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Assises

Définitions du mot « assises »

Trésor de la Langue Française informatisé

ASSEOIR, verbe trans.

I.− Emploi trans.
A.− Asseoir qqn.
1. [L'obj. désigne un enfant, un malade, etc.] Placer quelqu'un sur un siège, ou sur quelque chose qui fait office de siège, dans la position d'appui sur le derrière. Asseoir qqn (un enfant, un malade) sur un siège, dans un fauteuil; asseoir (un enfant) sur ses genoux. Synon. mettre qqn sur son séant :
1. − Hein! Qu'a-t-il, le pauvre cher homme? ... Ah! Je vois, le sang lui a tourné dans le corps... Vite, asseyez-le sur une chaise. Mais la Frimat fut d'un avis contraire. Est-ce qu'on asseyait un homme qui ne pouvait se tenir? Le mieux était de l'allonger sur le lit d'une de ses filles. Zola, La Terre,1887, p. 109.
Emploi factitif. [Le compl. désigne un invité ou un groupe d'invités] Asseoir son monde, ses hôtes, une dame, etc. Faire asseoir son monde, ses hôtes, etc. :
2. ... on assied les hôtes au chef de la table, avec le seigneur de l'hôtel, et ils ne s'assient point avant qu'ils aient lavé leurs mains. Après, on assied la dame et les filles, et la famille, chacun selon son état... etc. Faral, La Vie quotidienne au temps de st Louis,1942, p. 164.
Littéraire :
3. Chaque soir une table, aux suaves apprêts, Assoira près de nous nos belles adorées; ... Chénier, Élégies,Amitiés, François de Pange,1794, p. 140.
P. métaph., littér. :
4. Je ne sais par quelle suite d'aventures étranges elle était venue asseoir ses derniers beaux jours dans le banc des marguilliers de notre paroisse, où elle avait apporté beaucoup plus des manières du régiment que de celles du cloître. G. Sand, Histoire de ma vie,t. 2,1855, p. 351.
ÉQUIT. Asseoir un cheval; asseoir un cheval sur ses hanches, sur ses jambes. Dresser un cheval à exécuter les airs de manège ou à galoper en s'équilibrant sur l'arrière-main, la croupe étant tenue plus basse que les épaules.
2. P. métaph. ou au fig.
a) Établir quelqu'un dans une dignité, dans une situation propre à lui faire honneur ou, plus rarement, à le mettre en désavantage. Asseoir qqn (au rang)... :
5. Tel peut être le sujet d'un poème immense qui achèverait l'œuvre du (sic) Dante et de Milton, continuée par Chateaubriand, c'est-à-dire la création des machines poétiques de l'ère chrétienne. Il y a là une belle place vacante pour asseoir un grand poète. Les gnomes, les sylphes, les fées, depuis l'homme jusqu'à l'ange, échelle d'êtres poétiques. Vigny, Le Journal d'un poète,1823, p. 876.
Asseoir qqn sur le trône. Lui donner la souveraineté, lui conférer l'autorité suprême. Synon. faire monter qqn sur le trône :
6. Si la fortune assied par hasard un prince remarquable sur le trône des sultans, il ne peut vivre assez longtemps pour changer les lois et les mœurs, en eût-il d'ailleurs le dessein. Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe,t. 3,1848, p. 463.
Asseoir qqn sur la sellette. Le mettre en position d'accusé, examiner sa personnalité, sa conduite, etc. Synon. mettre, tenir qqn sur la sellette.P. ext. Asseoir qqc. sur la sellette. Considérer, étudier quelque chose avec attention :
7. C'est toujours une chose incertaine, incomplète, Trouble, que nous faisons asseoir sur la sellette. Hugo, La Pitié suprême,1879, p. 137.
Asseoir qqn sous la coupole de l'Institut. Faire entrer quelqu'un à l'Académie Française (par référence au siège et au fauteuil d'académicien) :
8. Mardi 21 mai. Renan entre à l'Académie, porté par le triomphe du parti démocratique. Taine s'y introduira peut-être par une espèce de revanche du parti conservateur. Il arrivera, alors, que le parti démocratique assoira sous la coupole de l'Institut l'homme au fond le plus rétrograde, le plus prêcheur du gouvernement des aristocraties, un homme dont le rêve est de faire de la savantocratie la théocratie d'autrefois, ... E. et J. de Goncourt, Journal,1878, p. 1237.
b) Occasionner chez quelqu'un un état émotionnel.
Asseoir qqn ou qqc. dans + subst. abstr.Installer, plonger quelqu'un ou quelque chose dans... :
9. N'assois pas un misérable dans sa honte... Épargne celui qui a perdu sa force! Bernanos, Une Nuit,1928, p. 34.
10. Tandis que l'hétéronomie de la peur et du plaisir jette le trouble et le changement dans l'âme, le courage asseoit celle-ci dans la tranquillité et l'ataraxie. J. Vuillemin, Essai sur la signif. de la mort,1949, p. 228.
[Le suj. est un subst. abstr.] Asseoir qqn.Abattre, accabler quelqu'un :
11. ... certaines natures, la contrariété les fait rebondir; d'autres elle les assied. Gide, Journal,1916, p. 536.
Rem. Noter un emploi abs. où le verbe prend la signif. : apaiser, tant physiquement que moralement :
12. Les verrières et les chants meublent les cathédrales. Les verrières du transept et du chœur. Ici une harmonie jaune, là toute bleue, là violette et puis un plus sombre univers. En nous se fait l'unité. Cette splendeur diaprée enveloppe, pacifie l'animal, laisse l'âme émerger, devenir toute sensible. Une douce hébétude assied... Nous ne sommes plus que deux ailes. Barrès, Mes cahiers,t. 7,1908, p. 102.
Fam. (surtout au passif). Asseoir qqn. Déconcerter quelqu'un au point de le rendre momentanément incapable de répondre, de parler. L'émotion l'avait assise par terre (Zola, Nouv. contes à Ninon,1874, p. 38).Réduire quelqu'un au silence (cf. clouer le bec à qqn, lui rabattre son caquet, lui river son clou) :
13. [MmeFranquetot à Michel.] − ... Si ta Monique veut faire son déménagement, qu'elle vienne donc elle-même. Nous verrons à régler notre compte ensemble, et je te promets que je te l'assoierai, moi, ta voleuse... P. Bourget, Monique,1902, p. 95.
