné, provoquaient chez Jacques un malaise tout nouveau. Martin du Gard, Les Thibault,La Belle saison, 1923, p. 915.
En emploi subst. − Oh!!! (...) vous êtes d'un cru!... vous parlez de ça avec une désinvolture? (Gyp, Ohé! La Grande vie!!!1891, p. 221).
3. Domaine abstr.[En parlant du caractère de la pensée] Qui est à l'état brut, naturel, sans mélanges; qui n'a pas été raffiné, ni altéré; qui n'est pas déguisé. Nous devons à cette maladresse d'apprendre de lui, à l'état cru, quantité de choses que de plus habiles auraient dissimulées ou arrangées à notre usage (Sainte-Beuve, Caus. lundi,t. 15, 1851-62, p. 241).Cette lettre (...) c'est l'éloquence du cœur, toute pure et toute crue, et qui n'y va pas par quatre chemins (Sainte-Beuve, Nouv. lundis,t. 1, 1863-69, p. 334):
7. Il ignore jusqu'aux moindres usages : si nous sommes à une porte, et qu'il soit pressé, il passe le premier; à table, s'il a faim, il prend ce qu'il désire, sans attendre qu'on lui en offre. Il interroge librement sur tout ce qu'il veut savoir, et ses questions seroient même souvent indiscrètes, s'il n'étoit pas clair qu'il ne les fait que parce qu'il ignore qu'on ne doit pas tout dire. Pour moi, j'aime ce caractère neuf qui se montre sans voile et sans détour, cette franchise crue qui le fait manquer de politesse, et jamais de complaisance. ... Cottin, Claire d'Albe,1799, p. 95.
II.− Emploi subst.
A.− Le cru. Ce qui est cru, p. oppos. à cuit :
8. ...des catégories empiriques, telles que celles de cru et de cuit, de frais et de pourri, de mouillé et de brûlé, etc., peuvent... servir d'outils conceptuels pour dégager des notions abstraites et les enchaîner en propositions. Lévi-Strauss, Le cru et le cuit,1964, p. 9.
Rem. Attesté ds Lar. 19e-20eet Quillet 1965.
B.− TECHNOL. Produit simplement séché et non cuit. Le vernis [de poteries communes suisses] est (...) du minium (...) mis par saupoudration sur le cru bien sec (A. Brongniart, Arts céram.,1844, p. 15).L'émail de ses peintures sur cru bouillonnait (Flaub., Éduc. sentim., t. 1, 1869, p. 187).
III.− Adv. et loc. adv.
A.− Adv. De manière crue; sans ménagements. Parler cru. Synon. crûment.
Fam. Tout cru. Tel quel; sans détours, ni arrangement. Voilà plus de six mois que j'aspire au moment De vous dire à tous deux tout cru mon sentiment (Augier, Ciguë,1844, p. 10).Soulevé d'une haine subite, il eut un sourire grinçant et jeta, tout cru : − « Rassurez-vous, Madame : je n'aimais pas mon père » (Martin du G., Thib.,Mort père, 1929, p. 1314).
B.− Loc. adv. À cru. En contact direct avec...; directement sur... Portant à cru le baudrier d'un sabre sur sa poitrine sans chemise (Flaub., Éduc. sentim., t. 2, 1869, p. 127).Assis à cru sur l'herbe (Gide, Thésée,1946, p. 1415).
Spéc. Monter à cru. Monter à cheval sans selle. Ils [les barbares] (...) montoient à cru des étalons sauvages (Chateaubr., Martyrs,t. 1, 1810, p. 281).À onze ans, l'enfant [Gaston] en vint à monter à cru, sans même une sangle à panneau, pour être plus près de son poney (La Varende, Centaure de Dieu,1938, p. 68):
9. ...derrière un pli de sable, (...) la file solennelle des cavaliers de Gauguin chevauchant à cru, à longs gestes nobles, ces chevaux frères de la mer, pommelés et brusques comme elle, ... Gracq, Un Beau ténébreux,1945, p. 35.
Rem. On rencontre ds la docum. le néol. crudiste, subst. Adepte d'une doctrine diététique ne tolérant dans l'alimentation que les végétaux crus. Certains végétariens sont même partisans d'une alimentation à base de végétaux crus (doctrine crudiste) (Lalainne, Alim. hum., 1942, p. 107).
Prononc. et Orth. : [kʀy]. Ds Ac. 1694-1740 s.v. crud, au fém. crue. La forme avec d étymol. est donnée encore ds Fér. 1768, et ds Fér. Crit. t. 1 1787 à côté de cru. Ds Ac. 1762-1932 sous la forme mod. Noter cependant que Ac. 1798 réserve à crud une vedette de renvoi à cru. Homon. et homogr. crue; formes de croire et de croître. Étymol. et Hist. A. 1. 1165-70 poires crues (Chr. de Troyes, Erec et Enide, éd. M. Roques, 4240); 2. 1268 « qui n'a pas subi de préparation (du cuir, de la soie) » cuirien cru (E. Boileau, Livre des métiers, 280 ds T.-L.); 3. 1765 (eau) crue « dure » (J.-J. Rousseau, Confessions, éd. B. Gagnebin et M. Raymond, VI, 227). B. 1. xives. « (du temps) froid, humide » temps crus et plouvieus (Froissart, Chroniques, éd. S. Luce, V, 202); 2. loc. adv. xives. armé a cru (G. de Roussillon, éd. E.-B. Ham, 5094), à nouv. en 1660 monter à cru (Oudin, Tresor des deux lang. espagnolle et françoise, Paris); 1835 archit. porter à cru (Ac.); 3. a) 1460 fig. a si crue response (G. Chastellain, Chroniques, III, 59, 13 ds Heilemann Chastellain); b) 1819 « libre, peu décent » sens trop cru (Maine de Biran, Journal, p. 260); 4. 1754 fig. (d'une sensation visuelle) (Encyclop. t. 4). Du lat. class. crudus « saignant; cru, non travaillé (du cuir) ». Fréq. abs. littér. : 798. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 946, b) 1 293; xxes. : a) 1 187, b) 1 169. Bbg. Grundt (L.-O.). Ét. sur l'adj. invarié en fr. Oslo, 1972, p. 209, 223.

