La langue française

Bougonne

Définitions du mot « bougonne »

Trésor de la Langue Française informatisé

BOUGON1, ONNE, adj.

[En parlant d'une pers. ou de son comportement] Qui bougonne. Air bougon; voix, humeur bougonne :
1. Ginginet était ce soir-là plus grincheux et plus bougon que de coutume. Huysmans, Marthe,1876, p. 56.
2. On voudrait lui [Desjardins] faire lire Montaigne, et l'on désespère de lui lorsqu'on apprend qu'il a pour livre de chevet les Essais. Au demeurant il est charmant; j'aime sa cordialité bougonne; même il n'est pas incapable de bonhomie, et son humour est savoureux. Gide, Journal,1923, p. 756.
3. Il avait pour chef un vieil officier que nous avions baptisé Godasse, je ne sais plus au juste pourquoi, bougon comme un adjudant de quartier et contre qui nous menions une guerre sournoise où nous avions rarement le dessous. Ambrière, Les Grandes vacances,1946, p. 109.
Emploi subst. :
4. C'était un homme de cinquante ans, une sorte de loup de mer, un bougon qui ne devait pas être commode. Verne, Le Tour du monde en 80 jours,1873, p. 190.
1reattest. 1803 (Boiste); dénominatif de bougonner. [bugɔ ̃], fém. [-ɔn]. Homon. et homogr. bougon2. Fréq. abs. littér. : 55.

BOUGON2, ONNE, adj.

PÊCHE. Harengs bougons. ,,Ceux qui ont perdu la tête ou la queue`` (Baudr. Pêches 1927).
Rem. Attesté dans la plupart des dict. gén. du xixes. ainsi que dans Lar. 20e, Quillet 1965.
1reattest. 1836 (Ac. Compl. 1842); peut-être même mot que boujon*, attesté en 1354-76 au sens de « morceau, tronçon » (Modius et Ratio, éd. G. Tilander, 98, 36). [bugɔ ̃]. Homon. et homogr. bougon1.

BOUGONNER, verbe.