B.− Asseoir qqc.
1. [Le compl. désigne une chose concr.]
a) Poser quelque chose d'aplomb et de manière durable sur une base solide. Asseoir un monument, des fondations (sur).
Rem. S'emploie de façon privilégiée dans le domaine de la constr. :
14. L'auteur de René excelle à poser la tristesse de son héros, comme les Grecs savaient asseoir leurs monuments et les mettre en harmonie avec la nature. Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littér. sous l'Empire,t. 1,1860, p. 367.
P. ext. :
15. ... le paysage de Savoie me satisfait tout particulièrement parce que son vallonnement, son caractère boisé, ses cultures, tout ce qui fait son charme et sa valeur se détache sur un fond de montagnes qui tout ensemble l'assoit et le stylise. Ce qui, dans les environs de Paris, me déçoit si souvent (...), c'est l'absence d'un fond auquel il [le paysage] s'adosse; et nul fond ne m'agrée mieux que la haute montagne, (...), à la distance où elle rehausse sans accabler, où elle constitue ce rappel adressé à l'esprit que Ruskin m'a appris à priser si fort : le rappel à la stabilité. Du Bos, Journal,1926, p. 81.
b) Emplois spéc., AÉRON. Asseoir l'appareil. Le poser d'aplomb sur le terrain, à l'atterrissage. MILIT. Asseoir un camp. Installer un camp.
2. P. métaph. ou au fig. [Le compl. est un subst. abstr.] Asseoir qqc. (sur qqc.).Établir solidement quelque chose (sur quelque chose), donner un fondement sûr à quelque chose, rendre ferme et stable quelque chose :
16. On fait des tentatives de tout genre toutes échouent : on tente d'asseoir les gouvernemens, de fonder les libertés publiques; on tente même des réformes religieuses; rien ne se fait, rien n'aboutit. Si jamais le genre humain a paru voué à une destinée agitée et pourtant stationnaire, à un travail sans relâche et pourtant stérile, c'est du 13eau 15esiècle... Guizot, Hist. gén. de la civilisation en Europe,1828, p. 9.
17. Toutes les jouissances à quelques-uns, toutes les privations aux autres, c'est-à-dire au peuple; le privilège, l'exception, le monopole, la féodalité, naissent du travail même. Situation fausse et dangereuse qui assoit la puissance publique sur la misère privée, et qui enracine la grandeur de l'état dans les souffrances de l'individu. Hugo, Les Misérables,t. 2,1862, p. 26.
18. La prophétie est à très long terme et a pour elle ce qui assoit la solidité des religions : l'impossibilité de faire la preuve. Camus, L'Homme révolté,1951, p. 234.
SYNT. Asseoir son jugement (Sainte-Beuve, Premiers lundis, t. 2, 1869, p. 298).
P. anal., rare. Asseoir un homme. L'établir dans la stabilité et lui donner de l'importance, le poser :
19. − Non, non, répéta M. Kahn, jamais Rougon ne serait assez fou! ... Il la dit très intelligente, et il la nomme en riant « Mademoiselle Machiavel ». Elle l'amuse, voilà tout. − N'importe, conclut M. Béjuin, Rougon a tort de ne pas se marier... Ça asseoit un homme. Zola, Son Excellence E. Rougon,1876, p. 22.
Spéc., FIN. Asseoir l'impôt. Établir, déterminer, fixer la base de l'imposition, l'assiette de l'impôt.
II.− Emploi pronom.
A.− [Le suj. désigne une pers.] Se mettre sur un siège, ou sur quelque chose qui fait office de siège, dans la position d'appui sur le derrière. Synon. se mettre sur son séant :
20. ... tout à coup, je ressentis une émotion si terrible, que je dus m'asseoir, ou plutôt, que je tombai sur une chaise! Puis, je me redressai d'un saut pour regarder autour de moi! Puis je me rassis, éperdu d'étonnement et de peur, ... Maupassant, Contes et nouvelles,t. 2, Le Horla,1886, p. 1104.
21. Il demandait à l'un du feu, offrait à l'autre un cigare, puis au bout de quelques instants disait : « Mais, Argencourt, asseyez-vous donc, prenez une chaise, mon cher, etc. », ayant tenu à prolonger leur station debout, seulement pour leur montrer que c'était de lui que leur venait la permission de s'asseoir. « Mettez-vous dans le siège Louis XIV », me répondit-il d'un air impérieux et plutôt pour me forcer à m'éloigner de lui que pour m'inviter à m'asseoir. Je pris un fauteuil qui n'était pas loin. Proust, Le Côté de Guermantes 2,1921, p. 554.
SYNT. S'asseoir sur une chaise, sur/dans un fauteuil, sur un banc, sur un lit, sur les genoux de qqn; s'asseoir près du feu, par terre, devant la fenêtre, auprès de qqn; s'asseoir dans un coin, dans l'herbe; s'asseoir à l'ombre, à son bureau, à l'écart, à côté de qqn, à la place de qqn, au volant; s'asseoir lourdement; inviter qqn à s'asseoir; engager qqn à prendre la peine de s'asseoir; s'asseoir en tailleur, en amazone, à la turque; s'asseoir à cheval, à califourchon sur une chaise.
Rem. Précédé du verbe faire avec valeur factitive, s'asseoir est gén. remplacé par la forme non pronom. :
22. Il passait parmi le vulgaire pour un exalté, pour un fou. Il accueillit le proscrit qui frappait à sa porte, il le fit asseoir à sa table, il l'écouta sous le manteau du foyer domestique, antique sanctuaire de la famille symbole de l'inviolable hospitalité. G. Sand, Lélia,1839, p. 421.
S'asseoir aux pieds de qqn (en signe d'adoration, de contemplation ou de supplication) :
23. ... elle accourut, elle s'assit un instant par terre, à ses pieds, le suppliant : − Viens-donc voir les bêtes! ... Tu n'as pas encore vu les bêtes, dis! Si tu savais comme elles sont belles, maintenant! Zola, La Faute de l'Abbé Mouret,1875, p. 1262.
