Bout : définition de bout


Bout : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

BOUT, subst. masc.

I.− [Le plus souvent avec un compl. prép. de exprimant le tout dont le bout est partie] Portion extrême d'une chose considérée comme un continu allongé.
A.− [Le bout est celui d'un obj. gén. allongé]
1. [Le bout est considéré par rapport à la partie médiane de l'obj. : il y a deux bouts opposés]
a) [Aucun des bouts n'est valorisé] Les deux bouts de la table, les deux bouts de la lorgnette; le bout inférieur [du pieux] (Voyage de La Pérouse, t. 4,1797, p. 31);le plus petit bout [des blocs de Carnac] (Stendhal, Mémoires d'un touriste,t. 2,1838, p. 14);à chaque bout [des bottes de roseau] (Flaubert, Correspondance,1850, p. 167):
1. Elle regardait fixement du côté de l'église, belle vierge ardente et fraternelle, tandis que ses fraîches dents carnassières mordaient dans un croûton de pain sec, d'un appétit enfantin. Augustin regardait les deux bouts libres de son foulard de laine, secoués par le vent continu. Malègue, Augustin,t. 1, 1933, p. 224.
Loc. (sens concr. ou abstr.)
[Avec art.] Les uns au bout des autres. À la suite les uns des autres. Série d'escaliers les uns au bout des autres (Flaubert, Correspondance,1850, p. 194).D'un bout à l'autre. Discours improvisé d'un bout à l'autre (A. Dumas Père, Le Chevalier de Maison-Rouge,1847, I, p. 5).P. métaph. Brûler la chandelle par les deux bouts. Épuiser, par des excès, ses ressources financières, ou sa santé. Var. brûler sa vie par les deux bouts. (cf. Gracq, Un Beau ténébreux, 1945, p. 51) :
2. On brûlait ces chandelles sans compter, l'une succédant à l'autre à peine éteinte. Et comme on avait laissé dépasser les mèches aux deux bouts, on les brûlait tout entières, les retournant sur elles-mêmes, dès qu'elles étaient consumées jusqu'au milieu. Jamais l'expression « brûler la chandelle par les deux bouts » ne fut plus juste. Pesquidoux, Le Livre de raison,1925, p. 204.
[Sans art.] Bout à bout. Les extrémités jointes l'une à l'autre. Coudre, attacher bout à bout. La tésure qui constitue le filet est formée de 200 à 400 « roies » ajustées bout à bout (A. Boyer, Les Pêches mar.,1967, p. 51).Au fig. Mettre bout à bout. Mettre ensemble plusieurs choses en les attachant par leurs extrémités. Être mis bout à bout, se toucher bout à bout; phrases qui se touchent bout à bout (Stendhal, Napoléon,t. 1,1842, p. 368);mettre bout à bout les éclats successifs de son talent (Sainte-Beuve, Pensées et maximes,1869, p. 110):
3. Le système d'égouts existant à cette époque, mis bout à bout, eût donné une longueur de onze lieues. Nous avons dit plus haut que le réseau actuel, grâce à l'activité spéciale des trente dernières années, n'a pas moins de soixante lieues. Hugo, Les Misérables,t. 2, 1862, p. 532.
Rem. On trouve chez Cendrars l'expr. bout à boutées qui désigne des pierres assemblées bout à bout et de façon irrégulière (Moravagine, 1926, p. 79).
De bout en bout. D'une extrémité à l'autre, du commencement à la fin, entièrement. Vaste salle qui traverse le logis de bout en bout (Viollet-Le-Duc, Entretiens sur l'archit., t. 2, 1872, p. 373):
4. Il est plus simple de paraître d'un seul bloc si quelque personnage central ne s'écarte jamais d'un vice ou d'une vertu qu'il possède et si ses comparses ne changent pas non plus leur ligne de bout en bout. Cocteau, Les Parents terribles,1938, p. 179.
b) [Un des bouts est valorisé par rapport à un autre]
[Avec art.]
Le haut-bout de la table. La place regardée comme la plus honorable d'un banquet. Le bas-bout de la table. Lors d'une réunion ou d'un banquet, place la moins honorable (cf. Balzac, Le Père Goriot, 1835, p. 64).Au fig. Tenir le haut, ou le bas-bout. Être ou non considéré dans une certaine société. Le haut bout de la société financière (Balzac, La Maison Nucingen,1838, p. 622).
MAR. Le bon bout. La partie du câble qui reste à bord. Fig. et fam. Avoir, tenir le bon bout. Avoir des avantages assurés et être proche d'en obtenir d'autres plus importants :
5. À mesure que je détachais, fignolais des détails sur le cas de sa mère, je la voyais devant moi blêmir Lola, faiblir, mollir. « Ah! la garce! que je me disais moi, tiens-la bien, Ferdinand! pour une fois que t'as le bon bout! ... Ne la lâche pas la corde... T'en trouveras pas une si solide avant longtemps! ... Céline, Voyage au bout de la nuit,1932, p. 277.
Prendre une personne par le bon (ou le mauvais) bout. Tenir compte ou non de son caractère, de ses habitudes, de ses sentiments.
Prendre, commencer une affaire ou un travail par le bon (ou le mauvais) bout. Débuter dans de bonnes ou de mauvaises conditions :
6. Il [le corps] est magique, et quelle merveille c'est, et que de richesses inouïes il contient! Mais, chaque fois que vous découvrez quelque chose, c'est « par le mauvais bout ». Vous avez cru faire une œuvre considérable en soignant votre peau; mais votre âme est couverte d'eczéma. Elle se gratte tout le temps avec ses grands ongles noirs. Giono, Poids du ciel,1938, p. 11.
[En parlant d'une pers. au caractère difficile, et de l'impossibilité où l'on se trouve de discuter avec elle] Ne pas savoir par quel bout la prendre :
7. J'ai toujours eu les cheveux plantés en plusieurs sens et les dents et les poils de la barbe. Or les nerfs et toute l'âme doivent être plantés comme cela (...) C'est ce qui déroute ceux qui pourraient me débarrasser de cette lèpre mythologique. Ils ne savent par quel bout me prendre. Cocteau, La Difficulté d'être,1947, p. 6.
[En parlant de la manière d'aborder une affaire par son côté le plus ou le moins important] Regarder une chose par le gros bout, ou par le petit bout de la lorgnette :
8. ... C'est moi que votre prose en colère a choisi; Vous me criez : Racca; moi, je vous dis : Merci! Cette marche du temps, qui ne sort d'une église Que pour entrer dans l'autre, et qui se civilise; Ces grandes questions d'art et de liberté, Voyons-les, j'y consens, par le moindre côté, Et par le petit bout de la lorgnette... Hugo, Les Contemplations,t. 1, 1856, p. 49.
P. méton. Objets placés au bout. Bouts de table. Pièces généralement exécutées en argent ou en céramique, au rôle essentiellement décoratif, et qui se plaçaient aux extrémités d'une table servie (cf. S. Grandjean, L'Orfèvr. du XIXes. en Europe, 1962, p. 50).
2. [Le bout est considéré par rapport à un point de départ : il n'y a qu'un bout qui est le point terminal opposé]
a) Portion terminale d'un objet allongé :
9. ... C'est la jeune fille ... De loin elle semble L'abeille qui tremble Au bout d'une fleur. Hugo, La Esmeralda,1836, p. 139.
10. Il aimait à sentir ce souple corps tout contre lui; rien n'est plus joli que le bout des bottines qui sortent de dessous la robe et s'y recachent à chaque pas. Le bout était en cuir verni, avec un éclair de soleil; parfois elle relevait sa jupe, alors on voyait la forme du pied. Ramuz, Aimé Pache, peintre vaudois,1911, p. 232.
Spécialement
[En parlant du téléphone] Le bout du fil, prendre le bout du fil, avoir un interlocuteur au bout du fil :
11. Le plus plaisant est que le chef, qui interrogeait à l'autre bout du fil, ne demandait pas une réponse vraie mais une réponse convenable; j'en eus mille preuves dans la suite. Alain, Propos,1921, p. 219.
BOUCH. Le bout saigneux. L'extrémité saignante du cou d'un veau ou d'un mouton que l'on vend en boucherie.
MAR. Le bout du navire. L'avant, la proue.
Avoir le vent de bout (ou debout), aller bout au vent. La proue étant dirigée contre le vent :
12. À chaque instant il [Thévenant] s'arrêtait, soit que « ça montât », soit que « ça descendît », soit que le mistral soufflât « de bout », comme disent les marins. L. Daudet, L'Amour est un songe,1920, p. 189.
Aborder de bout au corps. En touchant de la proue le corps d'un autre navire.
Rem. Sens cités par la plupart des dict. gén. du xixeet du xxesiècle. Ac. Compl. 1842 et Littré notent aussi le subst. masc. bout-perdu : Extrémité d'une cheville qui ne traverse pas entièrement la muraille d'un bâtiment.
[Avec valorisation de cette partie] Extrémité d'un objet ayant une fonction particulière. Bout en fer, en cuivre, en ivoire. Un bâton à gros bout (Balzac, Le Médecin de campagne,1833, p. 65):
13. Ces hommes ont l'air mélancolique et résigné; ils fument leurs longues pipes à bout d'ambre. Il y a là une trentaine de bâtiments de guerre d'une belle construction, et qui semblent prêts à mettre à la voile; mais il n'y a ni officiers ni matelots, et cette flotte magnifique n'est qu'une décoration du Bosphore. Lamartine, Voyage en Orient,t. 2, 1835, p. 387.
[Avec dépréciation de cette partie] En bout de.Être assis, être placé en bout de table.
Rem. Dans ce dernier cas, l'absence d'art. devant bout et devant le compl. est en relation avec l'emploi partic. de la prép. -en, qui normalement exclut l'emploi de l'article.
Spéc. [En parlant de l'extrémité d'une arme : fusil, épée, etc.] :
14. ... cette main, (...) si elle dirigeait sur votre cœur le bout d'un pistolet ou la pointe d'une épée, plomb ou acier vous irait droit au cœur! ... A. Dumas Père, Thérésa,1832, V, 4, p. 229.
[Sans art., expr. figées] À bout touchant (vieilli), à bout portant. De telle façon que le bout de l'arme touche la cible :
15. Les assaillants avaient le nombre; les insurgés avaient la position. Ils étaient au haut d'une muraille, et ils foudroyaient à bout portant les soldats trébuchant dans les morts et les blessés et empêtrés dans l'escarpement. Hugo, Les Misérables,t. 2, 1862, p. 492.
Au fig. Lâcher une plaisanterie, une injure, donner une réponse à bout portant. En face, très directement, d'une manière instantanée :
16. [Fernand] : ... je suis vieux comme Mathusalem, je ne l'ignore pas, et c'est ce qui fait que réellement je tombe de surprise (...) lorsqu'il m'arrive (...) de recevoir une déclaration à bout portant... O. Feuillet, Scènes et proverbes,1851, pp. 55-56.