Cru : définition du Wiktionnaire

Adjectif

cru \kʁy\ masculin

  1. (Cuisine) Qui n’est pas cuit.
    • Dans Mythologiques , Claude Lévi-Strauss écrit que cuire un aliment, c’est couper court au processus naturel qui fait qu’à terme un aliment cru (un légume, un fruit, un morceau de viande) devient une chose pourrie. — (Françoise Vergès, À vos mangues !, traduction de Dominique Malaquais, dans Politique africaine, 2005/4, n° 100, p. 320)
  2. (Par extension) (Vieilli) Très indigeste.
    • Ce fruit est bien cru pour l’estomac.
  3. Qui ne cuit pas les légumes, qui ne dissout pas le savon, en parlant d’une eau.
  4. Qui n’a pas subi de transformation.
    • Cuir cru.
    • Chanvre cru.
    • Métal cru, celui qui est tel que sorti de la mine.
    • Une lumière crue tombait des néons, éclaboussait les murs de béton brut [...]. — (Pierre Bordage, Wang – I. Les portes d'Occident, « J'ai Lu », 1997, p. 163)
  5. (Figuré) (Par extension) Désagréable et dit sans aucun ménagement, sans prendre de précaution.
    • Une parole bien crue.
    • Il lui a fait une réponse très crue.
    • Je lui ai dit la vérité toute crue.
  6. (Figuré) (Par extension) Indécent.
    • Les termes flatteurs disparaissent dès qu’on passe à la langue populaire, qui n’a pas assez de termes crus pour évoquer le sexe stricto sensu en l’appelant la « tirelire », le trou qui pisse ou, et c’est un moindre mal, la salle des fêtes! — (Georges Lebouc, Parlez-vous le politiquement correct ?, éditions Racine, 2007, p. 23)
    • Dans les églises, dans les rues, sur les places publiques, évêques, prêtres et moines, nestoriens et cyrilliens se prennent à partie et s'invectivent en termes crus. La situation devient intenable. — (Frédéric Lenoir, Comment Jésus est devenu Dieu, Éditions Fayard, 2010, chap. 6)
  7. (Peinture) Qui ne se marie pas, qui ne se fond pas avec le ton qui l’avoisine, en parlant d’un ton en peinture.
  8. Qui tranche nettement, en parlant d’une couleur, d’une lumière, d’une ombre…
  9. (Québec) (Suisse) (Belgique) (Nord de la France) En parlant du temps, froid et humide.
    • Il fait cru ce matin.