S'asseoir à table. Synon. de s'attabler.S'asseoir à la table de qqn. S'y installer; y être invité, y être admis :
24. Tandis que mes frères, plongés dans les ténèbres de l'ignorance, gagnaient, à la sueur de leur front, le pain de chaque jour, nourrissaient leurs femmes, leurs enfants, et follement préoccupés de l'avenir qui n'appartient qu'à Dieu, se condamnaient à l'épargne, moi, je m'asseyais à leur table, et je payais largement mon écot en leur distribuant le pain de la vérité. Sandeau, Sacs et parchemins,1851, p. 52.
P. métaph. :
25. Laissez-moi quelquefois m'asseoir à la table des dieux et dire des systèmes « on sait ce qu'en vaut l'aune ». Dans le meilleur système il y a une part de charlatanisme, une part d'insincérité. Il y a des œillères. Barrès, Mes cahiers,t. 9,1912, p. 297.
S'asseoir à une réunion (festin, banquet, conseil, etc.). Y être invité, admis; y participer :
26. ... du temps que j'étais écolier, chaque année, le 28 janvier, jour de la Saint-Charlemagne, un banquet réunissait les élèves qui avaient obtenu la première place en quelque matière. Élève de troisième, j'avais peu d'espoir de m'asseoir jamais à ce banquet des princes. J'étais trop loin de tenir la tête de ma classe. A. France, La Vie en fleur,1922, p. 357.
P. métaph. :
27. Tout serait un dans la nature; nous nous assiérions tous, êtres animés et inanimés, au même banquet de vie... Pesquidoux, Le Livre de raison,1928, p. 28.
S'asseoir au milieu (d'un groupe de pers.), s'asseoir parmi (des pers.). Prendre place parmi, être admis dans :
28. ... c'est avec son corps, tout comme ses sœurs du lupanar et du trottoir, que cette créature gracieuse, et qui coupe avec un mignon couteau d'or les feuillets du livre à la mode, a gagné le droit de s'asseoir légalement dans ce milieu de luxe et de décence. P. Bourget, Nouv. Essais de psychol. contemp.,1885, p. 33.
P. anal.
[Le suj. est un oiseau] Se percher, se poser sur :
29. Les harpies vinrent s'asseoir dans les branches; ... A. France, L'Île des pingouins,1908, p. 53.
[Le suj. est une chose concr.] Reposer sur :
30. Là, parmi les argiles ferrugineuses, les sables striés de cailloux, les pierres sur lesquelles s'assied la couche arable, ils [les vieux ceps] absorbent âprement une sève puissante. Pesquidoux, Chez nous,1921, p. 59.
31. ... il faut que (...) le fond de la bouteille soit bien régulier de façon à ce que celle-ci puisse s'asseoir correctement sur la table. R. Brunet, Le Matériel vinicole,1925, p. 464.
B.− Emplois métaph. ou fig.
1. [Dans des loc. où le siège (banc, fauteuil, trône, etc.) est le symbole d'une dignité, d'une fonction, d'une charge, d'une situation, etc.] S'asseoir sur le trône. Devenir roi (reine). S'asseoir sur les bancs de la pairie. Devenir pair. S'asseoir sur les bancs de la cour d'assises, s'asseoir au banc des témoins. Comparaître au banc des accusés, être accusé; comparaître au banc des témoins, témoigner :
32. Juge ou non, dans ce monde difficile, il faut juger avant de savoir tout. La science, si fière de savoir attendre, ne serait qu'un immense déni de justice. Mais heureusement il s'est trouvé quelquefois un physicien qui s'est dit : « À quoi bon toute cette préparation et toute cette patience si je ne m'assois pas enfin au siège de l'arbitre? L'esprit serait donc une si belle épée qu'on n'ose jamais s'en servir? » Alain, Propos,1932, p. 1064.
JUST. [Le suj. désigne un magistrat] Quitter le parquet, appelé magistrature debout, pour entrer comme juge ou conseiller nommé, place inamovible, dans la magistrature assise (cf. assise) :
33. Quand un magistrat [du parquet] a eu la précaution de s'asseoir, pour employer une expression familière et technique, alors il est définitivement acquis à la magistrature. J. O.,12 mai 1872, p. 3169, 3ecol. (Littré).
2. P. ext.
a) [L'accent est mis sur la stabilité]
S'asseoir (sur, dans).S'établir solidement sur, dans quelque chose; s'installer dans :
34. Austère, scrupuleux en morale (...) désireux avant tout de s'asseoir dans une existence indépendante et rurale, M. de Sénancour se laissa dire, et se crut délicatement engagé... Sainte-Beuve, Portraits contemp.,t. 1,1846-69, p. 155.
35. Pour s'asseoir solidement dans le pays, le nouveau royaume devait en effet se fonder sur une étroite association franco-syriaque. Ce fut le mérite de Baudouin Ierde l'avoir compris... Grousset, L'Épopée des croisades,1939, p. 100.
S'asseoir sur.S'appuyer sur :
36. ... la vérité, c'est qu'il y a une science vitale, qui est le tout de l'homme, et que cette science a besoin de s'asseoir sur toutes les sciences particulières, qui sont belles en elles-mêmes, mais belles surtout dans leur ensemble. Renan, L'Avenir de la sc.,1890, p. 229.
b) [L'accent est mis sur l'arrêt d'un mouvement]
Prendre du repos, souffler :
37. On a voulu, à tort, faire de la bourgeoisie une classe. La bourgeoisie est tout simplement la portion contentée du peuple. Le bourgeois, c'est l'homme qui a maintenant le temps de s'asseoir. Une chaise n'est pas une caste. Mais, pour vouloir s'asseoir trop tôt, on peut arrêter la marche même du genre humain. Cela a été souvent la faute de la bourgeoisie. Hugo, Les Misérables,t. 2,1862, p. 12.
S'arrêter, se fixer :
38. ... il faut choisir, et la première condition du goût, après avoir tout compris, est de ne pas voyager sans cesse, mais de s'asseoir une fois et de se fixer. Rien ne blase et n'éteint plus le goût que les voyages sans fin... Sainte-Beuve, Causeries du lundi,t. 3,1851-62, p. 53.
Dépréc. Ne plus rien faire, cesser d'être agissant :
39. En somme je ne fais pas d'autres postulats généraux que ceux des mathématiques, et il faut bien en passer par là, ou s'asseoir. Je me permets, alors, des constructions comme on dit en géométrie. Au fond tout mon truc est là. Je crois énormément à la richesse de ce procédé qui passe par l'arbitraire et arrive à la démonstration. Valéry, Correspondance[avec G. Fourment],1897, p. 142.