b) En partic. [En parlant d'une partie du corps plus ou moins allongée] Bout de la langue, − du nez, − du sein (mamelon) :
17. Moi, j'ai eu comme sein le bout noir d'une fellah d'Égypte et je me demande jusqu'à quel point le lait d'ânesse de cette plantureuse nounou ne m'a pas incorporé le goût de la mort antique, de son culte et de ses mystères? Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 238.
Bout de sein. Désigne aussi un instrument de caoutchouc ou d'ivoire ramolli destiné à former le bout du sein et à préserver le mamelon malade.
Rem. Attesté dans la plupart des dict. gén. du xixeet du xxesiècle.
[La partie du corps ne fait l'obj. d'aucune valorisation partic.]
[Expr. et loc. fig. avec art.] Avoir un mot, un nom sur le bout de la langue, sur le bout de la plume. Être sur le point de s'en souvenir, de l'avoir naturellement à l'esprit, ou de l'écrire. Avoir une question sur le bout de la langue (Farrère, L'Homme qui assassina,1907, p. 177);avoir une sottise au bout de la plume (Musset, Namouna,1832, p. 412):
18. − Ça? Attendez donc! me répond-il. Je ne me rappelle pas son nom. Il y en avait deux, vous savez bien, qui couraient dans l'herbe, la semaine dernière, l'un après l'autre. Diable de nom! Je l'ai sur le bout de la langue. Il cherche. Nous cherchons ensemble. − Ah! dit-il soudain, j'y suis! Je me rappelle. Eh! bien, monsieur, c'est un petit chien. Renard, Journal,1896, p. 320.
[Expr. et loc. fig. sans art.] À bout de bras, tenir qqc. à bout de bras. À l'extrémité de la main et en ayant du mal à porter l'objet. Boucliers portés à bout de bras (Gide, Le Retour du Tchad,1928, p. 967).Au fig. Soutenir qqn ou qqc. à bout de bras. Faire tout son possible pour qu'une situation demeure la même, faire le maximum pour aider une personne se trouvant dans la misère physique ou morale (cf. Montherlant, Les Lépreuses, 1939, p. 1468).
[La partie du corps est valorisée]
Montrer le bout du nez. Se faire voir, se faire remarquer dans une conversation; dévoiler ses intentions (cf. L. Schneider, Les Maîtres de l'opérette fr., Charles Lecocq, 1924, p. 233).
Toucher la vérité du bout des doigts. Approcher de la solution.
Avoir une qualité (ou un défaut) au bout des doigts ou jusqu'au bout des ongles. En avoir beaucoup (cf. Balzac, Eugénie Grandet, 1834, p. 141).Var. Avoir de l'honneur jusqu'au bout des cheveux (Balzac, Eugénie Grandet, 1834, p. 141).
Connaître, posséder son métier jusqu'au bout des ongles. Le savoir à fond (cf. Sainte-Beuve, Pensées et maximes, 1868, p. 102).
Savoir qqc. sur le bout des doigts. Par cœur :
19. Il paraît certain qu'il est né en Italie, dans la Capitanate, et qu'il a été élevé en Espagne. Il se prétend allié à une grande famille espagnole. Lord Clinton sait cela sur le bout du doigt. Hugo, Marie Tudor,1833, journée I, 1, p. 7.
Connaître qqc. ou qqn sur le bout du doigt :
20. Oh! je les connais sur le bout du doigt, les Rougon; je les ai suivis. Ce sont des gens très forts! Ils avaient une rage d'appétits à jouer du couteau au coin d'un bois. Le coup d'État les a aidés à satisfaire un rêve de jouissances qui les torturait depuis quarante ans. Zola, La Conquête de Plassans,1874, p. 951.
[Avec dépréciation de la partie du corps]
Ne pas voir plus loin que le bout de son nez. Avoir peu de prévoyance :
21. − C'est tout ce que vous leur reprochez? une erreur de calcul? demanda Scriassine avec sévérité. − Je leur reproche de ne pas y voir plus loin que le bout de leur nez. Dubreuilh haussa les épaules : « La reconstruction, c'est très joli : mais pas par n'importe quel moyen. » S. de Beauvoir, Les Mandarins,1954, p. 110.
Mener qqn par le bout du nez. Lui faire exécuter tous ses caprices :
22. Vous viendrez vous installer ici. Et dès aujourd'hui. Ou vous aurez affaire à Cosette. Elle entend nous mener tous par le bout du nez, je vous en préviens. Hugo, Les Misérables,t. 2, 1862, p. 658.
Cela lui pend au bout du nez, voilà ce qui lui pend au bout du nez (Flaubert, Correspondance,1863, p. 320).
Manger du bout des dents, du bout des lèvres. [Manger] sans appétit et avec une sorte de dégoût (cf. T. Gautier, Le Capitaine Fracasse, 1863, p. 239).
Sourire du bout des dents, sourire du bout des lèvres (A. Dumas Père, Le Comte de Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 341).
Remercier du bout des lèvres. Remercier sans trop ouvrir la bouche, et plus figurément, sans franchise (cf. Stendhal, La Chartreuse de Parme, 1839, p. 302).
Ne pas remuer le bout du petit doigt. Ne pas bouger, ne rien faire pour quelqu'un :
23. Dire que si, en votre qualité d'ange, vous vouliez seulement, remuer le bout de votre petit doigt, vous forceriez, tout bonnement, − en dépit de la niaiserie et de l'injustice des objections possibles, − ... Villiers de L'Isle-Adam, Correspondance,1884, p. 56.
Montrer le bout de l'oreille. Faire une courte apparition, donner son avis dans une discussion, et p. ext. se trahir (cf. Bremond, Hist. littér. du sentiment relig. en France, t. 4, 1920, p. 477).
Se faire tirer le bout de l'oreille. Se faire prier longuement avant de se décider.
Repousser qqn ou qqc. du bout du pied (Billy, Introïbo, 1939, p. 54).
Le bout de nous-mêmes (rare). Le plus profond de nous, notre propre limite (cf. Teilhard de Chardin, Le Phénomène humain, 1955, p. 292).
B.− [Le bout est celui d'un espace d'une certaine étendue, qu'on peut parcourir en marchant droit devant soi]
1. [Il y a deux bouts à raison d'un bout pour chacun des deux sens de la marche] D'un bout à l'autre du pays, de la pièce (Claudel, Le Ravissement de Scapin,1952, p. 1345);aux deux bouts de la terre (Musset, La Confession d'un enfant du siècle,1836, p. 357).
P. ext. Point cardinal, direction de marche. Aux quatre bouts de l'Europe (Pesquidoux, Le Livre de raison,1925, p. 11).
2. [Le bout est considéré par rapport à un seul point de départ : il n'y a qu'un bout, celui qui est en fin de parcours] Point terminal. Bout du chemin, d'une route, etc. :
24. ... dans ce pays peu ravagé par les Parisiens, il était certain d'être à l'abri; la difficulté des communications mal assurées par un ridicule chemin de fer, situé au bout de la ville, et par de petits tramways, partant et marchant à leur guise, le rassurait. Huysmans, À rebours,1884, p. 11.
À tout bout de champ (littéralement). À chaque fois que la charrue arrive au bout du champ. Au fig. Sans arrêt (cf. Musset, Lettres de Dupuis et Cotonet, 1836-37, p. 666).
P. ext. et souvent péj. Le point le plus éloigné. Le bout de la terre, le bout du monde (Voyage de La Pérouse,t. 3, 1797, p. 137).
Au fig. [Pour désigner la limite des appréciations possibles] C'est le bout du monde, ce n'est pas le bout du monde :
25. C'est tout le bout du monde s'il [le jeune Marseillais] va passer une heure au théâtre (...) et encore cette heure il la passe dans les coulisses... Stendhal, Mémoires d'un touriste,t. 2, 1838, p. 406.
Loc. Au bout de.Au bout du jardin (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 142);au bout d'un parc (Sartre, La Mort dans l'âme,1949, p. 279).
Expr. proverbiale. Au bout du fossé la culbute. Se dit d'une personne trop aventureuse qui risque de payer les conséquences de sa témérité.
P. métaph. Être au bout du rouleau. Être à la limite de ses forces.
Rem. Attesté dans la plupart des dict. gén. du xixeet du xxesiècle.
C.− Portion extrême d'un espace de temps, d'une durée, d'une certaine étendue.
1. [Il y a deux bouts, le temps étant considéré comme un espace dont on considère le début et la fin]
Loc. fig. Joindre les deux bouts (de l'an). Ne pas dépenser plus que le revenu dont on dispose d'un bout de l'année à l'autre. Avoir du mal à joindre les deux bouts. Avoir tout juste de quoi subsister :
26. Le cinéma français est également touché par la crise. Les deux piliers de l'industrie cinématographique, Pathé et Gaumont, s'écroulent. L'insécurité, l'incertitude, la crainte, la difficulté de joindre les deux bouts caractérisent alors la condition ouvrière. B. Cacérès, Hist. de l'éduc. pop.,1964, p. 88.
2. [Il n'y a qu'un bout, le temps étant considéré comme une marche irréversible vers son terme]
a) [La durée est celle du mouvement diurne ou annuel de la terre] Au bout de vingt-quatre heures; au bout de la nuit; au bout d'un an, au bout de trente ans; au bout d'un siècle et demi (Taine, Philos. de l'art,t. 1, 1865, p. 6).Les moules sont consommables au bout de deux ou trois ans (A. Boyer, Les Pêches mar.,1967, p. 82).Mettre les jours au bout les uns des autres (A. Dumas Père, Le Comte de Monte-Cristo,t. 1, 1846, p. 162).
Loc. Au bout de l'an. P. méton., bout de l'an, service du bout de l'an. Service que l'on fait solennellement pour un mort à l'époque anniversaire de son décès (cf. Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 5, 1859, p. 98).Au bout de. À l'expiration d'un délai de... Au bout de cinq à six semaines, les vivres vinrent à manquer (Le Petit navire, chanson pop.). Au bout du compte. Après tout, tout considéré (cf. Green, Journal, 1934, p. 174).
b) [La durée est celle de la vie, d'une tranche de vie] Au bout de l'enfance, de l'adolescence; au bout de la vie (Lamartine, Harmonies,1830, p. 425).
En partic. en bonne ou en mauvaise part [La durée est celle d'un effort physique ou moral, d'une épreuve pénible, etc.]
Au bout de + art. déf. (ou adj. possessif, etc.) + subst.Aller jusqu'au bout d'une affaire. Jusqu'à sa conclusion. Aller (jusqu')au bout. Jusqu'à la limite du possible. P. anal. Être au bout de ses économies, de ses provisions, de ses munitions, etc. Voir (ou non) le bout de ses déboires, être (ou non) au bout de ses peines, de ses ennuis. En avoir terminé (ou non) avec eux. Le bout de leur misère (Zola, La Débâcle,1892, p. 399):
27. Les forts n'hésitent pas. Ils s'attablent, ils sueront. Ils iront au bout. Ils épuiseront l'encre, ils useront le papier. Renard, Journal,1887-1910, p. 2.