Nom commun 1

cru \kʁy\ masculin singulier

  1. Ce qui n’est pas cuit.
    • Le cru et le cuit.

Nom commun 2

cru \kʁy\ masculin (orthographe moderne la plus courante, attestée après 1850 environ)

  1. Accroissement, croissance.
  2. Terroir.
    • Pommiers d’un excellent cru.
  3. (En particulier) (Viticulture) Vignoble qui produit un vin particulier.
    • Goûtez ces cèpes de nos bois et ce vin de nos crus et dites si ce pays n’est pas la seconde terre promise. — (A. France, Balthasar, 1889)
  4. (Par extension) Ce vin lui-même.
    • L’autre saisit la balle au bond, puis parla des autres crus qu’il avait également en réserve dans sa cave et, […] déclara qu’il allait les faire goûter à son interlocuteur. — (Louis Pergaud, Joséphine est enceinte, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
  5. (Péjoratif) Coin, région.
    • …un petit vin du cru.
  6. (Par métonymie) Ce qui a crû, résultat d’une culture, d’une production particulière.
    • bouilleur de cru.
  7. (Par extension) Production considérée du point de vue de sa spécificité géographique ou de sa qualité, millésime, domaine viticole.
    • Un grand cru.
  8. (Figuré) Production propre à un individu.
    • Le tout de mon cru.
  9. (Figuré) Production d’une année particulière.
    • L’année écoulée a été à nouveau l’occasion pour la science de nous donner matière à réflexion, inquiétude, questionnements et émerveillement : bilan forcément incomplet et partial, en images, du cru 2018. — (Paraplégiques qui remarchent et avion super-ionique : les découvertes scientifiques de 2018, Le Monde. Mis en ligne le 28 décembre 2018)
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Cru : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CROIRE. (Je crois ; nous croyons. Je croyais ; nous croyions. Je crus. Je croirai. Crois. Que je croie ; que nous croyions. Que je crusse. Croyant. Cru.) v. tr.
Tenir pour véritable. J'ai de la peine à croire tout ce qu'il dit. Vous ne me ferez jamais croire cela. Il croit cette histoire, ce conte. Ne croyez rien de tout ce qu'il vous dit. C'est un homme défiant, il ne croit que ce qu'il voit. Cela est aisé à croire. Il le croit bonnement. Permettez-moi de n'en rien croire. Vous en croirez ce qu'il vous plaira. Absolument, Croire légèrement. Croire sans preuve. Il ne faut pas être si facile à croire. Il signifie particulièrement, en matière de Religion, Avoir la foi et recevoir avec soumission d'esprit tout ce que l'Église enseigne. Je crois fermement qu'il existe un Dieu. Croire les mystères, les articles du symbole. Croire l'Évangile. On dit dans le même sens Croire en Dieu, en JÉSUS-CHRIST. Croire à la Sainte Vierge, au Saint-Esprit. Absolument, À la première prédication des Apôtres, beaucoup de Juifs crurent. Cet impie ne croit point. Fam., Croire une chose comme l'Évangile, comme article de foi, La croire fermement. Croire tout comme article de toi, Être fort crédule. Suivi d'un complément direct, nom de personne, il signifie Tenir pour sincère, véridique. Croyez-vous cet homme-là? Je vous crois. C'est un menteur avéré, on le ne croit plus, il ne peut plus se faire croire. Il ne croit point les médecins. En croire quelqu'un, en croire quelque chose, S'en rapporter à quelqu'un, à quelque chose. Je vous en croirai sur parole. Il aura beau dire, il n'en sera pas cru. Si vous m'en croyez, vous ne ferez pas cela. À l'en croire, s'il faut l'en croire, tout est perdu. J'en crois à peine mes yeux. En croirez-vous cette lettre? Si j'en croyais mon courage. S'il faut en croire les apparences. On dit aussi S'il avait voulu m'en croire, il ne serait pas aujourd'hui dans l'embarras. On dit également S'en croire, Obéir à un sentiment intime. Si je m'en croyais, je ne le verrais plus. Croire à quelqu'un, à quelque chose, Ajouter foi à quelqu'un, à quelque chose, s'y fier. Croire aux astrologues, aux voyants. Croire au rapport, au témoignage de quelqu'un. On ne croit plus à ses promesses, à ce qu'il dit. En parlant des Personnes, on dit aussi Croire quelqu'un, mais avec une certaine différence dans le sens. Croire un médecin, c'est Suivre ses avis, ses prescriptions. Croire aux médecins, c'est Avoir foi dans leur puissance de guérir. Croire en quelqu'un, Avoir confiance en lui, en ses talents, en sa parole. Croire à quelque chose signifie aussi Tenir pour vraisemblable, réel ou possible. Il proteste de son innocence, mais je n'y crois pas. Croire aux revenants, aux esprits, aux sorciers, à la magie. Il signifie encore simplement Penser, estimer, s'imaginer, présumer. À ce que je crois. Vous ferez bien, je crois, de ne plus fréquenter cet homme-là. Je crois cet homme capable de tout. Je l'avais toujours cru sage. Le croyez-vous homme d'honneur? On me croyait son père. Elle n'est pas aussi jeune que je l'avais cru. Qui aurait jamais cru cela? Que va-t-on croire de moi? Je crois tout de lui. Cet homme se croit habile. Il se crut obligé de répondre. Il se croyait au moment de réussir.