40. Le Christ appelle justement les pharisiens « sépulcres blanchis », parce que la vertu qui ne se dépasse pas, s'assoit et se complait en sa liberté, n'est autre chose qu'une mascarade de la mort. J. Vuillemin, Essai sur la signif. de la mort,1949, p. 245.
3. Arg. ou pop. Allez-vous asseoir. Allez-vous-en; taisez-vous. S'asseoir sur qqn, sur qqc.; s'asseoir dessus. Ne faire aucun cas de quelqu'un ou quelque chose, le mépriser.
Proverbe. S'asseoir entre deux chaises (le cul par terre). Entre deux partis possibles, choisir finalement un moyen terme généralement malheureux et voué à l'échec :
41. Retiens bien ça, Robert : Il n'y a pas de régime intermédiaire possible. Il a voulu s'asseoir entre deux chaises, il est foutu. Tous ceux qui voudront lutter sur les deux fronts sont foutus d'avance, comme lui. On est capitaliste ou communiste, pas de milieu... Abellio, Heureux les pacifiques,1946, p. 239.
PRONONC. ET ORTH. − 1. Conjug. − a) Formes à double rad. − (Je m')assieds, assois; (tu t')assieds, assois; (il s')assied, assoit; (nous nous) asseyons, assoyons; (vous vous) asseyez, assoyez; (ils s')asseyent, assoient. (Je m')asseyais, assoyais, etc. Que (je m')asseye, assoie; (il s')asseye, assoie; (nous nous) asseyions, assoyions; (ils s')asseyent, assoient. Asseyant, assoyant. b) Formes triples. − (Je m')assiérai, asseyerai, assoirai, etc.; (je m')assiérais, asseyerais, assoirais, etc. c) Formes uniques. − (Je m')assis, etc.; assis, assise. d) À l'impér. l'usage tend à consacrer assieds-toi, asseyons-nous, asseyez-vous, plutôt que assois-toi, assoyons-nous, assoyez-vous. 2. Forme phon. (s')asseoir [aswa:ʀ] (je m')assieds [asje] ou (je m')assois [aswa]. Grammont Prononc. 1958 précise pour l'inf. asseoir qu'un ,,e devant une autre voyelle ne se prononce pas``. En ce qui concerne la forme conjuguée assied(s), Buben, 1935, pp. 23-24 signale que ,,Malgré une consonne finale muette (...) on prononce dans la langue correcte un e fermé dans les cas suivants : pied, sied, assied (...); l'action assimilatrice de l'i précédent est plus forte que l'influence de l'écriture et maintient l'e fermé malgré la consonne étymologique finale qui d'ailleurs n'a jamais été prononcée`` (cf. aussi Mart. Comment prononce 1913, p. 228). À comparer avec Id., ibid., p. 53 qui écrit : ,,la prononciation d'assied (...) paraît flotter entre l'e fermé de pied et l'e ouvert des mots en -et``. Il ajoute ,,Peut-être est-ce l's d'assieds qui est en cause; en tout cas l'e d'assieds-toi est plutôt moyen``. Buben 1935, p. 51 note enfin : ,,La graphie ey et l'analogie des formes fortes expliquent l'è ouvert protonique dans (...) asseyons, asseyez``. Dito pour (ils) asseyent. Enq. : /aswa/ (il s')assoit. 3. Forme graph. − a) e étymologique de asseoir : Besch. Conjug. 1961, p. 67 note que l'inf. asseoir s'orthographie avec un e étymologique, à la différence de l'ind. prés. (j'assois) et fut. (j'assoirai) qui s'écrivent normalement sans e (cf. aussi Clédat 1930, pp. 55-56). Grev. 1964, § 679 signale à ce sujet : ,,On constate une forte tendance à uniformiser la graphie des formes avec -oi- et à les écrire par -eoi- comme on fait à l'infinitif : On s'asseoit par terre ``(Flaub., Corr., t. I, p. 280)``, cf. aussi Rob. : ,,De bons auteurs écrivent -eoi- comme on fait à l'infinitif``. À noter que Gramm. Ac. 1932 écrit asseoir ou assoir. b) Le d étymologique de assied(s) : Clédat 1930, p. 64 souligne : ,,on fait reparaître une lettre latine qui n'existe nulle part ailleurs dans le verbe français, [que] s'il s'agissait d'éviter une graphie équivoque, il était bien simple d'écrire : tu t'assiés``. Cf. aussi Grev. 1964, § 679 qui rappelle également : ,,Le présent de l'indicatif j'assieds s'explique par les formes anciennes (la flexion de seoir était : sie, siez, siet, seons, seez, sieent); le futur j'assiérai est fait sur il assied``. À ce sujet, cf. Besch. Conjug. 1961, p. 67 : ,,Les formes j'asseyerai, tu asseyeras, etc., j'asseyerais, tu asseyerais, etc. sont actuellement sorties de l'usage.`` Néanmoins, Rob. admet encore au fut. : ,,j'assiérai ou j'asseyerai (vieilli)``. En ce qui concerne la conjug. j'assieds, Grev. 1964, § 679 précise : ,,aux deux premières personnes du pluriel, l'insertion d'un y a supprimé l'hiatus : de là, asseyons, asseyez``. Il note en ce qui concerne la conjug. j'assois : ,,le présent j'assois, etc., a été fait par analogie avec l'infinitif``. Il signale également que la conjug. assois, etc., est moins cour. et plutôt vulgaire (cf. Rob. : ,,Les formes en -oi, admises par l'Acad. cf. infra, sont jugées familières et même vulgaires par quelques grammairiens``). Pour Ortho-vert 1966, p. 95, cette conjug. s'emploie surtout au fig. : il assoit sa situation. 4. Hist. − Ac. 1798 ne donne que la 1reconjug. : j'assieds, etc. À partir de l'éd. de 1835, Ac. écrit : ,,on conjugue aussi quelquefois [...] j'assois, etc.`` Pour Lar. 19e, la 2emanière de conjuguer est surtout usitée dans le style noble. Pour Littré, elle est plus rare. Besch. 1845 suggère pour la 2econjug. : ,,Il nous semble qu'il serait plus convenable d'écrire j'asseois, j'asseoirai, etc.`` cf. aussi Littré : ,,L'Académie écrit j'assoirai sans e, mais je surseoirai avec un e. Il faudrait remettre la concordance entre ces deux verbes que rien ne doit séparer, afin de diminuer des exceptions qui compliquent inutilement l'orthographe``.
