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Ciels

Définitions du mot « ciels »

Trésor de la Langue Française informatisé

CIEL, CIEUX, CIELS, subst. masc.

I.− Domaine physique
A.− ASTRON., COSMOGRAPHIE
1. Espace infini dans lequel évoluent les astres, représenté idéalement par une sphère. Astres, constellations du ciel; mouvement diurne du ciel; l'immensité, l'infini des cieux :
1. ... notre ballon qui reluit a l'air d'une lune plus grosse que l'autre, d'un monde errant au milieu du ciel, au milieu des astres, dans l'étendue infinie. Maupassant, Contes et nouvelles,t. 2, Le Voyage du Horla, 1887, p. 1325.
2. ... il ne s'est rien passé! Les saisons tournent autour de leur pivot et dans le ciel suave circulent des astres sages dont la tranquille géométrie condamne ces étoiles folles et déréglées qui incendient les prairies du ciel de leur chevelure enflammée, troublent de leur hurlement d'alerte la douce musique des planètes, bousculent par le vent de leur course les gravitations éternelles, font grincer les constellations et préparent, à tous les carrefours du ciel, de funestes collisions d'astres. Camus, L'État de siège,1948, p. 205.
Par restriction. Espace environnant un astre quelconque :
3. Astre immense du ciel lunaire, la terre offre aux sélénites les mêmes phases que celles que la lune nous présente, mais dans un ordre inverse. C. Flammarion, Astron. pop.,1880, p. 197.
P. métaph. Le ciel poétique. Le monde des poètes :
4. Byron était un des antipathiques de l'illustre auteur de René, qui le considérait comme un rival, et pis que cela, presque comme un plagiaire. Il n'y avait pas assez de place dans le ciel poétique pour tous deux, − deux soleils à la fois! Sainte-Beuve, Nouveaux lundis,t. 13, 1863-69, p. 217.
P. méton. ,,Ensemble des constellations et des astres visibles à un moment ou lors d'une saison`` (Muller 1966). Telle étoile figure au ciel d'été (Muller 1966).
2. Spéc., ASTROL. Disposition des astres envisagée du point de vue de leur influence sur la destinée humaine. Carte, zone du ciel. Le ciel de naissance de Baudelaire, qui présente la remarquable conjonction d'Uranus et de Neptune (Breton, Les Manifestes du Surréalisme,1930, p. 174):
5. Si donc l'astrologue n'avait recours qu'au zodiaque il aurait pour un enfant né à Bâle et pour un enfant né en Alaska au même moment exactement le même horoscope. Il est évident que c'est impossible puisque le ciel de nativité était en réalité tout à fait différent à Bâle ou en Alaska, la lune et les autres astres étant dans ces deux lieux exactement dans des positions opposées. H. Beer, Introd. à l'astrol.,1939, p. 50.
3. ASTRON. ANC. et MÉDIÉV. Chacune des sphères de matière transparente, concentriques à la terre, et sur lesquelles étaient fixés les différents astres. Le ciel de Mars; les cieux des planètes (Ac. 1835-1932) :
6. On sait déjà quels étaient, dans les opinions de ce temps, l'ordre et le nombre des cieux. Aux huit sphères des planètes et des étoiles fixes, le besoin d'expliquer la rotation universelle d'Orient en Occident avait fait ajouter un neuvième ciel, appelé le premier mobile. Celui-ci, à son tour, était supposé recevoir son mouvement de l'attraction qu'exerçait sur tous ses points le ciel empyrée enveloppant l'univers, séjour de la divinité, rempli de lumière, d'ardeurs, et d'amour. Ozanam, Essai sur la philos. de Dante,1838, p. 162.
Au fig. Être au troisième, au septième ciel. Être au comble du bonheur :
7. Il lui montra de quelle manière le public, enlevé au troisième ciel de la rengaine et hypnotisé par les mots de « diction », de « syntaxe phonétique », d'« intonations émotionnelles », etc., comme par des bouchons de carafe, croit sincèrement entendre du Racine que les acteurs, encore plus sincères, croient lui débiter. Bloy, La Femme pauvre,1897, p. 119.
