La langue française

Bouffée

Définitions du mot « bouffée »

Trésor de la Langue Française informatisé

BOUFFÉE, subst. fém.

I.− Souffle brusque, intermittent.
A.− Souffle aspiré ou expiré par la bouche. Aspirer, respirer une bonne bouffée d'air :
1. − Ah! s'écria-t-il en laissant échapper lentement sa première bouffée par la bouche et les narines, comme il y avait longtemps que je n'avais fumé! Mérimée, Carmen,1847, p. 7.
P. méton. Une bouffée (d'air chargé) de vin, d'ail, de tabac.
B.− P. ext. Souffle intermittent d'air, d'odeur, de vapeur, de son.
Bouffée de vapeur :
2. Elles sortaient de terre par centaines, les colonnes de vapeur empestée! Elles sortaient en bouffées, en halètements, en hoquets minces comme le filet clair d'une cigarette allumée, ou par jets énormes comme l'échappement d'une machine à vapeur de paquebot. Mille, Barnavaux et quelques femmes,1908, p. 119.
Littér. Bouffée de son :
3. Le soir commençait à tomber. De temps à autre, des hommes, des ouvriers, entraient, (...), traversaient la salle et grimpaient à l'entresol; au moment où ils ouvraient la porte de l'étage, une bouffée de bruit, des éclats de discussion, se mêlaient un instant à la rumeur du dehors. R. Martin du Gard, Les Thibault,L'Été 1914, 1936, p. 547.
SYNT. Bouffée d'air frais, de brise, de vent; bouffée nauséabonde d'égout, de parfum, bouffée chaude du printemps; bouffée de chants, de cris, d'échos, d'éclats de rire, de rumeurs, de voix.
C.− Emplois spéc.
MAR. Bouffée de vent. Souffle de vent.
MÉD. Bouffée de chaleur. Sensation soudaine et intermittente de chaleur qui envahit le corps et monte au visage. « Je n'ai rien », répondit-elle, en se raidissant, « une bouffée de chaleur, voilà tout. » (P. Bourget, Nos actes nous suivent,1926, p. 140).
Rem. De même bouffée d'angoisse, de fièvre, de rage, de sang. Cf. également amour* ex. 155.
PSYCHOPATHOLOGIE, au plur. Bouffées délirantes. Accès délirants d'apparition soudaine, le plus souvent de courte durée se manifestant par des hallucinations, des illusions sensorielles, des interprétations délirantes et souvent accompagnés de confusion mentale.
Rem. Figure dans Lar. encyclop. Suppl. 1968 et très bien attesté dans les dict. spéc. de méd. et de psychopathologie modernes.
II.− Au fig. [Dans le domaine du comportement humain] Manifestation soudaine et passagère d'un sentiment :
4. Heureusement, la visite régulière de Monsieur Feuillebois, à l'heure du communiqué, leur apportait une bouffée d'optimisme, et comme un flux de confiance. Van der Meersch, Invasion 14,1935, p. 205.
SYNT. Bouffée d'ambition, d'amertume, d'amour-propre, d'aversion, de bonheur, de colère, de dévotion, d'émotion, d'enthousiasme, de gaîté, de générosité, de haine, de honte, d'humeur, d'ironie, d'ivresse, d'optimisme, d'orgueil, de patriotisme, de remords, de souvenirs, de sympathie, de vanité, de verve.
Loc. Par bouffées. Par intervalles irréguliers. Il ne s'adonne au travail que par bouffées (Ac.1798-1932).Synon. par à-coups :
5. Le 30 octobre, j'ai terminé un drame en cinq actes : La Maréchale d'Ancre, commencé le 2 août de cette année. J'y travaillais par bouffées et par caprices. Vigny, Le Journal d'un poète,1830, p. 922.
PRONONC. : [bufe]. Fér. Crit. t. 1 1787 propose la graph. boufée avec un seul f.
ÉTYMOL. ET HIST. − 1. a) 1174 bufee « souffle d'air (de vent généralement) qui arrive par intervalles », ici « bourrasque », emploi par image (G. de Ponte-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 2830 : [En parlant des évêques qui n'osent pas encourir la colère du roi, lorsque celui-ci attaque l'Église] Mais n'osent la bufee plus que le ros atendre); mil. xiiies. boufee (Anc. pères, Ars. 3527, fo182 b dans Gdf. Compl.), se dit aussi ,,du feu, de la fumée, et des maladies qui ne durent pas`` (Fur. 1690); b) av. 1696 « accès subit, passager (de sentiments, de disposition d'esprit) » (Sévigné, 188 dans Littré : cette bouffée de philosophie que vous me vîntes souffler); 2. spéc. 1704 péj. « souffle qui sort de la bouche par intermittence » (Trév.). Dér. de bouffer* étymol. 1 a et b; suff. -ée*.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 854. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 588, b) 1 532; xxes. : a) 1 215, b) 1 578.
BBG. − Termes techn. fr. Essai d'orientation de la terminol. établi par le Comité d'ét. des termes techn. fr. Paris, 1972, p. 19.