A.− Emploi intrans., fam. Grommeler, murmurer entre ses dents pour manifester sa mauvaise humeur. Synon. marmonner, marmotter, ronchonner :
1. La Teuse, qui était restée plantée à la même place, ramassa son écuelle et sa cuiller de bois, en bougonnant. Elle mâchait entre ses dents des paroles qu'elle accompagnait de grands haussements d'épaules. Zola, La Faute de l'Abbé Mouret,1875, p. 1434.
2. Il est seul. On le rencontre qui marche par les champs en grommelant et en bougonnant. Claudel, Tête d'or,1reversion, 1890, p. 35.
3. M. Lampre était bien obligé d'en convenir, mais il n'en continuait pas moins de bougonner. Ce petit homme de soixante-dix ans, bedonnant, à la mine empourprée, à la barbe sanglière, aux cheveux tout à fait blancs, était grognon mais complaisant et généreux. Huysmans, L'Oblat,t. 1, 1903, p. 66.
P. métaph. :
4. ... les appas, Les soupirs, les baisers, ne s'inquiètent pas Si quelque orage couve, et si cette gorgone, La foudre, au loin, là-bas, à l'horizon bougonne. Hugo, La Légende des siècles,L'Amour, t. 6, 1883, p. 229.
Bougonner contre :
5. ... cet homme vigoureux, encore jeune, avait fait de brillantes campagnes au Soudan et à Madagascar; puis, brusquement, il avait envoyé tout promener, (...) passant ses journées à bouleverser ses plates-bandes, à étudier sans succès des exercices de flûte, à bougonner contre la politique, et à rabrouer sa fille, qu'il adorait... R. Rolland, Jean-Christophe,Dans la maison, 1909, p. 976.
B.− Emploi trans.
1. Vx. Réprimander quelqu'un, chercher querelle à quelqu'un :
6. Il avait toujours la mine de mauvaise humeur, semblait vouloir intimider ses pratiques, bougonnait les gens qui entraient chez lui, et avait l'air plus disposé à leur chercher querelle qu'à leur servir la soupe. Hugo, Les Misérables,t. 2, 1862, p. 314.
2. Usuel. Dire en grommelant.
a) [Pour introduire le discours dir.] :
7. Justin proteste avec rage. Jean-Paul Sénac baisse les yeux. Il se tait une minute et, bientôt, il recommence à bougonner dans sa moustache : − Moi, je mange de la salade pour enlever le goût du gras. Faut-il encore qu'on l'ait, le goût du gras. G. Duhamel, Chronique des Pasquier,Le Désert de Bièvres, 1937, p. 188.
b) [Avec un compl. d'obj. exprimant une idée de parole] :
8. Il (...) mit les mains dans ses poches en bougonnant des paroles indistinctes... Colette, Chambre d'hôtel,1940, p. 67.
9. Joseph a bougonné des phrases assez vagues : « Tiens! voilà la maison de ces hurluberlus... » G. Duhamel, Chronique des Pasquier,La Passion de Joseph Pasquier, 1945, p. 118.
Rem. On rencontre dans la docum. un part. prés. adjectivé bougonnant « enclin à bougonner ». ,,Du vieillard éducateur, au contraire, il savait beaucoup de choses : un esprit acharné à instruire, une largesse en cadeaux somptueux (...). La vie de l'enfant dépendait entière de celle-ci, sa vie présente et future, l'avenir de sa fortune. Caroline Cavrois, méticuleuse et triste, plutôt bougonnante, laide en outre, ne paraissait pas s'occuper de son pupille!`` (Adam, L'Enfant d'Austerlitz, 1902, p. 108).
PRONONC. : [bugɔne], (je) bougonne [bugɔn].
ÉTYMOL. ET HIST. − 1611 « exécuter un ouvrage de manière malhabile, bâcler » (Cotgr.), attest. isolée (jusqu'à Ac. 1798 : Bougonner. Gronder entre ses dents [...] Il est populaire), qualifié de ,,très-familier`` dans Ac. 1835 et de ,,familier`` dep. Besch. D'orig. obsc., bougonner semble être un régionalisme. Cotgr. le signale comme ,,mot orléannois``; encore attesté au sens relevé par Cotgr. dans les dial. norm. (Dum.) et du Centre (Jaub.), tandis que les dial. vendéen, vendômois et cauchois attestent bougon dans des accept. qui font réf. à ce sens. L'hyp. est confirmée par le fait que la 1reattest. du mot (Cotgr.) est isolée jusqu'à la fin du xviiies. (où le mot n'est admis dans Ac. qu'avec la mention ,,populaire``) à rapprocher de l'angl. to bungle d'orig. onomatopéique (NED) attesté dep. 1530 chez Palsgrave qui le relève sous la graphie to bungyll et le glose fatrouiller c'est-à-dire « bâcler, faire hâtivement qqc. » (Palsgr., p. 461 et 472) et barbouiller « id. » (Ibid., p. 628). Le passage du sens de « faire » à celui de « dire » reste cependant inexpliqué. Un rapprochement avec le m. fr. bougon « tronçon », fr. mod. boujon* « outil à plomber » (EWFS2) ou boujonneur « juré du corps des drapiers qui marque les étoffes » (Littré) fait difficulté des points de vue sém. et phonétique.
STAT. − Fréq. abs. littér. : Bougonner. 103. Bougonnant. 36.
DÉR. 1.
Bougonnade, subst. fém.Action de bougonner. ,,Quant au chevalier, une source de joie perpétuelle, avec ses chicanes, ses bougonnades!`` (J. Richepin, La Glu,1881, p. 209).(Attesté uniquement dans Guérin 1892 qui le donne comme néol.) 1reattest. 1881 id.; dér. de bougonner, suff. -ade*.
2.
Bougonnage, subst. masc.Action de bougonner. ,,Je commençais à bien me rendre compte, qu'elle me trouverait toujours ma mère, un enfant dépourvu d'entrailles, un monstre égoïste, capricieux, une petite brute écervelée... Ils auraient beau tenter... beau faire, c'était vraiment sans recours... sur mes funestes dispositions, incarnées, incorrigibles, rien à chiquer... (...). D'ailleurs pendant mon absence, ils s'étaient encore racornis dans leur bougonnage... ils étaient si préoccupés qu'ils avaient mes pas en horreur!`` (Céline, Mort à crédit,1936, p. 337). 1reattest. 1936 id.; dér. de bougonner, suff. -age*. Fréq. abs. littér. : 1.
BBG. − Sain. Sources t. 1 1972 [1925], p. 323, 402.