28. Nos regards prirent la direction qu'indiquait le bras de notre ami, et nous aperçûmes le chevreuil qui gravissait lentement comme un voyageur au bout de ses peines, les pentes douces des prairies dont je viens de parler. La Hétraie, La Chasse, vén., fauconn.,1945, p. 179.
À bout de + subst. art. ou déterminatif
[Désigne la fin d'une chose ou d'une opération] Être à bout d'arguments; être à bout de raisonnement (Stendhal, Lucien Leuwen,t. 1,1836, p. 171);être à bout de course (Mauriac, Les Mal Aimés,1945, p. 104).Venir à bout de qqn ou de qqc. (ennemi, dessein, difficulté, travail). Espérer venir à bout d'obstacles (Fromentin, Dominique,1863, p. 103);venir à bout de tout (Stendhal, Correspondance,t. 1, 1842, p. 43):
29. ... ces terres fortes donnent lieu à des sentiers boueux aux ornières profondes. Longtemps la circulation y a été difficile. Il faut l'effort vigoureux des grands bœufs gascons pour venir à bout des charrois et des labours. Vidal de La Blache, Tabl. de la géogr. de la France,1908, p. 366.
30. Le 17esur leurs talons se jette dans Crosten, mais, bientôt assailli lui-même par les Prussiens reformés, surtout par le régiment de l'électeur qui n'a pas souffert et qui attaque en flanc, le 17e, à bout de cartouches, perd Crosten, se retire sur Beulwitz, où il est d'ailleurs relevé par le 64e; il passe en réserve. Foch, Des Principes de la guerre,1911, p. 300.
[Désigne une partie du corps ou un état psychol.] Être à bout de forces. À la limite de ces dernières. Fig. et pop. Être à bout de nerfs, de patience :
31. ... tout cela nous a fait lâches comme des enfants. Nous étions à bout de forces, à bout d'efforts, à bout de tension nerveuse. Quand la porte s'est ouverte, nous avons dit : « Nous enverrons quelqu'un », et nous nous sommes sauvés. E. et J. de Goncourt, Journal,1862, p. 1115.
32. Calé sur le bureau, la tête dans la main gauche, il dicte ou donne des ordres, à bout de nerfs. Malraux, Les Conquérants,1928, p. 126.
Au fig. et fam. Être à bout de souffle. Être sans ressources (G. et H. Coston, L'A. B. C. du journ., 1952, p. 44). P. ext. et iron. Un harmonium à bout de souffle (L'Enseign. en France, L'Enseign. de la mus. et l'éduc. musicale, t. 2, 1950, p. 9).
Emploi abs., loc. Patience à bout (Sue, Atar Gull,1831, p. 6).Être, mettre, pousser à bout :
33. Le Sénat laissait aux proconsuls d'autres moyens de s'enrichir eux-mêmes. Ils se saisissaient du blé des habitants, le taxaient à un prix énorme et affamaient le pays. De pareilles vexations auraient poussé à bout des hommes plus pacifiques. Michelet, Hist. romaine,t. 2, 1831, p. 106.
Rem. À bout de est plus général que au bout de, comme le montre l'absence ou la présence d'un art. ou d'un déterminatif devant le complément.
II.− [Le bout est une chose ou un être relativement petit, de forme allongée; gén. introduit par un compl. sans art., indiquant en quoi consiste le bout]
A.− [Le bout est le résidu d'un processus d'épuisement; la partie principale a disparu] Bouts de chandelle. Menus morceaux de chandelles subsistant une fois qu'elles ont fini de servir.
Loc. fig. Faire des économies de bouts de chandelles. Faire des épargnes ridicules sur de très petites choses (cf.Balzac, Les Petits bourgeois, 1850, p. 48).
Rem. 1. Dans cette loc. chandelle désigne à la fois l'objet chandelle et la matière de cet objet. D'où la position de transition de cette constr. entre les emplois I et II. 2. On pourrait placer ici les constr. mentionnées supra sous I C 2 b : être à bout de souffle indique en effet que les réserves de souffle sont en train de s'épuiser (fin de processus).
B.− [Le compl. est explicité] Fragment détaché (ou censé détaché) de l'extrémité d'une chose ou d'un espace allongé; p. ext., petit morceau, fragment de quelque chose.
1. [Le bout est celui d'un objet matériel ou culture] Bout de bois, de terrain; bout de fil de fer, de papier; bout de sermon, bout de messe :
34. Et, dans le calme brusque qui se fit, on distingua, au fond de l'arrière-boutique, la voix épaisse de Coupeau. Il restait bon enfant, il riait tout seul, en lâchant des bouts de phrase. Zola, L'Assommoir,1877, p. 514.
35. Dès qu'il fut entendu que nous partagerions, soldats, les commodités relatives du bastion avec ces vieillards, ils se mirent à nous détester à l'unisson, non sans venir toutefois en même temps mendier et sans répit nos résidus de tabac à la traîne le long des croisées et les bouts de pain rassis tombés dessous les bancs. Céline, Voyage au bout de la nuit,1932, p. 112.
Arg. Tailler un bout de gras, discuter le bout de gras. Faire un brin de conversation, parler d'une affaire :
36. Tandis qu'ils [le chêne et le roseau] discutaient l'bout [d'] gras, Le temps tourna à la godille. Marcus, 15 fables célèbres (racontées en arg. par Marcus)1947, p. 4.
2. [Le bout est celui d'un mouvement spatial, d'un espace] Un bout de chemin (Becque, Les Corbeaux,1882, p. 140);faire un bout de conduite à qqn (Pesquidoux, Le Livre de raison,1932, p. 27):
37. Parfois, le dimanche, lorsqu'il faisait beau, Camille forçait Thérèse à sortir avec lui, à faire un bout de promenade aux Champs-Élysées. La jeune femme aurait préféré rester dans l'ombre humide de la boutique; elle se fatiguait, elle s'ennuyait au bras de son mari qui la traînait sur les trottoirs en s'arrêtant aux boutiques avec des étonnements, des réflexions, des silences d'imbéciles. Zola, Thérèse Raquin,1867, p. 61.
P. antiphrase valorisante. Un bon bout de chemin. Une grande distance.
P. méton., CIN. Un bout d'essai. ,,Bout de pellicule impressionnée, prélevée à la fin d'un plan, par l'assistant-opérateur, et développé immédiatement pour le contrôle de la prise de vue`` (G. Cohen, Séat, Essai sur les principes d'une philos. du cin., introd. gén., Nomenclature cinématographique, 1946, p. 196).
3. [Le bout est celui d'un espace de temps, d'une durée] Un bout de journée; un bout de temps (Colette, Julie de Carneilhan,1941, p. 27).
C.− Emploi abs. [Sans compl. prép.]
[Le bout désigne une partie du corps] S'en aller par petits bouts.
Au fig. et pop. Mettre les bouts (de bois : proprement les jambes). Se sauver rapidement (cf. Céline Mort à crédit, 1936, p. 209).
III.− [En constr. expressive] (Un) bout de (+ subst. d'inanimé ou d'animé).Petit.
A.− [Le compl. désigne un inanimé : chose ou opération] Écrire un bout de lettre Écrire une petite lettre; faire un bout de toilette Faire une toilette sommaire :
38. − Ne conviendrait-il pas, messieurs, de nous rendre tous autour du lit du blessé, et ensuite de faire une consultation? Je ferai dresser un bout de procès-verbal de ce qui sera dit, et je le porterai à M. le Ministre de l'Intérieur. Stendhal, Lucien Leuwen,t. 2, 1836, p. 353.
B.− Dans le lang. affectif [Le compl. désigne un animé : notamment un enfant, une femme] Un bout d'homme, un bout de chou (ou bout'chou), un bout de zan :
39. Les hommes de lettres ont fait le tour des idées, et ils finissent par se marier avec de pauvres petits bouts de femmes laides. Renard, Journal,1897, p. 402.
[Avec ell. du compl.] Un petit bout, un gentil petit bout.
Rem. 1. Dans ces constr. où bout de signifie « petit », il y a anticipation expressive du subst. bout exprimant une qualification; en synt. non expressive ou aurait une constr. d'attribut ou d'appos. : une lettre qui n'est qu'un bout (de papier) devient en synt. expressive un bout de lettre; un chou (« petit enfant ») qui n'est qu'un bout (d'homme) devient en synt. expressive : bout de chou. Cf. les tournures usuelles comme mon gendarme de mari, issu par anticipation expressive du qualificatif gendarme. de : mon mari qui est un gendarme. 2. Littré et Nouv. Lar. ill, enregistrent le subst. masc. boudrillon appliqué p. plaisant. au duc de Saint-Simon et qui désigne un homme de petite taille.
PRONONC. − 1. Forme phon. : [bu]. Les dict. soulignent que le t ne se prononce que devant une voyelle. 2. Homon. et homogr. boue, (je, tu) bous et (il) bout (du verbe bouillir). Enq. : /bu/.
ÉTYMOL. ET HIST. − A.− Ca 1121 « coup » (St Brandan, éd. E.G.R. Waters, Oxford, 1928, 1025) − seulement au Moy. Âge. B.− 1. 1180-1200 « extrémité d'un objet » (Aliscans, 166 dans T.-L.); spéc. subst. 1288 « avant, proue d'un navire » (Jacquemard Gielee, Renart le Nouvel, 5032 dans T.-L.) loc. 1268-71 bout à bout « sans avantage de part ni d'autre » (E. Boileau, Métiers, 316, ibid.) − xives. (Gdf. Compl.); 1573 id. « extrémité contre extrémité, les extrémités se rejoignant » (A. Paré, Des Monstres et Prodiges, éd. Malgaigne, Paris, 1841, III, 42); 1718 mettre bout à bout « énumérer » (Ac.); xives. a chaque bout de champ « à chaque instant » (Troilus, IV dans Gdf. Compl. : Ainsi que font les coqs a chacun bout de champ [chant?]) − hapax; 1580 (Montaigne, I, 40 dans Littré); 1636 à tout bout de champ (Monet, Invantaire des deus lang., françoise et latine, Lyon); 1468 prendre qqn par le bon bout (G. Chastellain, Chron. des ducs de Bourgogne, II, ch. 25 dans Littré); a) p. anal. xves. « fin d'une durée » (Alain Chartier, Le Débat du Réveille matin dans Littré : Dont j'ai souffert tant longuement Dure peine ... Et si n'en puis trouver le bout); loc. xves. venir à bout de (Froissart, I, 1, 315, ibid.); 1616-20 être à bout de (D'Aubigné, Hist., II, 305, ibid.); b) p. ext. 1538 « ce qui garnit l'extrémité de certaines choses » (Est.); 2. 1580 « morceau qui reste de quelque chose » (Montaigne d'apr. FEW t. 15, 1, p. 216b); 1680 (Rich. : Un bout de chandelle); d'où p. anal. 1561 (Du Bellay, V. 8, verso dans Littré : Petit bout d'homme). Dér. de bouter*; A de bouter « frapper »; B bouter « pousser ».
STAT. − Fréq. abs. littér. : 17 938. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 15 553, b) 32 571; xxes. : a) 31 629, b) 26 542.
BBG. − Mat. Louis-Philippe 1951, p. 145. − Quem. 2es. t. 3 1972, p. 27; t. 4 1972, pp. 32-33. − Reid (T. B. W.). The Dirty end of the stick. In : [Mél. Orr (J.)]. R. Ling. rom. 1967, t. 31, pp. 55-63. − Rog. 1965, p. 118, 134. − Walt. 1885, p. 79.