Wiktionnaire

Nom commun

bouffée \bu.fe\ féminin

  1. Souffle de l’haleine.
    • Envoyer des bouffées de vin.
    • Il nous empoisonnait par des bouffées d’ail.
    • Il fumait auprès de nous et nous envoyait des bouffées de tabac.
  2. (En particulier) Quantité de fumée de tabac ou d'autre substance que l'on inspire en une fois.
    • Eh bien ? dit laconiquement le premier chasseur, entre deux bouffées de tabac. — (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, Éditions Amyot, Paris, 1858)
    • De mon cigare il ne me restait plus qu’un bout entre les lèvres, et, après en avoir aspiré les dernières bouffées, je le jette par-dessus le bord. — (Jules Verne, Claudius Bombarnac, ch. III, J. Hetzel et Cie, Paris, 1892)
    • La dernière cigarette nous la fumions ensemble, en copains, une bouffée pour lui, une « taffe » pour moi.. — (Driss Chraïbi, La Civilisation, ma Mère !…, « Avoir », Chapitre 5, Folio, 1972)
    • Tyler présenta le briquet au gamin, qui amena sa cigarette au contact de la flamme. « Gracias, Mister », dit le garçon après avoir tiré sa première bouffée. — (Rolf Lappert, Le chant des perdants, L'Âge d'Homme, 2001, page 81)
  3. Souffle de vent ou courant de vapeur qui arrive brusquement et qui dure peu.
    • Une bouffée de vent.
    • Une bouffée de fumée.
    • Il vient de temps en temps des bouffées de chaleur.
  4. (Figuré) Accès subit et passager, en parlant de la fièvre, des passions, etc.
    • Comme il allait sortir de la galerie, Louis XIII, tout à coup, tressaillit, redressa la tête, et se porta vivement vers l'une des fenêtres ouvertes : de la cour, une bouffée de bruits joyeux venait de monter jusqu'à lui. — (Michel Zévaco, Le Capitan, 1906, Arthème Fayard, coll. « Le Livre populaire » no 31, 1907)
    • Une bouffée de colère lui fit serrer les mâchoires au souvenir des humiliations qu’il avait subies depuis qu’il était à l’Université, et son front se plissa. — (Julien Green, Moïra, 1950, réédition Le Livre de Poche, page 178)
    • Tout en enveloppant la petite dans une serviette, Marnie éprouva une bouffée d’amour en contemplant son minois auréolé de boucles dorées. — (Chantelle Shaw, Amoureuse de son amant, traduit de l'anglais par Anne Busnel, Éditions Harlequin, 2017, épilogue)

Forme de verbe

bouffée \bu.fe\

  1. Participe passé féminin singulier du verbe bouffer.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

BOUFFÉE. n. f.
Souffle de l'haleine. Envoyer des bouffées de vin. Il nous empoisonnait par des bouffées d'ail. Il fumait auprès de nous et nous envoyait des bouffées de tabac. Il se dit aussi d'un Souffle de vent ou courant de vapeur qui arrive brusquement et qui dure peu. Une bouffée de vent. Une bouffée de fumée. Il vient de temps en temps des bouffées de chaleur. Il se dit figurément d'un Accès subit et passager, en parlant de la fièvre, des passions, etc. Une bouffée de fièvre. Ce n'est qu'une bouffée d'humeur, de colère. Il a quelquefois des bouffées de dévotion, de générosité. Ses bouffées d'orgueil sont très ridicules. Fig. et fam., Ne faire une chose, ne s'y adonner que par bouffées, Ne la faire, ne s'y adonner que par intervalles et par boutades. Il ne s'adonne au travail que par bouffées.