B.− Dans la lang. cour. [Ciel opposé à terre ou à mer en tant qu'éléments physiques]
1. Partie de l'espace visible d'un point quelconque de la terre et formant au-dessus de nos têtes une sorte de voûte circonscrite par l'horizon. La voûte du ciel, des cieux :
8. Des millions d'étoiles rayonnant dans le sombre azur du dôme céleste! La lune au milieu du firmament! Une mer sans rivage! L'infini dans le ciel et sur les flots!... Chateaubriand, Génie du Christianisme,t. 1, 1803, p. 213.
9. ... ce n'est plus le ciel fermé, ce ciel calme et lent à se faire, c'est le grand ciel des vents de mer. C'est le ciel ouvert sur la plaine brusque, changeant, tout entier envahi, en un instant, par les nuages; ... Ramuz, Aimé Pache, peintre vaudois,1911, p. 109.
Loc. et expr.
a) Domaine concr.
En plein ciel. Dans l'espace. Elle [la mansarde] captait en plein ciel un mince rectangle de jour pur (Malègue, Augustin,t. 1, 1933, p. 253).
Entre ciel et terre. En l'air :
10. Tout était devenu si opaque, si noir et d'un tel silence que je n'étais plus attaché au monde. Je ne tenais en l'air que par deux cordes invisibles, tendues je ne savais plus où, et qui me suspendaient non pas entre ciel et terre mais au-dessus d'un élément immatériel issu de ces ténèbres inconnaissables. Bosco, Le Mas Théotime,1945, p. 189.
Sous le ciel, sous les cieux. Ici-bas, sur terre. (...), as-tu pu croire Que je préférais, sous les cieux, L'effrayant rayon de ta gloire (Hugo, Les Contemplations,t. 2, 1856, p. 351).
Lever les bras, les mains, les yeux au ciel. Elle lève au ciel des yeux blancs, secoue la tête (Colette, Claudine à l'école,1900, p. 158).
b) Au fig.
Élever qqn (jusqu') au ciel. L'admirer extrêmement, le couvrir d'éloges ou l'exalter.
Remuer ciel et terre. Déployer une activité considérable, faire tous ses efforts pour le succès d'une entreprise. Il a fallu remuer ciel et terre pour qu'on révise les règlements (R. Martin du Gard, Les Thibault,Épilogue, 1940, p. 894).
Tomber du ciel. [Le suj. désigne une chose ou plus rarement un animé] Arriver à l'improviste et, généralement, fort à propos. Les joies les moins attendues, celles qui nous semblent comme tombées du ciel (Bernanos, Un Crime,1935, p. 862).P. ext. [Le suj. désigne une pers.] Être stupéfait. Synon. tomber de la lune, des nues.
Toucher le ciel. Atteindre au sublime :
11. Hermann n'a vécu qu'avec lui-même, sa famille et quelques amis. Avec eux il est naïf, vrai, plein de verve; il touche le ciel. En société, il est d'une insoutenable bêtise. Renan, L'Avenir de la sc.,1890, p. 467.
c) Expr. poét. L'eau du ciel. La pluie. Le feu du ciel. La foudre.
2. [Qualifié d'après son aspect dû au temps, à la saison, au moment de la journée] État de l'atmosphère :
12. Tu ressembles parfois à ces beaux horizons Qu'allument les soleils des brumeuses saisons (...) Comme tu resplendis, paysage mouillé Qu'enflamment les rayons tombant d'un ciel brouillé! Baudelaire, Les Fleurs du Mal,1857-61, p. 81.