Bout : définition du Wiktionnaire

Nom commun 1

bout \bu\ masculin

  1. Partie extrême d’une chose.
    • Il leur suffisait de tremper le bout des doigts dans une pipe de cidre ou une cuvée de vin pour changer cidre et vin en bouse liquide ; […]. — (Octave Mirbeau, Rabalan,)
    • Il y a encore une autre région frontière orificielle qui est un foyer sexuel tactile de haute importance : le bout des seins. — (Havelock Ellis, La Sélection Sexuelle chez l'Homme : Toucher, odorat, ouïe, vision, traduit par A. Van Gennep, Paris : Mercure de France, 1922, p. 45)
    • Il habite à l’autre bout de la ville.
    • Le gros bout de poitrine, morceau de boucherie, à l'avant de la poitrine.
  2. Ce qui garnit l’extrémité de certaines choses.
    • Le bout d’un parapluie.
    • Le bout d’une allumette.
  3. Petite partie de certaines choses ; morceau résiduel.
    • De mon cigare il ne me restait plus qu’un bout entre les lèvres, et, après en avoir aspiré les dernières bouffées, je le jette par-dessus le bord. — (Jules Verne, Claudius Bombarnac, ch. III, J. Hetzel et Cie, Paris, 1892)
    • […], M. Smallways se livrait à l’horticulture, sur ce dernier bout de terrain investi de jour en jour plus étroitement par les accaparements urbains. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 7 de l’éd. de 1921)
  4. Fin, terme, d’une chose qui dure dans le temps.
    • Au bout du mois vous recevrez votre salaire.
    • C’est une affaire dont il ne verra jamais le bout.
    • le Périat a été mon précepteur, un si saint homme qu’on a dû le jeter dehors avant le bout de l’an, parce qu’on ne pouvait pas garder une bonne avec lui, qu’il ne l’eût mise enceinte, avant le bout du mois. — (Marcel Jouhandeau, Chaminadour, Gallimard, 1941 et 1953, collection Le Livre de Poche, page 358)
  5. (Cartes à jouer) Carte spéciale dans certains jeux de cartes, comme le tarot
    • Au tarot, il y a trois bouts : le petit (le un d’atout), l’excuse et le 21 d’atout.
  6. (Marine) Avant, proue, du bâtiment.
    • Ce bâtiment a le bout à terre.
    • Naviguer vent de bout.
  7. (Maçonnerie) (Menuiserie) (Mécanique) Bord le plus court d'une plaque, d'une tôle, d'une planche ; et plus généralement, face étroite d’un objet pris dans sa largeur, par opposition au plat et au chant.
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Bout : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

BOUILLIR. (Je bous; nous bouillons. Je bouillais. Je bouillis. Je bouillirai. Bous. Qu'il bouille. Que je bouille. Que je bouillisse. Bouillant. Bouilli.) v. intr.
Être dans l'état d'ébullition. Il se dit proprement des Liquides, lorsque la chaleur ou la fermentation y produit un mouvement et qu'il se forme des bulles à la surface. Faire bouillir de l'eau. Mettre de l'eau bouillir. Du lait qui bout, qui commence à bouillir. Fig., Le sang lui bout dans les veines, se dit d'un Jeune homme ardent, fougueux, dans la première vigueur de l'âge. Fig., Cela fait bouillir le sang, se dit de Ce qui cause une vive impatience. On dit de même Mon sang bout quand je vois, quand j'entends de pareilles choses. Fig., La tête me bout, la cervelle me bout, Je sens une excessive chaleur à la tête. Fig., Bouillir d'impatience, Éprouver une impatience violente. Il se dit aussi des Choses qu'on fait cuire dans l'eau ou quelque autre liquide. Faire bouillir des châtaignes, des pommes de terre, etc. Faire bouillir des herbes. Il se dit également du Récipient où l'on fait cuire quelque chose. Faire bouillir le pot. Le pot bout. Fam., Cela fait bouillir la marmite; cela sert, cela aide à faire bouillir la marmite, à faire bouillir le pot, se dit de Ce qui contribue particulièrement à faire subsister un ménage. Ce petit emploi l'aide à faire bouillir la marmite. Fig. et fam., N'être bon ni à rôtir, ni à bouillir. Voyez BON, adj. Il s'emploie quelquefois comme verbe transitif dans le sens de Faire bouillir. Bouillir le lait pour le conserver.