Wiktionnaire

Forme d’adjectif

bougonne \bu.ɡɔn\

  1. Féminin singulier de bougon.

Forme de verbe

bougonne \bu.ɡɔn\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent du verbe bougonner.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent du verbe bougonner.
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent du verbe bougonner.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent du verbe bougonner.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif du verbe bougonner.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

BOUGON, ONNE. adj.
Qui bougonne souvent. Un homme bougon et, par ellipse, Un bougon, une bougonne. Il est familier.

Phonétique du mot « bougonne »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
bougonne bugɔn

Évolution historique de l’usage du mot « bougonne »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « bougonne »

  • «Malebouche», «idémiste»... Ces mots rares sont d’une grande actualité. Surtout lorsque l’on bougonne. Le Figaro.fr, Dix mots pour se plaindre sans en avoir l’air
  • Le beau gosse a toujours la moue bougonne, vestige d’une timidité natale adoucie au fil des succès et de la reconnaissance. L’artiste boulimique (albums, production et écriture pour d’autres, cinéma…) revient avec un album où sa pop se fait plus rock et au volant de son bolide, cabossé par les collisions amoureuses. Toujours le même mais jamais identique. SudOuest.fr, Chanson : "J’ai toujours aimé les personnages hors-norme" Benjamin Biolay revient en trombe avec "Grand prix"
  • Au reste, bougonne Alain Finkielkraut, on aurait bien tort, au nom d’un monde à venir, de vouloir « liquider l’ancien ». Et de s’inquiéter, légitimement, que ceux qui s’opposent à la réouverture des écoles « n’expriment nul regret de tout ce temps perdu pour l’étude, qu’ils n’invoquent jamais le besoin des élèves d’apprendre, de savoir, d’élargir leur esprit : ils mettent exclusivement l’accent sur le besoin de socialiser et de s’exprimer. […] L’école du care a remplacé l’école de la transmission. Les professeurs ne sont plus des intercesseurs, mais des soignants comme les autres. […] Cet obscurantisme compassionnel a fait déjà beaucoup de ravages à l’école. Il était, ces dernières années, remis en question. Le voilà qui revient en force à la faveur de la crise. Ce qui m’amène à penser que le monde d’après, ce sera le pire du monde d’avant. » Challenges, Coronavirus: gare aux mirages du " monde d’après "! - Challenges
  • « Oui, je l’aide dans ses devoirs, mais c’est un apprentissage mutuel. Je découvre sa façon de vivre, elle s’informe sur la mienne. Cette petite fille-là veut tellement réussir. Jamais elle ne bougonne. Elle a une très bonne attitude. Isabella apprend bien le français », précise la retraitée chez Desjardins, qui bénévole un bon quatre heures par semaine pour le PAIS à entretenir, à sa façon, elle aussi, ce jardin où pousse l’intégration et la solidarité. Le Courrier Sud, Cet été, Vladimir fera un jardin - Le Courrier Sud
  • Washington bougonne. La fronde se structure et s’étend. Marginale jusqu’ici, elle devient centrale. D’où l’appel aux militaires pour décréter l’état d’urgence dans plusieurs Etats. On le voit, plus d’un demi siècle après, le pays de Jefferson et de Lincoln, reste coltiné par la question raciale qui déchire la société, la réduisant à une inquiétante juxtaposition de communautés. Celle des Noirs, qui se disent Afro-Américains, ressemble à une kyrielle de troupes sans chefs charismatiques, à l’image justement de Martin Luther King, dont la parole porte et fait vibrer une nation. SenePlus, L’AMERIQUE S’AGENOUILLE | SenePlus
  • On connaissait le futur antérieur et l'imparfait du subjonctif, Nicolas Bedos invente le présent antérieur subjectif. Et c'est plus que parfait. Petite notice explicative. Victor (Daniel Auteuil) a la soixantaine bougonne. Ancien auteur de bandes dessinées cultes, il coince de la bulle. Qui plus est, il se sent complètement dépassé par les nouvelles technologies et les réseaux sociaux qu'il abomine au point d'en devenir asocial. Les dîners en ville ou en famille sont un calvaire pour tout le monde, en particulier pour son épouse Marianne (Fanny Ardant). Elle n'en peut plus de voir son fol amour de jeunesse devenir cet Alceste rassis qui tourne en boucle en ressassant sa nostalgie. Les Echos, « La Belle Epoque » : Nicolas Bedos invente le présent antérieur | Les Echos

Traductions du mot « bougonne »

Langue Traduction
Anglais grumbling
Espagnol gruñona
Source : Google Translate API

Synonymes de « bougonne »

Source : synonymes de bougonne sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « bougonne »

Bougonne

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