Cru : définition du Littré (1872-1877)

CRU (kru) s. m.
  • 1La quantité dont une chose a crû, a pris croissance. Ces arbres ont bien poussé, voilà le cru de cette année.
  • 2Production. On leur a défendu d'apporter d'autres marchandises que celles du cru de leur pays, Montesquieu, Esp. XX, 8. Son vin noir et grossier mais désaltérant et sain est du cru de sa vigne, Rousseau, Ém. III.
  • 3Terroir considéré comme ce qui fait croître les végétaux et leurs produits. Ce vin-là est d'un bon cru. Après ce qui lui vient de son cru, rien ne lui paraît de meilleur goût que le gibier et les truffes que cet ami lui envoie, La Bruyère, III. Droit qui fut fixé à cinq pour cent sur toutes les marchandises des Indes et de la Chine, et à trois pour cent sur toutes celles du cru des îles de France et de Bourbon, Raynal, Hist. phil. IV, 26. Les seules denrées du cru couvrent notre table, Rousseau, Hél. V, 2. Des vins d'un cru céleste épanchent leurs trésors, Delille, Parad. perdu, V.

    Vin du cru, vin fait sur le lieu même où il est bu. Moi, gai comme un dieu sans nectar, Au vin du cru je me résigne, Béranger, Nourrice.