SYNT. Ciel bleu, clair, clément, dégagé, étoilé, limpide, lumineux, pur, serein, transparent; ciel bas, brumeux, changeant, chargé, couvert, gris, lourd, moutonné, noir, nuageux, obscur, orageux, plombé, pluvieux, pommelé, sombre, tourmenté; ciel d'ardoise, d'azur, de plomb. Le temps était de plus en plus doux, le ciel de suie se cuivrait (Zola, Germinal, 1885, p. 1235). Ciel d'airain. Extrême sécheresse (au fig., cf. ex. 22). Ciel de juin, d'automne, d'hiver; ciel de neige, de pluie. Dans les éclairs et dans la foudre d'un ciel d'orage (Péguy, Le Porche du mystère de la 2evertu, 1911, p. 267). Coin, échappée, morceau, trouée de ciel; le ciel s'assombrit, se couvre, s'éclaircit, se rassérène.
Loc. adj. inv. ou subst. Bleu ciel ou bleu de ciel. Bleu clair. Ses yeux bleu de ciel, (...) son teint couperosé, tout indiquait un homme d'honneur (Montherlant, Les Célibataires,1934, p. 790):
13. − Ces fleurs sont d'un rose vraiment céleste, dit Legrandin, je veux dire couleur de ciel rose. Car il y a un rose ciel comme il y a un bleu ciel. Proust, Le Côté de Guermantes 1,1920, p. 213.
Au fig. Ensemble de phénomènes constituant une certaine atmosphère morale collective ou un certain état d'âme individuel. Aujourd'hui temps glorieux. Mon ciel intérieur est plus splendide encore (Gide, Journal,1917, p. 634):
14. ... ces valeurs non ré-évaluées forment, si l'on peut dire, son ciel éthique, son « habitus » moral; le terme d'horizon de valeur suggère bien ce qu'est une conscience éthique : ... Ricœur, Philos. de la volonté,1949, p. 71.
3. [Considéré par rapport aux lieux qu'il couvre] Pays, région. Sous le ciel méditerranéen. Dans les régions méditerranéennes. Sous d'autres cieux. En d'autres pays :
15. Fatigué de la vie monotone du pays où il est né, ce jeune inconstant va demander à un autre ciel, à d'autres climats, des impressions nouvelles; mais bientôt il revoit en imagination les lieux où l'appellent ses premières habitudes; ... Maine de Biran, De l'Influence de l'habitude sur la faculté de penser,1803, p. 106.
4. B.-A. Représentation de l'espace aérien dans un tableau, une fresque, etc. Le ciel charmant de ce tableau de Pérugin (Stendhal, Hist. de la peint. en Italie,t. 1, 1817, p. 215):
16. Autour de Turner même, avant lui et après lui, ce sont les féeries des rayons et des ombres dans les mares, dans les futaies, dans les chemins boueux et les ciels de pluie de Gainsborough, de Crome, de Reynolds, de Constable et les scintillements, les illuminations, les lueurs fantomatiques et mourantes dans les ténèbres de Whistler. É. Faure, L'Esprit des formes,1927, p. 100.
C.− P. anal., domaines techn.Ce qui est placé au-dessus de quelque chose, qui domine.
1. AMEUBL. Ciel de lit. Dais placé au-dessus d'un lit, formé d'un châssis recouvert d'étoffe, auquel sont suspendus des rideaux :
17. Les quatre pieds et les dossiers montaient également très haut. Ils supportaient le ciel de lit. Des tringles de fer en faisaient le tour, où des anneaux couraient avec leurs rideaux, des rideaux souples à carreaux rouges et blancs ou blancs et bleus. Pesquidoux, Le Livre de raison,1928, p. 162.
2. MINES Voûte d'une carrière. Dans la section transversale d'une galerie, on distingue la sole, (...) les piédroits (...); le plafond, ciel ou faîte, que l'on appelle aussi le toit (J.-N. Haton de La Goupillière, Cours d'exploitation des mines,1905, p. 649).