ÉTYMOL. ET HIST. I − Trans. 1. 950-1000 « placer solidement qqc. » (Passion, éd. Arco Silvio Avalle, 247-8 : corona prendent de las espines Et en son cab fellun l'asisdrent); 1119 « établir, fixer » (Ph. de Thaon, Comput, éd. Mall, 3305 ds T.-L. : En pentecuste asistrent La secunde [jeiunaisun]); ca 1165 en partic. « fixer une rente » (Chr. de Troyes, G. d'Angleterre, éd. W. Foerster, 3360-61 : Et as deux marcheanz assist Mil mars de rante a estrelins); 1405-49 asseoir a « soumettre à (un impôt) » (Journ. d'un bourg. de Paris, 1440, Michaud ds Gdf. : Apres celluy prest furent assis a tres grosses tailles, et cuidoit le peuple que on ne leur demandast rien, mais apres on commença la grant douleur au peuple d'icelle taille, car nuls ne nulle n'en eschappa, et tres grevement furent assis); 2. 1541 « fonder sur une base solide une opinion, un jugement » (Calvin, Inst., 501 ds Littré : Ils alleguent qu'on ne peut assoir un jugement, sinon que la cause soit cognue); 3. xiiies. « mettre sur un siège » (Rom. und Pastour., éd. Bartsch, II, 6, 37-38 : Entre mes biaus bras la pris, sor la fresche herbe l'assis). II.− Pronom. mil. xies. « se placer sur un siège » (Alexis, xies., st. 30ods Gdf. Compl. : Del duel s'asist la medre jusque a terre). Du lat. vulg. *adsedere, réfection du lat. class. adsidēre d'apr. sedēre; sedere « être assis » dep. Plaute (Capt. prol., 2 ds Forc.); « être arrêté, demeurer fixé » d'où (d'une chose) « être décrétée, établie » (cf. le sens I) (Pline, Hist. nat., II, 7, 5 [24], ibid.); lat. adsidere au sens de « être assis auprès de » (Plaute, Stich., 153 ds TLL s.v., 877, 37); au sens pronom. le lat. emploie également adsidere (Id., Bacch., 432, ibid., 879, 36).
STAT. − Fréq. abs. littér. : 9 566. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 10 066, b) 14 741; xxes. : a) 16 164, b) 14 473.
BBG. − Barber 1969. − Bél. 1957. − Bible 1912. − Bruant 1901. − Canada 1930. − Chesn. 1857. − Dem. 1802. − Dul. 1968. − Dupin-Lab. 1846. − Éd. 1967. − Esn. 1966. − Esn. Poilu 1919. − France 1907. − Grimaud (F.). Petit glossaire du jeu de boules. Vie Lang. 1968, p. 110. − Jal 1848. − Jossier 1881. − Lal. 1968. − Larch. 1880. − Larch. Suppl. 1880. − Marcel 1938. − Marshall (F. W.). Les Poésies de Blondel de Nesle. Une ét. du lex. d'après l'examen des mss, p. 33 (Thèse Univ. Paris, 1968). − Noter-Léc. 1912. − Pierreh. Suppl. 1926. − Plais. 1969. − Pope 1961 [1952], p. 171. − Remig. 1963. − Sandry-Carr. 1963. − Spr. 1967.

ASSIS, ISE, part. passé et adj.

I.− Part. passé de asseoir*.
II.− Adjectif
A.− [En parlant d'une pers. ou, plus rarement, d'un animal quadrupède] Qui est dans la position d'appui sur le derrière :
1. ... considérez l'homme assis, couché, debout, dans un fond, sur une hauteur, vous découvrirez dans toutes ses attitudes et ses positions de nouvelles beautés. Les artistes qui le dessinent depuis tant de siècles, trouvent ses formes aussi inépuisables, que les moralistes qui l'étudient, ... Bernardin de Saint-Pierre, Harmonies de la nature,1814, p. 250.
2. Soudain, au détour d'une rue, notre héros se trouva face à face... avec qui? Devinez... Avec un lion superbe, qui attendait devant la porte d'un café, assis royalement sur son train de derrière, sa crinière fauve dans le soleil. A. Daudet, Tartarin de Tarascon,1872, p. 111.
En partic. Assis à croupeton; assis à la turque.
Par personnification :
3. Mais l'usure assise derrière ses cartons verts, l'usure implorée la crainte dans le cœur, dessèche la plaisanterie, altère le gosier, abat la fierté du regard et rend le peuple respectueux. Balzac, César Birotteau,1837, p. 348.
P. ext., littér. :
4. Je laisserai de moi dans le pli des collines La chaleur de mes yeux qui les ont vu fleurir, Et la cigale assise aux branches de l'épine Fera vibrer le cri strident de mon désir. A. de Noailles, Le Cœur innombrable,1901, p. 30.
P. méton.
1. Qui est le fait d'une personne assise. Pose, station assise.
2. Qualifie une place où l'on peut s'asseoir, et, p. ell., un travail que l'on fait dans la position assise. Place assise, travail assis.
B.− P. ext. Qui est établi.
1. Vx. [En parlant d'une population] :
5. Enfin, ne goûtant aucune des douceurs que trouve un peuple assis dans une terre patriarcale, les malheurs de cette peuplade en voyage ne lui ont dicté que des poésies sombres, majestueuses et sanglantes. Balzac, Louis Lambert,1832, p. 115.
Spéc., FIN. Impôt assis sur les bénéfices.
2. Qui est établi ou installé de manière solide ou durable.
a) [En parlant de choses concr.] Posé d'aplomb :
6. ... à considérer ces pics sans aplomb, ces dômes gauches, ces mamelons mal assis, il était facile de voir que l'heure du tassement définitif n'avait pas encore sonné pour cette montagneuse région. Verne, Les Enfants du capitaine Grant,t. 1,1868, p. 100.
b) Au fig.