Bout : définition du Littré (1872-1877)

BOUT (bou ; le t se lie : de bout en bout, dites : de bou-t en bout) s. m.
  • 1La portion qui termine un corps, un espace. Le bout des rames. Le bout de la queue. Les deux bouts d'une corde. Le bout du champ. Bâton à deux bouts, sorte de bâton avec lequel on peut frapper aussi bien par un bout que par l'autre. Je l'ai trouvé, seigneur, au bout de cette allée, Où la clarté du ciel semble toujours voilée, Corneille, Rodog. V, 4. Un architecte avait bâti une maison dans un bout de la ville de Paris, Fénelon, III, 167. Qui n'a pas besoin de mettre les bras d'un autre au bout des siens, Rousseau, Ém. II. Notre principal avantage est au bout de nos doigts : nos paysans ont eu l'industrie de travailler en horlogerie pour les Génevois, Voltaire, Lett. Fargès, 25 février 1776. [Le nain] Sur un pied danse Au bout d'un flot, Hugo, Orient. 28. Que les Romains, pressés de l'un à l'autre bout, Doutent où vous serez, et vous trouvent partout, Racine, Mithr. III, 1.

    Fig. L'aridité des calculs est presque toujours l'ennemie mortelle de la littérature ; heureux les esprits bien faits qui touchent à la fois à ces deux bouts ! Voltaire, Lettr. de Vaines, 18 mars 1771. Mon Dieu ! nous savons tout. - Quoi ? - Votre procédé de l'un à l'autre bout, Molière, l'Étour. III, 3.

    Aux deux bouts de la terre, par toute la terre. Aux deux bouts de la terre étendre mes travaux, Corneille, Cid, V, 8. Que cent peuples unis des bouts de l'univers, Corneille, Hor. IV, 5. La guerre Que sa fureur [de Rome] envoie aux deux bouts de la terre, Racine, Mithr. III, 1. Rassemblez-vous des bouts de l'univers, Racine, Esth. III, 9. Faites, déesse, que ma lyre… Aux deux bouts du monde aille dire Des chansons dignes de mon roi, Racan, Ode au roi. Mais qu'est-il ce renom ? c'est le bruit du tonnerre Qui, volant tout à coup aux deux bouts de la terre, Dure à peine quelques instants…, Gilbert, Le prince de Salm. D'un bout du monde à l'autre bout L'habit fait tout, Béranger, Vieux habits.

    Au bout de l'univers, dans des contrées très éloignées. Au bout de l'univers, va, cours te confiner, Racine, Bérén. IV, 4. S'il y eût eu un homme comme vous, j'eusse été le chercher au bout du monde, Fontenelle, Apicius, Galilée.

    Par exagération. Être logé au bout du monde, dans un quartier fort éloigné. Dans le temps que nous sommes aux deux bouts de la terre, Sévigné, 227.

    Fig. et familièrement. C'est tout le bout du monde, c'est tout ce que la chose vaut, tout ce qui est possible. Je pars, et si je vous écris encore lundi, c'est tout le bout du monde, Sévigné, 153.

    Terme de manége. Mettre les deux bouts en dedans, faire travailler un cheval, de manière que la tête se rapproche de la croupe.

    Bout à bout, loc. adv. À bouts se touchant. Tuyaux assemblés bout à bout.

    Fig. Les nombres sont bout à bout à la suite l'un de l'autre, Pascal, Pens. div. 69. Quatre Mathusalem bout à bout ne pourraient Mettre à fin ce qu'un seul désire, La Fontaine, Fabl. VIII, 25.

    Mettre bout à bout, au propre et au figuré, rapprocher et réunir de petites portions d'une chose. Mettez bout à bout ces morceaux de ruban. Si l'on mettait bout à bout toutes les heures que l'on perd, on ferait un long espace de temps.

    D'un bout à l'autre, loc. adv. Du commencement à la fin, entièrement. J'ai visité le parc d'un bout à l'autre. J'ai entendu son discours d'un bout à l'autre. Il a pu vous dire ma maladie d'un bout à l'autre, Sévigné, 292.

    De bout en bout, loc. adv. Même sens. Le ciel est noir de bout en bout, St-Amand, Œuvres, 78. Les cris… qui… Firent de bout en bout retentir les déserts, La Fontaine, Psyché, I, p. 34. Lise de bout en bout lui conte le mystère, La Fontaine, Comment l'esprit, etc. Lui dit de bout en bout toute la vérité, La Fontaine, Ch. imp. Contez-lui votre cas De bout en bout, La Fontaine, Fais. Momus, alors présent, reprit de bout en bout De nos deux envoyés les harangues frivoles, La Fontaine, Quinquina, II. Vous saurez tout cela tantôt de bout en bout, Molière, Mélic. II, 7.

    Bout-ci, bout-là, par-ci, par-là.

    Terme de jeu de domino. Le bout ouvert, le bout de la rangée de dominos auquel on peut encore poser des dés.

    À bout portant, loc. adv. C'est-à-dire le bout de l'arme étant mis près de l'objet qu'on vise.

    Fig. On a vu le mot étrange, à bout portant, que Tonnerre, évêque comte de Noyon, lâcha au roi en plein petit couvert, Saint-Simon, 413, 186.

    Au bout de la plume. Voy. Au bout de la langue.

    Ce mot est resté au bout de la plume, il a été oublié.

  • 2Extrémité des parties du corps. Le bout du pied. Le bout de la langue. Le bout de l'oreille.

    Au bout de la langue, au bout de la plume, en parlant de ce qui est dit, écrit avec facilité. Quand ils se trouvent au bout de ma plume, Sévigné, 299. Dès qu'un mot se trouvait au bout de sa langue ou de sa plume, Hamilton, Gramm. 10.

    Avoir un mot sur le bout de la langue, chercher dans sa mémoire un mot qu'on croit tenir et qui ne vient pas.

    Rire du bout des dents, rire sans en avoir envie. On dit aussi rire du bout des lèvres.

    Dire quelque chose du bout des lèvres, le dire par condescendance et sans vouloir être pris au sérieux. Ce que vous m'accordâtes du bout des lèvres et que vous fîtes pour m'obliger, Voiture, Lettr. 75.

    Montrer le bout de l'oreille, un bout d'oreille, laisser pénétrer sa pensée, ses desseins.

    Savoir une chose sur le bout du doigt, la savoir parfaitement, de mémoire.

    Toucher du bout du doigt, toucher légèrement, au propre et au figuré.

    Toucher à une chose du bout du doigt, être près d'y arriver, de l'atteindre. On y touchait du bout du doigt, quand tout a manqué.

    Le bout du sein, ou, simplement, le bout, le mamelon. L'enfant n'a pas encore pris le bout. Elle ne peut nourrir faute de bout.

    Bout de sein, instrument de caoutchouc ou d'ivoire ramolli, destiné à former le bout du sein chez les nouvelles accouchées, ou à préserver le mamelon malade.

    Des bouts d'ailes, les extrémités des ailes de certains oiseaux bons à manger. Une terrine de bouts d'ailes.

    Des bouts d'ailes, des plumes du bout de l'aile des oies dont on se sert pour écrire.

  • 3Le bon bout, le côté par où il convient de prendre une chose. Prendre une chose par le bon bout, la prendre comme il faut. À quiconque le sait prendre par le bon bout, Molière, l'Étour. III, 2. Mais je les veux avoir par le bon bout, La Fontaine, Papef.

    Par quelque bout que vous preniez cette affaire, de quelque façon que vous l'entrepreniez. Prendre quelqu'un par tous les bouts, faire auprès de lui toutes les tentatives imaginables pour le décider, le persuader, etc.

    On ne sait par quel bout le prendre, se dit de quelqu'un dont l'humeur est revêche et difficile.

    Se mettre sur le bon bout, se mettre sur un bon pied, faire plus de dépenses. La cour ne se mit pas seule sur le bon bout ; Et le luxe passa jusqu'à la bourgeoisie ; Chacun fit de son mieux, ce n'était qu'or partout, La Fontaine, Lettr. I.