Carrière à ciel ouvert. Exploitée à découvert, sans puits, ni souterrain. Dans les carrières à ciel ouvert, l'extraction se fait, soit aux coins, soit à la trancheuse électrique (Arts et litt. dans la société contemp.,1935, p. 2003).
P. ext., dans la lang. cour. À ciel ouvert. En plein air, à découvert; et au fig., de façon ouverte, franche, au grand jour :
18. ... par ce que nous avons vu du procès à ciel ouvert, nous avons pu juger de ce qui s'est passé à huis clos. Clemenceau, L'Iniquité,1899, p. 206.
II.− Domaine moral et RELIGION [Opposé principalement à terre comme le spirituel au temporel, à enfer ou à purgatoire]
A.− Séjour de Dieu ou des dieux et des êtres surnaturels. Le Seigneur, les puissances du ciel; monter aux cieux; notre père qui es aux cieux. Elle [l'Église] a rappelé (...) la volonté du Père qui est au ciel (Mauriac, Le Bâillon dénoué,1945, p. 438):
19. Ce qui est certain, c'est qu'ils ont été créés bons et que, volontairement dépravés, ils sont tombés du ciel. Ils avaient été créés pour habiter le ciel empyrée; par leur faute ils ont mérité d'habiter l'enfer, mais, en raison de leur office, ils sont dans l'air ténébreux près de nous pour nous tenter. Théol. cath.t. 4, 11920, p. 394.
20. Les philosophes n'ont jamais été des esprits purs et des naturels des cieux. Mais des corps et des têtes terrestres, sur une terre où leur naissance et leur croissance ne comportèrent pas de vocations irremplaçables, de caractères intelligibles, de progrès de l'esprit pur, qui n'existe pas. Nizan, Les Chiens de garde,1932, p. 45.
SYNT. Anges, habitants du ciel; roi du ciel; maître, père des cieux.
P. métaph. :
21. Mobilisé d'un côté par l'infinie docilité du réel qui cède sous son effort, stoppé d'autre part, comme les maçons de Babel, par le désespoir d'atteindre jamais le ciel de l'absolu, l'esprit tantôt nie aveuglément l'infini actuel au nom d'un finitisme sans conviction, tantôt parie dans la nuit pour un absolu dont l'intuition lui manque. Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien,1957, p. 41.
B.− P. méton. Dieu, la Providence ou tout principe de transcendance. Signe, volonté du ciel; prier le ciel :
22. ... Cherchant ce grand secret sans pouvoir le surprendre, J'ai vu par-tout un Dieu sans jamais le comprendre! (...) J'ai vu par-tout le mal où le mieux pouvoit être, Et je l'ai blasphémé, ne pouvant le connoître; Mais ma voix, se brisant contre ce ciel d'airain, N'a pas même eu l'honneur d'irriter le destin. Mais, un jour que, plongé dans ma propre infortune, J'avois lassé le ciel d'une plainte importune, Une clarté d'en haut dans mon sein descendit, Me tenta de bénir ce que j'avois maudit, ... Lamartine, Méditations,L'Homme, 1820, p. 38.
23. Je voudrais me tuer pour le ciel. Le ciel petit à petit devient Dieu ou est-ce seulement toujours de l'air, du ciel? Le ciel m'entoure de son appel, le ciel me prend. Le ciel me tue. Le ciel! J'ai besoin du ciel. Le ciel sera l'éternité. Dieu est-il autre chose que le ciel. Suis-je autre chose que Dieu. Jouve, Paulina 1880,p. 221.
SYNT. Avertissement, bienfait, don, faveur du ciel; assistance, bénédiction, bonté, clémence, justice, miséricorde, protection du ciel; malédiction, punition, vengeance du ciel; adorer, bénir, implorer, invoquer, maudire le ciel.
Rem. Dans certaines mythologies antiques, le ciel est considéré comme le père des dieux. Toutes les nations scythiques, (...) avaient pour principale divinité la terre, (...); ils la faisaient femme de Jupiter ou du ciel (Dupuis, Abr. de l'orig. de tous les cultes, 1796, p. 22).