    Fig. Cet ouvrage est une compilation, l'auteur n'y a rien mis de son cru. Ce que nous désirons aujourd'hui avec tant de chaleur et de besoin vient immédiatement du cru de Dieu, Guez de Balzac, Disc. à la régente. Le vieux marchand me dit à l'oreille : On voit bien que ce n'est pas de son cru [à M. de Beaufort], Retz, III, 167. Il est bien nécessaire d'employer de l'argent à des perruques, lorsque l'on peut porter des cheveux de son cru qui ne coûtent rien, Molière, Avare, I, 5. C'est de votre cru que vous dites cela, Bossuet, Instr. 2. Il n'a rien de son cru que le mensonge, Bossuet, I, Pent. 1. La pièce est de mon cru, Racine, Épigr. Il sait par cœur une infinité de bons contes qu'il a récités tant de fois comme de son cru, qu'il est parvenu à se figurer qu'ils en sont effectivement, Lesage, Gil Blas, III, 11.

    Fig. Le vin de mon cru, le vin de son cru, les actions, les pensées, les paroles de quelqu'un. Lorsque Mondor osa te dire en face Que tu saignas du nez dix fois au moins, Te citant l'heure et le jour et la place. - Conte grossier que personne n'a cru, Qui n'était pas digne de ma colère : On me connaît, et le vin de mon cru Ne passera jamais pour de l'eau claire, Pons, (de Verdun) les Excuses dans les Contes et poésies diverses, p. 191.

  • 4 Terme de chasse. Milieu d'un buisson, dit plus communément creux, où la perdrix se retire quelquefois pour éviter la poursuite des chiens.

REMARQUE

Cru n'est pas autre chose que le participe passé du verbe croître qui s'écrit crû ; l'Académie devrait donc l'écrire avec un accent circonflexe, comme elle fait pour dû : réclamer son dû.

HISTORIQUE

XVIe s. Est dit vin du cru de la ditte ville tout vin qui croist dedans les limittes du ruisseau de Saint Jouandeau…, Nouv. coust. génér. t. IV, p. 911. Je sçais très bien sentir, à mesurer ma portée, que mon terroir n'est aulcunement capable d'aulcunes fleurs trop riches que j'y treuve semées et que touts les fruicts de mon creu ne les sçauroient payer, Montaigne, II, 99.

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Cru : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

CRU, s. m. (Gramm.) c’est le produit d’un fonds de terre qui nous appartient. C’est en ce sens que l’on dit, ce vin est de mon cru.

Cru est aussi synonyme à accroissement ; & l’on dit en ce sens, voilà le cru de l’année.

Cru à cru, Manége.) Monter à cru, voyez Monter. Un homme armé à cru. Botté à cru, c’est-à-dire sans bas sur la peau. (V)

Cru, Crudité, se dit en Peinture, de la lumiere & des couleurs d’un tableau : de la lumiere, c’est lorsque les grands clairs sont trop près des grands bruns ; des couleurs, c’est lorsqu’elles sont trop entieres & trop fortes. On dit, il faut diminuer ces lumieres, ces ombres sont trop crues, font des crudités : il faut rompre les couleurs de ces draperies, de ce ciel, qui sont trop crues, qui font des crudités. De Piles. (R)

Cru, (Chasse.) c’est le milieu du buisson où la perdrix se retire quelquefois pour éviter la poursuite des chiens. On l’appelle aussi le creux du buisson.

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Étymologie de « cru »

Étymologie de cru - Littré

Crû, participe de croître.

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Étymologie de cru - Wiktionnaire

(Adjectif et nom commun 1) Du latin crudus (« cru »).
(Nom commun 2) Dans les premières éditions du dictionnaire de l’Académie française (1694, 1718), il est écrit avec la graphie creu puis, à partir de 1740 sous la forme moderne cru qui devrait normalement porter un accent circonflexe pour marquer la disparition de l’ancien e. Cet accent est prôné par Littré et Dupré : « cru n’est pas autre chose que le participe passé du verbe croître qui s’écrit crû ».
Concernant l’emploi comme nom commun, l’orthographe avec ou sans accent n’est pas encore déterminée par l’usage, et le sens de celle sans l’accent ne peut être établi que selon un contexte plus large.
(Forme de verbe) Du latin credere (« croire »)
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Phonétique du mot « cru »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
cru kry play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « cru »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « cru »