    Terme de marine. Le bon bout, le bout du câble qui reste à bord.

    Fig. Et toujours retenez le bon bout à la main, De crainte que le temps ne détruise l'affaire, Régnier, Sat. XII.

  • 4Le haut bout, la place la plus honorable. À table, au plus haut bout il veut qu'il soit assis, Molière, Tart. I, 2.

    Fig. Cela avec Escobar les met au haut bout, Pascal, Prov. 9. Peu de gens en leur estime Lui refusent le haut bout, La Fontaine, Fabl. VIII, 13. Les Dominicains en Espagne, comme partout ailleurs où elle [l'inquisition] est établie, tenaient le haut bout, Saint-Simon, 90, 190.

    Le bas bout, une des dernières places. Ils furent admis à sa table au bas bout, sans que le seigneur du château les honorât du regard, Voltaire, Zadig, 20. Je me refuse d'être au bas bout, non parce qu'il est bout…, Pascal, Grand. 21.

  • 5Ce qui garnit l'extrémité de certaines choses. Un bâton qui a un bout de fer, c'est-à-dire qui est ferré par le bout. Des bouts de manche, petites manches qu'on met par-dessus les manches de son habit pour les préserver. Bouts de souliers, morceau de cuir qu'on met à la semelle quand elle est usée. Bout de fleuret, le bouton qui garnit la pointe du fleuret.
  • 6Petite partie, petit morceau. Un bout de lettre. Un bout de corde. Entendre un bout de messe, un bout de sermon.

    Dans un autre sens, un bout de discours, un discours très peu étendu. Il n'a fait qu'un bout de plaidoyer. Il n'avait dans cette pièce qu'un bout de rôle.

    Un bout d'homme, un petit bout d'homme, un homme très petit.

    Des bouts de chandelle, ce qui reste d'une chandelle consumée en partie.

    Familièrement. Une économie de bouts de chandelle, une épargne mesquine et sans utilité. On dit que le contrôleur général a fait retrancher… ces ménages de bouts de chandelle ne sont peut-être pas ce qui fait fleurir un État, Voltaire, Lettr. Damilaville, 15 février 1764.

    Bout de boudin, voy. BOUDIN.

  • 7Terme, point où quelque chose cesse. Le bout de l'année. Au bout de huit jours. Le bout du chemin. Et comme au bout d'un an sa santé fut parfaite…, Corneille, Poly. I, 4. On en fait revivre un au bout de vingt années…, Corneille, Héracl. I, 1. Il tomba dans leurs fers au bout de sa poursuite, Corneille, Rodog. I, 1. Savoir discerner… d'un bien qui s'envole un qui n'a point de bout, Malherbe, I, 4. Je ne me suis connu qu'au bout de ma carrière, Voltaire, Alz. V, 7. La moindre taupinée était mont à ses yeux ; Au bout de quelques jours le voyageur arrive…, La Fontaine, Fabl. VIII, 9.

    Être au bout de sa carrière, toucher au terme de sa vie.

    Fig. À tout bout de champ, à tout propos.

    Bout de l'au, service funèbre qui se célèbre un an après le décès de quelqu'un. On fit à St-Denis le bout de l'an du Dauphin et de la Dauphine, Saint-Simon, 340, 208. Je fais des bouts de l'an de tout, Sévigné, 115.

    Fig. Joindre les deux bouts, avoir tout juste de quoi subsister. Le maréchal de Choiseul savait trouver les deux bouts de l'année sans dettes, Saint-Simon, 289, 195. La locution entière est : joindre les deux bouts de l'an, c'est-à-dire aller, sans dépasser son revenu, d'un bout de l'an à l'autre. Fig. Être au bout de son rôle, de son rôlet, de son rouleau, ne savoir plus que dire, que faire. Ils voient à tous moments le bout de leur esprit, Sévigné, 432. Il se voit tous les jours au bout de son fonds, Bossuet, II, Jos. 2.

    Il est au bout de ses écus, il a épuisé ses ressources.

    N'être pas au bout, avoir encore bien des choses pénibles à supporter.

    Et haïe au bout, locution vieillie et hors d'usage, qui se disait pour signifier : et quelque chose de plus. Il a dix mille livres de rente, et haïe au bout. Haïe paraît ici une simple exclamation pour désigner quelque chose vaguement, quelque chose qu'on ne peut ou ne veut désigner précisément.

    Jusqu'au bout, loc. adv. Jusqu'à la fin. Vous êtes généreux, soyez-le jusqu'au bout, Corneille, Poly. IV, 5. Sa vertu jusqu'au bout ne s'est pas démentie, Corneille, Héracl. III, 3. Voyons si ta constance ira jusques au bout, Corneille, Cinna, V, 1. Je veux voir jusqu'au bout quel sera votre cœur, Et si de me trahir il aura la noirceur, Molière, Mis. IV, 3. Pousser l'examen jusqu'au bout, Bossuet, Hist. II, 13. Jusqu'au bout il a poussé l'outrage, Racine, Andr. V, 2. Suivons jusques au bout ses ordres favorables, Racine, Brit. II, 8.

    À bout, loc. adv. Être à bout, être épuisé. Mais je sens que bientôt ma douceur est à bout, Racine, Athal. II, 5. Un reste de respect en pouvait être cause, Mais c'est trop me pousser, ce respect est à bout, Molière, le Dép. V, 8. Je me trouve à bout de ma subtilité, Molière, l'Étour. III, 1. Sa patience et son espoir furent à bout, Hamilton, Gramm. 8. Les valets enrageaient, l'époux était à bout, La Fontaine, Fabl. VII, 2. À bout sur un frère si extravagant [que d'Aubigné], Mme de Maintenon fit tant par St-Sulpice qu'on lui persuada de quitter ses débauches, Saint-Simon, 51, 100.

    Terme de manége. Être à bout, se dit d'un cheval outré de fatigue.

    Terme de vénerie. Être à bout de voie, se dit d'un limier qui se perd ; et fig. ne plus savoir que faire.

    Mettre à bout, vaincre, réduire. Les Grecs… Par mille assauts, par cent batailles, N'avaient pu mettre à bout cette fière cité, La Fontaine, Fabl. II, 1. Nous mettrons autant de cœurs à bout Que nous voudrons en entreprendre, La Fontaine, Joc. Pour mettre à bout les plus cruelles…, Molière, Amph. Prologue.

    Mettre à bout, irriter, fatiguer, impatienter. Et tu me mets à bout par ces contes frivoles, Molière, l'Étour. I, 2. Il met sa patience à bout, Bossuet, Obl. 1. Il n'y a point de patience que vous ne mettiez à bout, Pascal, Prov. 10. Sitôt qu'il aura mis ma patience à bout, Corneille, Agésil. II, 6.

    Pousser à bout, irriter, et aussi réduire à ne pouvoir répondre, mettre à quia. Ils lui conseillent de ne le point pousser à bout, Corneille, Ex. du Cid. La reine… Sachant ce que je puis, me pousse trop à bout, Corneille, Nicom. II, 3. Faut-il pousser à bout une reine obstinée ? Corneille, Sertor. IV, 3. On pousse ma douleur et mes soupçons à bout, Molière, Mis. IV, 3. Voilà donc comme parle cet amant outré et poussé à bout, Bossuet, Or. 10. Les esprits poussés à bout par tant d'injustices, Bossuet, Hist. II, 12. C'est pousser l'amour à bout, que…, Bossuet, Lett. Corn. 99. Ce raisonnement pousse à bout la subtilité de nos adversaires, Bossuet, Déf. comm, On dit, à ce propos, qu'un jour ce dieu bizarre, Voulant pousser à bout tous les rimeurs françois, Inventa du sonnet les rigoureuses lois, Boileau, Art p. II. Poussons à bout l'ingrat, Racine, Baj. IV, 4. Il fallait pousser à bout de tels imposteurs, Pascal, Prov. 16.

    Pousser à bout, porter à l'extrémité, exagérer. Il pousse à bout toutes les décisions, Bossuet, Rem. Poussant à bout ses maximes, Bossuet, Var. 2. Si l'on voulait pousser à bout la subtilité, Bossuet, Or. 10.

    Venir à bout d'un dessein, d'une entreprise, réussir. Il croit que son remède viendra à bout de tout, Sévigné, 412. Sans pouvoir en venir à bout, Sévigné, 536. Ils n'entreprennent rien qu'ils n'en viennent à bout, Régnier, Sat. III. En viendrons-nous à bout ? Corneille, le Ment. IV, 7. Mettez à bout l'effet qu'amour a commencé, Rotrou, Vencesl. IV, 6. Thalès disait que [de toutes les choses] la plus forte était la nécessité parce qu'elle venait à bout de tout, Fénelon, Thalès. Le père, pour venir à bout D'une précaution sur qui roulait la vie De celui qu'il aimait…, La Fontaine, Fabl. VIII, 16. Je ne viendrais jamais à bout De nombrer les faveurs que l'amour leur envoie, La Fontaine, Joc. L'Église est enfin venue à bout d'exterminer cette superstition, mais il lui a fallu du temps, Fontenelle, Oracles, chap. 18.