Spéc., dans l'ancienne Chine. Le fils du ciel. L'empereur (cf. Dupuis, Abr. de l'origine de tous les cultes, 1796, p. 43). Et p. ext. les fils du ciel. Le peuple chinois. Il simulait, à ce diplomate étonné, la danse classique des fils du ciel (L. Daudet, Bréviaire du journ.,1936, p. 53).
Loc. et expr.
Ciel, juste ciel ou justes cieux. Exclamations marquant la stupéfaction, la crainte, la joie, etc. Ciel! Un amas de chairs dans une corbeille de dentelles! (Boylesve, La Leçon d'amour dans un parc,1902, p. 238).
Au nom du ciel. Formule de supplication. Je t'en supplie, au nom du ciel, observe-toi! (Feydeau, La Dame de chez Maxim's,1914, II, 5, p. 39).
Grâce au ciel. Expression marquant la satisfaction. Grâce au ciel, je suis d'un rang, d'une fortune qui ne m'exposent point à la flatterie (Courier, Pamphlets pol., Procès de Paul-Louis Courier, 1821, p. 133).
Par le ciel, le ciel m'est témoin que, j'en atteste le ciel. Formules d'insistance.
Plût au ciel que. Formule de souhait.
(Que) le ciel confonde, punisse, etc. Formules de malédiction.
Proverbe. Aide-toi, le ciel t'aidera.
C.− Lieu où les élus jouissent de la béatitude éternelle après la mort. Le royaume des cieux; aller au ciel; gagner, mériter le ciel :
24. Ils priaient pour tous les leurs, pour la longue rangée de grands-parents qui dormaient à l'ombre des châteaux, dans le petit cimetière du village, et dont les âmes étaient à cet instant, à midi, le 12 juillet, réparties en purgatoire, dans l'attente douloureuse, ou au ciel, dans la béatitude, selon les décrets de la justice et de la miséricorde divines. De Vogüé, Les Morts qui parlent,1899, p. 433.
25. ... à partir du moment où ils ont leur billet pour le ciel, c'est fini, c'en est fini de la charité, comme de toutes les autres vertus. Ils sont les élus, les heureux. Et ils jouissent de leur bonheur. Et ils vont en jouir pendant le reste de l'éternité, tranquillement, égoïstement. G. Duhamel, Chronique des Pasquier,Cécile parmi nous, 1938, p. 15.
P. ext. Le bonheur parfait. Voir les cieux ouverts. Goûter une joie extrême :
26. Sa vie fut le ciel et l'enfer : l'enfer quand elle ne voyait pas Julien, le ciel quand elle était à ses pieds. Stendhal, Le Rouge et le Noir,1830, p. 116.
27. ... il avait pu, sentant et partageant son désespoir, s'éprendre d'un amour désespéré comme elle et qui leur ouvrait le ciel à tous deux. Gide, Les Nouvelles Nourritures,1935, p. 268.
Rem. gramm. Au plur., ciel fait ciels ou cieux suivant les emplois. ,,(...) quand on compte les ciels, c'est-à-dire quand on passe au pluriel dans la rigueur de la définition, on le forme régulièrement en ajoutant un s au singulier`` (Jullien ds Littré). Ainsi on dit ciels de lit, ciels de carrière. Ciels est également utilisé pour désigner les parties du ciel considérées sous leur aspect pittoresque. Le gris des ciels couverts (Loti, Pêcheur d'Islande, 1886, p. 145). De même comme terme techn. de peint. (cf. ex. 16). Au contraire cieux est un simple coll. à valeur emphatique que l'on rencontre en partic. dans les emplois I A 1 et I B 1, l'immensité des cieux, la voûte des cieux et dans le vocab. relig. (cf. II). Il y a concurrence des 2 formes lorsque le mot désigne les différentes sphères concentriques de l'astron. anc. Ainsi cieux dans l'ex. 6, mais les septs ciels de la physique chrétienne (Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, 1918, p. 904). De même les 2 formes coexistent lorsque le mot est pris dans le sens de région, pays : cf. d'une part la loc. sous d'autres cieux, d'autre part sous les ciels attiques (Moréas, Les Syrtes, Remembrances, 1884, p. 9). Ciels aussi dans le lang. de l'aviat. Sur toutes les mers et dans tous les ciels (De Gaulle, Mémoires de guerre, 1959, p. 500).