  • "Une mouette gobe un rat tout cru" : c'est bien connu, les mouettes sont connues pour préférer les "rats cuits à point" ! lindependant.fr, Vidéo : Un goéland gobe un rat tout cru en pleine rue à Rome, ville gagnée par l'insalubrité et les rongeurs - lindependant.fr
  • Au siège, on insiste aussi sur le profil des maires élus, symboles d’une nouvelle génération. Le cru 2020 des municipales a vu l’élection de quadragénaires, pour la plupart des femmes, partisans de la ligne d’ouverture prônée par le premier secrétaire du PS depuis qu’il a été élu à ce poste par le congrès d’Aubervilliers, en 2018. Mis à part quelques caciques, dont Martine Aubry à Lille et François Rebsamen à Dijon, qui ont refusé la fusion, presque tous ont fait alliance avec Europe Ecologie-Les Verts, tant par souci de gagner que par conviction que le réchauffement climatique imposait une profonde réorientation de leurs politiques publiques. Le Monde.fr, Les élections municipales 2020, un bon cru pour les socialistes, éclipsé par la percée écologiste
  • Les résultats initiaux révèlent notamment que les échantillons de lait cru contenaient des niveaux de bactéries vivantes nettement plus élevés, mais restant stables lorsqu’ils étaient conservés au réfrigérateur. Daily Geek Show, Le lait non pasteurisé favoriserait la prolifération des bactéries résistantes aux antibiotiques
  • Des scientifiques de l'Université de Californie à Davis ont déclaré que le lait cru de vache, laissé à température ambiante, contenait un grand nombre de bactéries résistantes aux médicaments. Ces micro-organismes peuvent ainsi provoquer l'apparition de maladies infectieuses. , La consommation de lait cru comporte un danger sur lequel alertent les scientifiques - Sputnik France
  • L’Homme a cru qu’il importait d’avoir ignorant qu’il importe d’être. De Oscar Wilde / L’Âme Humaine
  • Le retraité est, comme le bouilleur de cru, un personnage éminemment français. De Albert Thibaudet
  • Il suffit en France d'affirmer un chose avec autorité pour être cru sur parole. De Alexandre Minkowski / Un juif pas très catholique
  • La France a toujours cru qu'une chose dite était une chose faite. De Henri-Frédéric Amiel
  • Pour ceux qui ont cru au ciel, souvent la terre est trop petite. De Jules Vallès / Jacques Vingtras : l'insurgé
  • Je n'aurais jamais cru être capable d'une si grande solitude. De Jean Racine / Lettres
  • En politique, ce qui est cru devient plus important que ce qui est vrai. De Talleyrand
  • La France a toujours cru que l'égalité consiste à trancher ce qui dépasse. De Jean Cocteau
  • Les absents ont toujours tort d'avoir cru que leur femme était frigide. De Pierre Perret
  • Un accusé est cuit quand son avocat n’est pas cru. De Pierre Dac
  • Un peuple qui mange le poisson cru, c'est un peuple de requins. De Delfeil de Ton
  • Le moyen d'être cru est de rendre la vérité incroyable. De Napoléon Bonaparte
  • Un homme ne peut être admiré sans être cru.
  • Tout ce qui n'est pas cru reste décoratif. De Jean Cocteau / Opium
  • J'ai pleuré et j'ai cru. De François René de Chateaubriand

Images d'illustration du mot « cru »

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Traductions du mot « cru »

Langue Traduction
Corse cruda
Basque gordinak
Japonais
Russe сырье
Portugais cru
Arabe الخام
Chinois 生的
Allemand roh
Italien crudo
Espagnol crudo
Anglais raw
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Synonymes de « cru »

Source : synonymes de cru sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « cru »


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