    Venir à bout de, triompher, vaincre. Par là de nos mutins le feu roi vint à bout, Corneille, Pomp. III, 2. Je vous plains fort tous deux s'il vient à bout de moi, Corneille, D. San. III, 2. Mais quand j'ai bien mangé, mon âme est ferme à tout, Et les plus grands revers n'en viendraient pas à bout, Molière, Sgan. 7. Je me porte à merveille, quoique je fasse tout ce qu'il faut pour venir à bout de ma santé, Diderot, Lett. à l'abbé Lemonier. Ah ! certes celui-là l'emporte et vient à bout De toute ma raison, Molière, Dép. II, 1.

    Fig. Au bout du compte, loc. adv. Tout bien considéré. On vous fait de grandes promesses ; mais, au bout du compte, qu'avez-vous obtenu ?

  • 8 Terme de marine. L'avant, la proue d'un navire. Avoir le vent de bout, se dit quand le vent vient du côté de l'avant.

    Aller bout au vent, aller contre le vent.

    Donner le bout à terre, aborder droit.

    Aborder de bout au corps, aborder un bâtiment par le travers.

    Filer un câble par bout, le laisser sortir tout entier par l'écubier.

  • 9 Terme de serrurerie. Clef à bout, clef dont la tige n'est pas forée.

    Terme de graveur. Bout, outil de graveur en pierre dure.

  • 10Bouts-rimés. Voyez ce mot à son ordre alphabétique.

    Bout-saigneux. Voy. BOUT-SAIGNEUX.

PROVERBES

Au bout le bout, cela durera autant que cela pourra.

Au bout du fossé la culbute, se dit de ceux qui, par insouciance ou perversion de sens, se résignent aux tristes conséquences qui résulteront de leur conduite.

Au bout de l'aune, faut le drap, c'est-à-dire toutes choses ont leur fin.

Brûler la chandelle par les deux bouts, faire des dépenses de toute espèce, et figurément, ruiner sa santé par des excès de différents genres.

SYNONYME

BOUT, EXTRÉMITÉ, FIN. Mots qui expriment l'endroit où une chose se termine. Bout diffère d'extrémité et de fin, en ce qu'il emporte toujours l'idée d'une certaine longueur, d'un bout en un mot, tandis que extrémité et fin n'expriment que la limite abstraite qui borne une chose. Le bout du doigt, c'est une portion de doigt ; l'extrémité du doigt est la surface qui termine le bout du doigt. À un autre point de vue, bout termine une étendue en longueur ; extrémité la termine en tous les sens : le bout d'un bâton ; les extrémités d'une surface ; bout fait considérer une chose dans sa longueur ; extrémité la fait considérer par rapport aux parties centrales. Tandis que bout et extrémité sont relatifs à l'étendue et à l'espace, fin l'est au temps et à la durée ; c'est l'action de finir qu'il exprime : la fin de la vie ; la fin d'un spectacle, d'un concert. Fin a rapport au commencement, comme bout a rapport à un autre bout, comme extrémité a rapport à un centre. Quand fin s'applique à l'étendue, ce qui arrive quelquefois, il exprime, à vrai dire, le temps que l'on met à parcourir cette étendue : un désert sans fin, est un désert qui ne finit pas ; un désert sans bout ou sans extrémité, ne pourrait se dire, car on ne conçoit pas qu'un désert n'ait pas un bout, si on le considère dans sa longueur, ou des extrémités, si on le considère en tous sens. On ne dit pas le bout d'un cercle ; mais, dans une place circulaire, on dirait fort bien qu'on va ou qu'on est au bout, en considérant la ligne à parcourir. Nous disons très bien aller au bout de la terre, parce que nous considérons la distance qui nous sépare d'un point ; et de même au bout du monde. On ne dirait pas au bout du globe, au bout de la sphère, parce qu'un globe, une sphère, n'étant point en longueur, n'ont pas de bout.

HISTORIQUE

XIIe s. Son tinel [il] lieve à loi de bachelier Par tel aïr, que tost le fist branler ; Del bot devant va son mestre hurter, Si qu'il li fist andeus les euz [yeux] voler, Bat. d'Aleschans, 4052. Tut de but se teneient cil tres par tut al rei, Ne il ne voleient faire pur Deu ne ço ne quei, Th. le mart. 69.

XIIIe s. Se marchant font change de chevaus li uns à l'autre bout à bout, Liv. des mét. 316.

XIVe s. Qu'il fasse les tonneaux dessus le bout lever, Et tous les assaillans face bien abruver, Guesclin. 20127. Englois font les vaisseaux [barriques] des charrettes verser, Et puis les vont sur bout tout en l'eure lever, Et pour boire du vin les vont tost defoncer, ib. 22106. Prenez la penne rompue de vostre oysel, et en coppez le bout rompu à unes forces [ciseaux], Modus, f° XCIV, verso.

XVe s. Quant le roi vit qu'il n'en pourroit venir à bout, Froissart, I, I, 315. Mahieu fut un de ceux eslus d'y aller… et ce bout lui dona Jean Lyon [Jean Lyon lui joua ce tour], Froissart, II, II, 53. Les oncles du roi ne pouvoient avoir bout ni volée ni audience en la cour du roi pour eux, Froissart, II, II, 62. Dont j'ai souffert tant longuement Dure peine, ennuyeux tourment, Qu'il pert [paraît] que je fuz né à tout Et qu'onques ne fu autrement, Et si n'en puis trouver le bout, Chartier, le Débat du Réveille matin. J'en meurs sur bout, et n'euz onques depuis Aise de cueur, bon jour, ne bonne nuiz, Chartier, Le débat des deux fortunes. À ma dame je ne sçay que je dye, Ne par quel bout je doye commencer, Pour vous mander la doloreuse vie Qu'amour me fait chascun jour endurer, Orléans, Ball. 19. Le roy cuidant tousjours perseverer et avoir le bout d'iceulx Bourguignons… se rebouta dedans les dits Bourguignons qui s'estoient fort raliez, J. de Troyes, Chron. 1465. Il est à avoir par beau et par humilité ; et pris par le bon bout, c'est le meilleur des bons, Chastelain, Chron. des ducs de Bourg. II, ch. 25. Et jamais n'en estoit peu venir à bout, Commines, IV, 5. Dieu ne luy permist pas prendre ceste matiere, qui estoit si grande, par le bout qui luy estoit necessaire, Commines, V, 12. En Bourgongne se faisoit la guerre tousjours, et n'en povoit avoir le roi le bout, pource que les Allemands faisoient quelque peu de faveur au prince d'Orenge, Commines, VI, 4. Il l'accola et la baisa doucement, car elle estoit belle et gente, et en bon point, et mise sur le bon bout [bien mise, sur un bon pied], Louis XI, Nouvelles, LXXI.

XVIe s. Soyés seur que sy toust que je serai à bout de ma grosseur [grossesse], ne faudray vous en advertir, Marguerite de Navarre, Lett. 82. Mon nepveu, encore suis je sus bout ; quy m'ennuye plus que le mal que j'ay à passer ne me donne de crainte, Marguerite de Navarre, ib. 83. Il se voulut mettre sur le beau bout [faire l'aimable], Marguerite de Navarre, Nouv. X. Sa resolution arresta sus bout [tout court] la furie de son maistre, Montaigne, I, 2. Si je peux venir à bout de moy à garantir un danger par…, Montaigne, I, 37. À chasque bout de champ ils sont prests, Montaigne, I, 40. Le hault bout d'une table, Montaigne, I, 168. La science qu'il choisira ayant le jugement desjà formé, il en viendra bientost à bout, Montaigne, I, 174. Comme ils commençoient à se desordonner, il en vint ayséement à bout, Montaigne, I, 343. Mon estomach est assez empesché à venir à bout de ce qu'il prend, Montaigne, II, 18. Petit bout d'homme, et honte de nature, Du Bellay, J. V, 8, verso. Il se tint tout de bout sans mot dire, Amyot, Thém. 50. Le senat ne voulut point permettre qu'il se deposast de sa charge avant le bout de l'an, Amyot, Cam. 54. À la fin, au bout de neuf mois, les Samiens furent contraints de se rendre, Amyot, Péric. 63. Les mamelles convertissent dedans soy mesmes la nourriture que prennent les femmes, en lait que puis après elles rendent par les bouts, Amyot, P. Aem. 22. L'infanterie, comme estant des plus vieux soldats de France, tira aussi bien que les autres à bout apuié, D'Aubigné, Hist. I, 331. Le roi de Navarre n'eut de contentemens que par le bon bout [par ironie, il fut maltraité], D'Aubigné, ib. II, 219. Lors les galeres venoient tirer à bout touchant l'equipage de ce vis-amiral, D'Aubigné, ib. II, 302. Les assiegez donc bien tost à bout de munitions, D'Aubigné, ib. II, 305. Espées dorées et argentées, aux fourreaux de velours et bouts d'argent, Carloix, V, 32. Se mettant en despence, et, comme l'on dict, sur le bon bout, pour se faire valoir, Carloix, VI, 36. Aucuns chirurgiens ont bien osé coudre ces tendons bout à bout, afin de les reunir ensemble, Paré, VIII, 37. Arrivé que soit le printemps, la premiere eau qu'elle fera distiller sera des bourgeons et bouts [pousses] de chesne, De Serres, 890. Il nous fait accroire qu'il estoit à la feste, mais il ne sçait pas qui tenoit le hault bout, Palsgrave, p. 713.