Prononc. et Orth. : [sjεl], plur. [sjø], [sjεl]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. ixes. « lieu de séjour de Dieu » et « séjour des âmes après la mort » (Eulalie, 6 et 25 ds Henry Chrestomathie); ca 1050 « voûte céleste » (Alexis, 118c ds T.-L.); 1604 par faveur du ciel (Montchrestien, Hector, p. 36 ds IGLF); 1604 ô Ciel! (Id., Aman, p. 260, ibid.); 2emoitié du xives. « dais (dressé au-dessus d'une table) » (Eustache Deschamps, Œuvres, éd. Queux de St Hilaire, t. 2, p. 212); 1676 technol. les ciels d'une carrière (Félibien Dict., p. 526). Du lat. class. caelum « voûte céleste; séjour de la divinité » et terme techn. « voûte, voussure ». Fréq. abs. littér. : 28 481. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 50 830, b) 43 915; xxes. : a) 39 566, b) 30 422. Bbg. Dauzat Ling. fr. 1946, p. 152. − Gottsch. Redens. 1930, pp. 1-2. − Mat. Louis-Philippe 1951, p. 134. − Rog. 1965, p. 57, 102.

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CIEL. n. m.
(Au pluriel CIEUX et quelquefois CIELS.) Espace indéfini dans lequel se meuvent tous les astres. Il désigne spécialement dans le langage courant la Partie de cet espace que nous voyons au-dessus de nos têtes. Les étoiles du ciel. Le ciel est bien étoilé. Tout ce qui est sous le ciel. Lever les yeux au ciel. Lever les mains au ciel. L'immensité des cieux. On ne voit ni ciel ni terre. Fig., La voûte du ciel, des cieux, Le ciel, le firmament. Ces choses sont éloignées comme le ciel et la terre, se dit de Deux choses entre lesquelles il y a une très grande différence. Tomber du ciel, se dit d'une Personne ou d'une Chose qui arrive tout à fait à l'improviste. Cet homme est tombé du ciel pour nous venir en aide. Ce secours nous est tombé du ciel. Fig. et fam., Remuer ciel et terre, Faire tous ses efforts, employer toutes sortes de moyens pour parvenir à quelque chose. Il se dit aussi de Chacun des cercles concentriques à la terre où, suivant les anciens, se mouvaient les planètes et les étoiles. Les cieux des planètes. Le ciel empyrée. Le ciel de la lune. Le ciel de Mars, etc. C'est par allusion à cette idée qu'on dit : Saint Paul fut enlevé au troisième ciel. Fig. et fam., Être ravi au troisième ciel, au septième ciel, Éprouver une satisfaction très vive, une grande joie. Fig. et fam, Élever quelqu'un jusqu'au ciel, jusqu'au troisième ciel, Le louer extraordinairement. Il se prend quelquefois pour les Astres, et dans ce sens on dit Les influences du ciel, Les prétendues influences des astres. Il se prend aussi pour l'Air, l'atmosphère. Ciel serein. Ciel clair, pur. Ciel gris, sombre. Ciel doux. Ciel changeant. Un ciel chargé de nuages. Le ciel s'éclaircit. Un ciel sans nuages. La rosée du ciel. Les oiseaux du ciel. L'état du ciel. Le feu du ciel, La foudre. L'azur du ciel. L'inclémence du ciel. Couleur bleu de ciel, Couleur d'un bleu tendre. Fig., en termes d'Écriture sainte, Un ciel, des cieux d'airain. Voyez AIRAIN. Fig., Un ciel de plomb, Un temps lourd et orageux. Il désigne aussi, tant au singulier qu'au pluriel, le Séjour des bienheureux, le Paradis. Gagner le ciel. Le royaume des cieux. Notre-Seigneur monta aux cieux. Lucifer fut précipité du ciel. La pratique de l'Évangile est le chemin du ciel. Fig., Voir les cieux ouverts, Avoir une grande joie, se trouver dans un grand bonheur. Il se dit par extension