Péj. [En parlant de pers.] Qui est satisfait d'un certain état de choses et refuse tout changement :
7. Ces anciens, des devanciers qu'on admire étaient des classiques en action, debout et militants : on est, soi, des classiques assis, éternellement assis. Sainte-Beuve, Nouveaux lundis,t. 3,1863-69, p. 73.
Gens assis. Gens bien établis dans une situation, en particulier dans le conformisme et la passivité :
8. J'en concluais que Jacques avait fait sienne la seule attitude qui me parût valable : chercher en gémissant. Sa véhémence ne me convainquait pas de son ambition, ni sa voix pondérée de sa résignation. Loin de se ranger parmi les gens assis, il allait jusqu'à refuser les facilités de l'anti-conformisme. Sa moue blasée, son regard hésitant, les livres qu'il m'avait prêtés, ses demi-confidences, tout m'assurait qu'il vivait tourné vers un incertain au-delà. S. de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée,1958, p. 200.
[En parlant de choses concr. ou abstr.] Stable :
9. Si je suis déçu dans mes espérances, ma vie du moins sera régulière, assise, reposée. Constant, Journaux intimes,1803, p. 28.
10. Aussi dès le seizième siècle la presse, grandie au niveau de l'architecture décroissante, lutte avec elle et la tue. Au dix-septième, elle est déjà assez souveraine, assez triomphante, assez assise dans sa victoire pour donner au monde la fête d'un grand siècle littéraire. Hugo, Notre-Dame de Paris,1832, p. 221.
11. En 1877, j'ai retrouvé M. Renoir avec des œuvres plus assises, d'une coloration plus résolue, d'un sentiment de modernité plus sûr. Huysmans, L'Art mod.,1883, p. 289.
12. Je m'écriai, mentant à pleine gorge, vomissant les vérités assises, des conventions de long usage, que je savais fausses : « Va-t-en, tu n'es pas le Messie. » A. Arnoux, Carnet de route du Juif Errant,1931, p. 32.
13. Car un jour j'ai senti bouger dans l'épaisseur, Sous l'homme et le plus bas où de vivre se fonde, La réclamation de l'entraille profonde. Depuis lors je connais le désir sans douceur. Suprêmement assis entre l'âme et le ventre, Juge sagace avec l'épée et l'examen, Il enjoint : si je parle, il ne répondra rien, Mais il faut obéir comme le cercle au centre. Claudel, Poésies diverses,1952, p. 14.
Temps assis. Anton. temps incertain :
14. On n'avait pas la patience d'attendre un temps assis. On s'inquiétait bien du passage des lunes : on calculait avec la chute des grandes pluies : mais si le ciel trompait les prévisions, tant pis, on enfourchait son double-bidet, on tendait « l'aubanèque », et en avant. Pesquidoux, Le Livre de raison,1925, p. 130.
III.− Subst. Personne assise. Un assis, une assise :
15. Le grand soir, deux rangs de fauteuils (...) sont réservés, en avant, aux personnes titrées ou académiques, la roture étant reléguée sur des chaises, d'autant plus éloignées et malingres que l'assis et l'assise sont de moindre importance. L. Daudet, Salons et journaux,1917, p. 151.
P. ext., arg., péj. Les assis. Synon. ronds-de-cuir, gratte-papier, scribouillards, bureaucrates, sédentaires. ,,(...) culs de plomb, chieurs d'encre`` (France 1907).
Fig., péj. Personne passive, complaisamment installée dans la tranquillité, dans le confort moral, intellectuel et matériel :
16. J'aime les êtres qui sont en désarroi, disait Bergère; et je trouve que vous avez une chance extraordinaire. Car enfin cela vous a été donné. Vous voyez tous ces porcs? Ce sont des assis. Il faudrait les donner aux fourmis rouges pour les asticoter un peu. Sartre, Le Mur,1939, p. 170.
17. Tous ces gros ventres [des bourgeois de Nantes], ces assis, ces nez à lunettes, sondaient les profondeurs de leur mauvaise conscience... Morand, Parfaite de Saligny,1947, p. 137.
Spéc. Voter par assis et levé(s). Dans une assemblée délibérante, exprimer son opinion en se levant pour voter dans un sens, ceux qui sont de l'avis contraire restant assis :
18. I. − Les formes du vote. A. − Le vote à mains levées. (...). B. − Le vote par assis et levés, simple variante du précédent, intervient après une épreuve à mains levées douteuse et n'est acquis que si tous les secrétaires sont d'accord. C. − Le scrutin public ordinaire. G. Vedel, Manuel élémentaire de dr. constitutionnel,1949, p. 420.
SYNT. Décider, prononcer, exprimer son opinion par assis et levé; adopter des articles par assis et levé.
PRONONC. : [asi], fém. [-i:z].
STAT. − Fréq. abs. littér. : 10 550. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 12 174, b) 16 662; xxes. : a) 18 800, b) 14 239.
BBG. − Chesn. 1857. − Esn. 1966. − France 1907. − Grandm. 1852, col. XXVIII-XXIX. − Jal 1848. − Jossier 1881.

ASSISE1, subst. fém.

A.− ARCHIT. Rang de pierres de taille, de moellons ou de briques disposés horizontalement sur le sol même ou sur un rang inférieur, pour élever un mur ou constituer les points d'appui d'un édifice. Première assise; trembler sur ses assises :
1. Je la [l'ame végétale] compare à un maçon servi par un apprenti qui lui apporte tous les matériaux dont il a besoin, tandis qu'il les dispose par assises et par chaînes pour élever son édifice. Bernardin de Saint-Pierre, Harmonies de la nature,1814, p. 273.
2. À la fin du quinzième siècle, le formidable gibet, qui datait de 1328, était déjà fort décrépit. (...). Les assises de pierre de taille étaient toutes refendues à leur jointure, et l'herbe poussait sur cette plate-forme... Hugo, Notre-Dame de Paris,1832, p. 568.
,,Partie servant à asseoir un élément de construction (...)`` (Barb.-Cad. 1963); cf. A. Lenoir, Archit. monastique, t. 2, 1856, p. 271).
Assises réglées. Assises constituées de pierres de même hauteur correctement alternées (le milieu de chacune correspond exactement aux joints de l'assise inférieure et supérieure). Bâtir par assises réglées.