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Bout : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

* BOUT, EXTRÉMITÉ, FIN, (Gramm.) termes relatifs à l’étendue : bout, à l’étendue seulement en longueur, dont il marque le dernier point ; extrémité, à l’étendue, soit en longueur, soit en longueur & largeur, soit en longueur, largeur, & profondeur ; car on dit l’extrémité d’une ligne, d’une surface, d’un corps ; mais extrémité differe encore de bout, en ce qu’elle réveille davantage l’idée de derniere limite, soit de la ligne, soit de la surface, soit du solide. Fin, n’est relatif qu’à un tout où l’on considere des parties comme antérieures & postérieures dans l’ordre ou le tems. Ainsi bout ne se dit d’une table que quand elle est oblongue, & qu’on en veut désigner la partie la plus éloignée du centre : extrémité, que de l’espace de cette table pris tout autour extrèmement voisin des bords qui la terminent : fin, que d’un livre, d’une année, d’un récit, d’un concert, &c.

Bout-rimé, s. m. (Littérature.) ce sont des rimes disposées par ordre, qu’on donne à un poëte pour les remplir. Voyez Rime.

L’invention des bouts-rimés est dûe à un poëte nommé Dulot, qui vivoit vers l’an 1649. On choisissoit pour rimes des mots dont les idées avoient entr’elles le moins de rapport. Ces rimes bisarres sont bien souvent celles qui embarrassent le moins, & qui fournissent le plus de choses nouvelles & surprenantes pour ce style burlesque. Sarrasin a fait un poëme qu’il a intitulé la Défaite des bouts-rimés. Les bouts-rimés sont aujourd’hui abandonnés aux mauvais poëtes.

Les lanternistes de Toulouse ont trouvé le secret de relever de nos jours les bouts-rimés, en en proposant toutes les années, pour être remplis à la gloire du Roi ; & le sonnet victorieux est récompensé par une médaille d’argent.

Bouts & Joustes, terme de Palais, synonyme à tenans & aboutissans. Voyez Aboutissant. (H)

Bout de corde, (Marine.) c’est ainsi qu’on appelle à la mer une corde de moyenne longueur.

Bouts de corde ; ce sont des bouts de corde dont le prévôt se sert pour châtier ; & que les gens du quart ou de l’équipage tiennent aussi pour frapper sur ceux qui sont condamnés à ce châtiment.

Bouts de cable, sont des bouts ou morceaux de cables usés, rompus, ou trop courts.

Bout de vergue ; c’est la partie de la vergue qui excede la largeur de la voile, & qui sert quand on prend les ris.

Bout de beaupré ; c’est un matereau qui fait saillie sur l’étrave, dans les petits bâtimens qui n’ont point de beaupré.

Bout pour bout. Filer le cable bout pour bout. Voyez Filer. (Z)

Bout, (terme de Lapidaire.) Voyez Bouterolle.

Bout, (terme de Ceinturier) petite plaque d’argent que l’on met au bout des boucles d’un baudrier, pour leur donner plus de grace. Voyez Baudrier.

Bout, (en terme de Fourbisseur,) c’est une piece de cuivre ajustée au bout du fourreau, & qui en environne l’extrémité pour la rendre plus ferme contre la pointe. Voyez la lettre a, Pl. de Fourbisseur, fig. 2.

Bout de revers, (en terme de Fourbisseur) est une partie de la branche, enrichie d’ornemens, qu’on remarque à l’extrémité qui entre dans le pommeau. Voyez Branche & Pommeau, & la Planche du Ciseleur-Damasquineur avec son explication.

Bouts de queue, (chez les Plumassiers) ce sont des plumes qu’on tire de la queue de l’autruche.

Bout de clé, (chez les Serruriers) c’est la partie de la tige qui excede le panneton de la clé, & auquel on pratique ordinairement un bouton, quand la clé n’est pas forée.

Bout d’or, les Tireurs d’or appellent bout d’or, un bâton d’argent doré, & bout d’argent, un gros bâton d’argent fin, qu’ils passent par la filiere, pour faire des filets d’or & d’argent. Voyez Filiere & Filet.

Bout, (Maréchalerie) on dit qu’un cheval n’a point de bout, quand il recommence souvent des exercices violens & de longueur sans en être fatigué, & avec la même vigueur ; & qu’il est à bout, lorsqu’il est extrèmement fatigué.

BOUTS, s. m. c’est ainsi que les Cordonniers appellent des morceaux de cuir fort, attachés sous les talons des souliers avec des chevilles de bois, soit que les talons soient de cuir ou qu’ils soient de bois.

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Étymologie de « bout »

Étymologie de bout - Littré

Wallon, bote (voy. BOUTER) ; ital. botto, botta, coup, botte ; espagn. bote, même sens.

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Étymologie de bout - Wiktionnaire

Déverbal sans suffixe de bouter (« frapper, pousser »), le sens de « pousse » explique celui de « bout, bourgeon terminal ». Bout à bout avait le sens de « coup pour coup, sans avantage de part ni d’autre ».
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Phonétique du mot « bout »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
bout bu play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « bout »

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Citations contenant le mot « bout »

  • En tête à Belle-Île vendredi, Laperche a tenu le choc et repoussé la fatigue pour l'emporter au bout d'un jour, 23 heures, 47 minutes et 9 secondes de course (à la vitesse moyenne de 7,15 noeuds). Il devance de seulement 33 secondes le Britannique Sam Goodchild (Leyton), battu dans la brise au terme d'«un dernier bord d’anthologie, le plus chaud de ma vie sous spi», dixit le vainqueur qui a cru que son «mât allait tomber». Deux minutes derrière, Pierre Leboucher (Guyot Environnement) complète le podium de cette épreuve au format repensé en raison du Covid-19, comptant pour le circuit Figaro et qualificative pour la 51e Solitaire qui aura lieu en août et septembre. Armel Le Cléac'h (Banque Populaire) termine à la 7e place à six minutes du vainqueur. Sport24, Tom Laperche premier vainqueur post-confinement au bout du suspense - La Solitaire - Voile
  • A Vigo, ce samedi, face au Celta, Messi avait son 700e but au bout du pied à l'entrée de la surface. Une position qu'il affectionne tout particulièrement. Mais, une fois n'est pas coutume, Messi n'a pas tiré directement mais il est allé chercher au deuxième poteau, la tête de Luis Suarez qui s'était isolé, toute la défense du Celta étant concentrée sur Messi. lindependant.fr, Messi avait son 700e but au bout du pied mais son inspiration géniale pour Suarez a fait mouche - lindependant.fr
  • Direction un play-off maîtrisé par le plus jeune des deux. Sur le 18, Rozner trouvait le bunker de green à droite en deux. Encore sous le choc de sa fin de partie, son aîné égarait son deuxième coup dans les arbres. Il ne pouvait trouver qu'un bout de green en trois à près de quinze mètres du trou. Sa tentative de birdie passait tout près du drapeau mais sans tomber. Antoine Rozner ne laissait pas passer sa chance et enquillait son putt pour birdie de 3m en montée avec panache. L'Équipe, TTLS : Antoine Rozner au bout du play-off - Golf - Pros - L'Équipe
  • Cet été, pas question de partir en vacances au bout du monde en raison du coronavirus. Ce n'est pas grave ! Des cerisiers du Japon aux chutes du Niagara en passant par les temples boudhistes, la Bourgogne a tout ce qu'il faut pour vous dépayser. France 3 Bourgogne-Franche-Comté, En Bourgogne, 8 trésors pour remplacer vos vacances au bout du monde
  • Si vous cassez un bout de bois en deux, il y a encore deux bouts à chaque bout. De Raymond Devos
  • Un travail opiniâtre vient à bout de tout. De Virgile / Les Géorgiques
  • La rigueur vient toujours à bout de l’obstacle. De Léonard de Vinci
  • Un travail constant vient à bout de tout. De Virgile / Géorgiques
  • L'angle droit bout à 90 degrés. De Anonyme
  • Au bout de la patience, il y a le ciel. De Proverbe africain
  • On vient à bout de ses desseins avec la patience. De Proverbe oriental
  • Dans la lutte pour la vie, Celui qui est à bout de souffle, A bout d'arguments, A bout de tout, N'est heureusement et par contre Pas au bout de ses peines. De Pierre Dac
  • Si tu es au bout du rouleau, alors, qui est à l’autre bout ? De Frédéric Beigbeder / 99 francs
  • Au bout de la corde, la tente ; au bout de l'homme, la trace. De Proverbe touareg
  • Habillez un bout de bois, et ce ne sera plus un bout de bois. De Proverbe espagnol
  • Lorsque la marmite bout, l’amitié fleurit. De Proverbe anglais
  • Au bout du fossé la culbute. De Proverbe français
  • La persévérance vient à bout de tout. De Proverbe français

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Traductions du mot « bout »

Langue Traduction
Portugais fim
Allemand ende
Italien fine
Espagnol final
Anglais end
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Synonymes de « bout »

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