pour la Divinité, la Providence. Grâces ou grâce au ciel. Offenser le ciel. Invoquer le ciel. Le ciel irrité. Le ciel l'a voulu. C'est un arrêt du ciel. C'est un coup du ciel. Le ciel vous soit propice! Le ciel m'est témoin. Aide-toi, le ciel t'aidera. Fasse le ciel qu'il en soit ainsi! Ciel! Ô ciel! Ô juste ciel! Dans ce sens, il n'est guère d'usage au pluriel qu'en poésie. Les mariages sont faits au ciel, Ils sont résolus par la Providence. Cela était écrit au ciel, La Providence avait résolu que cela serait. On dit de même La destinée des hommes est écrite au ciel. Il se dit encore par extension pour Climat, pays. Un ciel tempéré. Un beau ciel. Le ciel de l'Italie. Changer de ciel. Vivre sous un ciel étranger, sous un ciel inconnu. Par analogie, il se dit d'un Châssis qu'on fixe au dessus d'un lit pour y suspendre les rideaux. Un ciel de lit. Dans cette acception et dans les deux suivantes, on dit CIELS, et non pas CIEUX, au pluriel. Les ciels d'une carrière, Les parties supérieures, les plafonds d'une carrière. Carrière à ciel ouvert. En termes de Peinture, il signifie la Partie d'un tableau qui représente l'air ou Toute décoration imitant le ciel. Les ciels de Provence, d'Italie. Ce peintre fait bien les ciels. Ses ciels sont légers, vaporeux. Les ciels dans les tapisseries viennent mal, à cause du grenu des points. Peindre un ciel au plafond d'un salon.

Phonétique du mot « ciels »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
ciels sjɛl

Évolution historique de l’usage du mot « ciels »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « ciels »

  • Quand un homme a connu l'enfer, il lui faut bien des ciels pour n'avoir plus envie d'y retourner. De Roch Carrier / De l'amour dans la ferraille
  • Le royaume des cieux se prend par force de chaude amour et de vive espérance, qui vainc d'emblée la volonté divine. Dante Alighieri, la Divine ComédieDivina Commedia, Il Paradiso, XX
  • Qui sait si Dieu ne sera pas sensible toujours plus à son Enfer qu'à son Ciel ? Celui qui aime songe au rien qu'on lui refuse, quand on lui a déjà presque tout donné. Marcel Jouhandeau, Algèbre des valeurs morales, Gallimard
  • Borné dans sa nature, infini dans ses vœux L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux. Alphonse de Prât de Lamartine, Premières Méditations poétiques, l'Homme
  • Même en Enfer, régner est digne d'ambition ; mieux vaut régner en Enfer que de servir au Ciel. John Milton, Le Paradis perdu, I, 1 Paradise Lost, I, 1
  • Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n'en rêve votre philosophie. William Shakespeare, Hamlet, I, 5, Hamlet
  • Le ciel tiède et pâle de la pensive contrée qui s'ouvre devant nous a toutes les fraîcheurs du regard des races primitives, il ignore la somptueuse tristesse de mûrir. Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, dit O. V. de L. Milosz, Cahier spécial de Poésie 42
  • Le ciel défend, de vrai, certains contentements ; Mais on trouve avec lui des accommodements. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, Le Tartuffe, IV, 5, Tartuffe TartuffeLettre sur la comédie de l'Imposteur, publiée en 1667 par un défenseur de Molière
  • Ô Ciel net, pur et beau, haute maison de Dieu, Qui prêtes en ton sein à toutes choses lieu. Pierre de Ronsard, les Hymnes, Hymne du ciel