B.− P. anal. :
3. Les falaises de la Normandie sont des couches alternatives de marne blanche et de cailloux noirs, posées par assises horizontales comme les pierres d'un monument... Bernardin de Saint-Pierre, Harmonies de la nature,1814, p. 232.
4. ... à peine étais-je assis, que, levant les yeux sur le monument qui me prêtait son ombre, je vis que ses murs, qui m'avaient paru bâtis de marbre ou de pierre blanche, étaient formés par des assises régulières de crânes humains. Lamartine, Voyage en Orient,t. 2,1835, p. 453.
Emplois spéc.
BIOL. (animale et végétale). Couche de cellules du même type juxtaposées. [Biol. animale] Assises épidermiques (cf. Roussy [F. Widal, P.-J. Teissier, G.-H. Roger, Nouv. traité de méd., fasc. 5, 1920-24, p. 152]) [Biol. végétale] Assise nourricière, génératrice, pilifère, sporifère.
GÉOGR. Chacun des plans d'un terrain (montagne, rocher, etc.) disposé en gradins assez réguliers.
GÉOL. Série de couches minérales sédimentaires, correspondant à un âge déterminé, successivement déposées par les eaux selon une disposition rappelant celle des assises d'une construction. Synon. couche, strate.
Rem. Au plur. selon Quillet 1965.
P. ET CH. ,,Corps de chaussée en matériaux compactés; à la différence du macadam dont la stabilité résulte de coincements, celle de l'assise provient de sa compacité; peut être naturelle (sables et graviers), concassée, ou semi-concassée`` (Plais.-Caill. 1958). Jeter les assises d'une route.
C.− P. métaph. ou au fig. Chacun des éléments superposés, constitutifs d'un ensemble; élément fondamental sur lequel repose un système, une théorie, un raisonnement, une institution, etc.; élément initial, couche primitive servant de base à quelque chose. Les assises de l'État :
5. L'esthétique ainsi décrétée, d'abord et pendant fort longtemps, se développa in abstracto dans l'espace de la pensée pure, et fut construite par assises, à partir des matériaux bruts du langage commun, par le bizarre et industrieux animal dialectique qui les décompose de son mieux, en isole les éléments qu'il croit simples, et se dépense à édifier, en appareillant et contrastant les intelligibles, la demeure de la vie spéculative. Valéry, Variété IV,1938, p. 242.
6. Quiconque est privé de certaines assises naturelles : une famille normale, une ambiance sociale suffisamment stable et lentement intégrée, cherchera toujours vainement une certaine solidité d'allure, un minimum d'assurance vitale. L'absence de métier elle aussi fait des incertains, des utopistes, des esprits faux et sans assiette. Mounier, Traité du caractère,1946, p. 528.
7. On ne voit pas alors comment une psychologie unique pourrait servir d'assise à des sciences qui, pour prendre sur la réalité humaine des points de vue divers et parfois contradictoires, impliquent précisément la mise en œuvre de « psychologies » différentes. J. Vuillemin, L'Être et le travail,1949, p. 100.
Plus rare. Solidité d'assiette, fermeté, équilibre :
8. Ce livre, (...) m'a semblé avoir le défaut de montrer des individus qui ne sont pas le portrait de celui-ci ou de celui-là, mais des êtres fabriqués au moyen d'une macédoine de traits de caractère pris à l'un et à l'autre, et par là manquant de personnalité, de réalité, d'assise sur de vrais pieds humains. E. et J. de Goncourt, Journal,1889, p. 1048.
BBG. − Bach.-Dez. 1882. − Barb.-Cad. 1963. − Baulig 1956. − Chabat 1881. − Chesn. 1857. − George 1970. − Gruss 1952. − Jossier 1881. − Méd. Biol. t. 1 1970. − Noël 1968. − Pierreh. 1926. − Plais.-Caill. 1958. − Viollet 1875.

ASSISE2, subst. fém.

I.− HIST. (Moy. Âge), le plus souvent au plur. Session d'une assemblée le plus souvent judiciaire.
Assemblée de seigneurs convoquée par le roi pour juger des causes importantes.
,,Séances extraordinaires que tenaient les officiers des seigneurs de fiefs pour faire rendre l'hommage, les aveux et dénombrements auxquels les vassaux étaient tenus`` (Ac. Compl. 1842).
Séance extraordinaire que des juges supérieurs tenaient dans les provinces, pour voir si les juges des tribunaux subalternes s'acquittaient de leur devoir.
P. méton. Règlements, ordonnances, lois, etc., votés par l'assemblée des principaux seigneurs d'un royaume. Assises de Jérusalem :
1. Les ducs de Bretagne envoient à des Chateaubriand copie de leurs assises. Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe,t. 1,1848, p. 20.
II.− P. ext., usuel
[Le suj. désigne une pers.] Tenir ses assises. Réunir autour de soi un groupe de personnes où l'on brille, où l'on est apprécié pour une raison ou pour une autre :
2. De moins, elle [une aventure] m'émut quand il [le commandant] me la raconta, hors de Paris, d'ailleurs, très loin de l'angle du salon du club où il tenait ses assises entre cinq et sept. P. Bourget, Monique,1902, p. 206.
P. métaph. :
3. La civilisation tiendra ses assises au sommet de l'Europe, et plus tard au centre des continents, dans un grand parlement de l'intelligence. Quelque chose de pareil s'est vu déjà. Les amphictyons avaient deux séances par an, l'une à Delphes, lieu des dieux, l'autre aux Thermopyles, lieu des héros. Hugo, Les Misérables,t. 2,1862, p. 431.
4. La mort toujours, partout la mort sous la terre, sous les ondes, dans les récits marins, derrière le corps blanc de l'amour, elle tenait ses assises poudreuses et crayeuses, ... L. Daudet, Le Voyage de Shakespeare,1896, p. 38.
Réunion de personnes ayant des préoccupations ou des goûts communs et se rencontrant régulièrement pour en débattre :
5. C'est au café de la Régence que le théâtre de l'Opéra tenait ses assises; c'est là que se plaidait chaque jour la cause de Rameau contre Lulli; qu'on prononçait en dernier ressort sur le mérite des airs de Mondonville et de Dauvergne, ... Jouy, L'Hermite de la Chaussée d'Antin,t. 3,1813, p. 231.