Littré (1872-1877)

BOUFFÉE (bou-fée) s. f.
  • 1Souffle qui sort de la bouche d'une personne. Il sort de la bouche de ces ivrognes des bouffées qui soulèvent le cœur. Il m'envoyait des bouffées de tabac à m'étouffer, Hamilton, Gramm. 3.
  • 2Onde d'air ou de vapeur qui semble venir d'un souffle de bouche. Le vent soufflait par bouffées. Il sortait de la cheminée des bouffées de fumée. Des bouffées de chaleur. L'autre jour que nous eûmes une bouffée d'été, Sévigné, 42.
  • 3 Fig. Accès subit et passager. Ma tante a eu une bouffée de fièvre, Sévigné, 96. Elle est dans une bouffée de coliques, Sévigné, 608.

    Bouffée d'humeur, d'orgueil, de générosité. Je ne puis oublier cette bouffée de philosophie que vous me vîntes souffler, Sévigné, 188.

    Familièrement. Ne faire une chose que par bouffées, ne s'en occuper que par boutades.

  • 4 Terme de médecine. Bouffée de chaleur, sensation de chaleur à la face survenant rapidement et disparaissant de même ou peu à peu.

    Terme de vétérinaire. Sorte d'accès des maladies épizootiques pendant lesquels un plus grand nombre d'animaux sont frappés. La clavelée, par exemple, attaque les moutons par bouffées.

  • 5 Terme d'hydraulique. Secousse.

HISTORIQUE

XIVe s. Quant les bouffées de vent viennent, Modus, f° LVIII, verso.

XVIe s. Ils cognoissoient ce n'est qu'une bouffée de vent, que les saincts ont à endurer tribulation, que les graces qu'ils doivent recevoir sont eternelles, Calvin, Instit. 336. Il leur fait sentir sa misericorde presente comme par une bouffée, Calvin, ib. 427. Lors il se leva soudain une bouffée de vent impetueux qui enflamma incontinent tout le bucher, Amyot, Sylla, 76. Comme le bateau poussé par le vent et les avirons, qui bransle et marche inegalement, par secousses, boutées et bouffées, Charron, Sagesse, II, 3.

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Étymologie de « bouffée »

→ voir bouffer
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « bouffée »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
bouffée bufe

Évolution historique de l’usage du mot « bouffée »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « bouffée »

  • La gentillesse, c'est de l'amour donné par petites bouffées. De Anonyme
  • L'amour d'une jeune fille est comme une bouffée de fumée, il change à chaque souffle de vent. De Elizabeth Gaskell / Nord et Sud
  • « On était une dizaine à vouloir être là, reprend Alexandre Pozder. Les pompiers lui ont fait une salve d’honneur au jet d’eau, et puis comme le veut la tradition pour le dernier décollage, l’avion a fait mine de redescendre avant de repartir en saluant d’un battement d’ailes ». Vendredi matin, un peu avant 6h, la brigade des pompiers de l’aéroport saluera le départ du premier avion, un Transavia direction Porto, du même « water salute » pour arroser la renaissance d’Orly. « Pour des amateurs comme nous, ce sera un moment émouvant. C’est une bouffée d’oxygène de revoir les avions voler ». , Coronavirus : « Une bouffée d’oxygène de revoir les avions voler », Orly s’apprête à rouvrir a minima dans un soulagement (presque) général
  • Du 20 juin au 30 août, le Département de Maine-et-Loire lance un nouveau festival : les bouffées d'arts. L'occasion, après les mois de confinement, de retrouver avec plaisir les artistes qui font vibrer le cœur de l'Anjou. , Festival Les bouffées d'arts, 20 juin-30 août 2020 - Maine-et-Loire (49)
  • Pas de doute, après des semaines de confinement, la réouverture des parcs et jardins redonne une bonne bouffée d’oxygène à tous les enfermés du bocal ! La Voix du Nord, Valenciennes: la réouverture du Jardin des prix de Rome, grosse bouffée d’air!
  • Le professeur Didier Raoult a précisé sur BFMTV et RMC que "la bouffée épidémique est passée, elle est derrière nous." Il a affirmé qu'il était à l'heure actuelle impossible de prédire l'évolution future du Covid-19 : Atlantico.fr, Covid-19 : Didier Raoult estime que "la bouffée épidémique est passée" avant de menacer de quitter le plateau | Atlantico.fr

Traductions du mot « bouffée »

Langue Traduction
Anglais breath
Espagnol bocanada
Italien boccata
Allemand zug
Portugais passa
Source : Google Translate API

Synonymes de « bouffée »

Source : synonymes de bouffée sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « bouffée »

Bouffée

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