  • Le ciel est, par-dessus le toit, Si bleu, si calme ! Paul Verlaine, Sagesse, III, 6 , Messein
  • Il* se courbe à genoux, le front contre la terre ; Puis regarde le ciel en appelant Mon Père ! Mais le ciel reste noir et Dieu ne répond pas. Alfred, comte de Vigny, Les Destinées, le Mont des oliviers
  • Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux. , Évangile selon saint Matthieu, V, 3
  • Nous ne craignons rien sinon que le ciel ne tombe sur nos têtes. Anonyme, Anabase, Arrien
  • Dans l'espoir de mériter le ciel en faisant de la terre un enfer. George Gordon, lord Byron, le pèlerinage de Childe HaroldChilde Harold's Pilgrimage, I, 20
  • Au Ciel, un ange n'a rien d'exceptionnel. George Bernard Shaw, Maxims for Revolutionists
  • Deux liards couvriraient fort bien toutes mes terres Mais tout le grand ciel bleu n'emplirait pas mon cœur. Victor Hugo, La Légende des siècles, Aymerillot
  • On pourrait définir le ciel comme l'endroit que les hommes évitent. Henry David Thoreau, Excursions
  • Inutile d'interroger le Ciel, il a réponse à tout. Claude Aveline, Avec toi-même, etc., Mercure de France
  • Je rends grâce à cette terre qui exagère tant la part du ciel. Roger Caillois, Les Impostures de la poésie, Gallimard
  • Les hommes lèvent les yeux et disent : Le ciel est pur, alors qu'ils regardent sans le voir un grand peuple d'anges bleus. Fernand Crommelynck, Une femme qui a le cœur trop petit, Le Seuil
  • Il y a peut-être des lieux où l'on se trouve soudain comme dans le ciel. André Dhôtel, Mémoires de Sébastien, Grasset
  • Si la raison est un don du Ciel et que l'on en puisse dire autant de la foi, le Ciel nous a fait deux présents incompatibles et contradictoires. Denis Diderot, Addition aux Pensées philosophiques
  • Ma propre position dans le ciel par rapport au soleil ne doit pas me faire trouver l'aurore moins belle. André Gide, Ainsi soit-il, Gallimard
  • Déclinée en cinq chapitres – «Récits de terres et de ciels», «Pouvoir de métamorphose», «Secrets de la Terre Mère», «Origines» et «L’Être premier», tous sont reliés les un aux autres, en résonance, dans un rapport intime entre la lune, la terre, l’eau, la nature et l’être humain… , Fondation Opale: Réflexion entre la terre et le ciel
  • Avec toi je veux partager mes nuits/Je veux embrasser des ciels de lits/Jusqu’à mon dernier cri Courrier picard, Michel Pruvot vous fait danser sur le titre «Avec mes plus doux baisers» d’André Verchuren
  • Regarder, c’est voyager dans l’espace et dans le temps. Chaque lieu fourmille de témoins de son passé, de créations audacieuses. Oublions où nous sommes et ouvrons les yeux. Étonnons-nous dans ces vieux quartiers, sur ces sentiers séculaires, au milieu de ces jalons parfois millénaires qui nous relient à l’histoire du monde. Le temps et l’espace, unis par la couleur de la pierre et de la terre tirées du sol, par la lumière des ciels. , POINT DE VUE. La meilleure façon de voyager - Redon.maville.com

Images d'illustration du mot « ciels »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « ciels »

Langue Traduction
Anglais skies
Espagnol cielos
Italien cieli
Allemand himmel
Portugais céu
Source : Google Translate API

Synonymes de « ciels »

Source : synonymes de ciels sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « ciels »

Ciels

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