Partic. Assemblée plénière d'un groupement intellectuel ou politique. Le parti radical a tenu ses assises annuelles à Vichy (Dub.).
III.− DR. PÉNAL, au plur.
A.− Cour d'assises ou, p. ell., assises. Tribunal habilité à juger les faits constituant des crimes aux termes de la loi :
6. Chateaubriand en accusation et comparaissant aux assises, c'est le génie sur la sellette du crime. Chênedollé, Journal,1832, p. 136.
7. Les sessions de la cour d'assises auront été bien dramatiques durant cette quinzaine. Nous y avons vu d'abord de sérieuses et véritables tragédies, des condamnations capitales pour délits politiques. Un pauvre jeune homme, entre autres, a été condamné à mort par erreur. MM. les jurés s'étaient trompés. − Ceci serait monstrueux si ces arrêts devaient et pouvaient s'exécuter. − Ce n'est que triste et déplorable. En revanche, après le drame nous avons eu la comédie. On nous a donné le procès saint-simonien. Musset, Revue des Deux Mondes,1833, p. 638.
SYNT. Traduire qqn devant la cour d'assises, aux assises; envoyer qqn aux assises; passer à la cour d'assises; être acquitté par la cour d'assises; être cité à comparaître devant la cour d'assises; citer qqn devant la cour d'assises; déposer à la cour d'assises. Présider, tenir les assises (Ac. 1835-1932). Plaider aux assises, en assises (Ac. 1932). Affaire de cours d'assises; procès en cour d'assises; débats d'une cour d'assises; condamnation en cour d'assises; jugement de la cour d'assises. Avocat d'assises (Ac. 1932).
Président de cour d'assises, des assises :
8. On ne verra dans les échelles de pénalité qu'un cadre offert au jury pour le dispenser d'une initiative redoutable, et dans la sentence pénale du magistrat, qu'une sanction solennelle donnée à l'appréciation du jury. Cette sanction solennelle devra être du même genre que celle que donne le président des assises, par son ordonnance d'acquittement, au verdict de non-culpabilité. Cournot, Essai sur les fondements de nos connaissances,1851, p. 428.
B.− P. méton. ,,(...) période pendant laquelle siège cette juridiction`` (Cap. 1936). Il sera jugé aux prochaines assises (Ac.1932).
Remettre la cause de qqn aux prochaines assises :
9. ... le jugement de la chambre des pairs fut renvoyé aux assises suivantes; de sorte qu'elle n'a depuis lors qu'une existence incertaine et des droits équivoques qui devront de nouveau être mis en question à la session prochaine. Lamennais, L'Avenir,1831, p. 306.
PRONONC. : [asi:z].
ÉTYMOL. ET HIST. − 1. Ca 1170 « redevance imposée, imposition » (Rois, p. 390, Ler. de Lincy ds Gdf. : E l'un preechad par tute Juda e Jerusalem que chascuns feist venir al temple cele asise que Moyses out fait a tut le pople al desert [II Chron., XXIV, 9 : ut deferrent singuli pretium Domino, quod constituit Moyses...]) − xves., ibid.; 2. 1ertiers xiiies. « rangée horizontale de pierres qui, dans une construction, repose, soit sur le sol, soit sur une rangée inférieure » (Chevalier deux épées, 4207 ds Gdf. Compl. : Et estoit [le château] mout fors a devise Que de murs que de fort assise); d'où 1838 p. anal. géogr. (Ac. Compl. 1842 : Assise. Se dit des gradins réguliers de certaines montagnes qui ne s'élèvent point de la base au sommet par une pente insensible); 1838 fig. « fondement, base solide » (T. Gautier, La Comédie de la mort, p. 188 : mon œuvre est ainsi faite, et sa première assise N'est qu'une dalle étroite et d'une teinte grise Avec des mots sculptés que la mousse remplit); cf. 1863 (E. Renan, Vie de Jésus, XXVIII : Si la maison capétienne eut réussi à nous créer une bonne assise constitutionnelle ... la chicanerions-nous sur la guérison des écrouelles?); 3. fin xiies. jur. « session, en partic. jugement dernier » (G. de Berneville, Gilles, éd. Paris et Bos, 3784 ds T.-L. : al jur de la grant jüise, Quant nus serrum a cele assise); début xiiies. « séance » (Roman d'Aubery ds Du Cange s.v. assisa : mult vaut miex ceste Assise, que cent mil livres, ou pan de ma chemise); au plur. assises a) av. 1280 « assemblées de seigneurs rendant la justice » (Rutebeuf, Nouv. Compl. d'Outre mer, I, 119 ds Gdf. Compl. : Chevaliers de plaiz et d'axises, Qui par vos faites vos justices Sens jugement aucunes fois, Tot i soit sairemens ou foiz, Cuidiez vos toz jors einsi faire?); 1318 « assemblées judiciaires convoquées par les baillis » ([Ancien registre] Donné à Chauny le Venredi après Noël l'an 1318 ds Du Cange, loc. cit. : Michel de Paris, Bailly de Vermandois, au Prevost de Mondidier, Salut. Nous vous mandons, que vous faciez crier nos Assises de Mondidier solempnellement aux lieus acostumés au Dimanche devant la Chandeleur prochain à venir...); actuellement « session d'une cour criminelle » 1745 (Dupin, Œcon., I, p. 275 ds Brunot t. 6, p. 465 : jurés tirés au sort entre les habitants du lieu où se tiennent les « Assises »); 1810, 6 juill., création de la Cour d'Assises (Rob.); b) fig. 1665 « réunions » (Bossuet, Sermons, sur le Jugement dernier, ds Dict. hist. Ac. fr. : Pourquoi ces grandes assises, pourquoi cette solennelle convocation, et cette assemblée générale du genre humain?). Part. passé substantivé de asseoir*; cf. lat. médiév. refait sur le fr. : assisa ou assisia, au sens 1, 1231 (Const., II, 311 ds Mittellat. W. s.v., 1080, 1); au sens 3, 1190 (Charta Philippi Augusti apud Rigordum ds Du Cange, loc. cit.); le sens 2 est dér. de asseoir* étymol. 1.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 826. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 926, b) 1 516; xxes. : a) 1 774, b) 846.
BBG. − Bach.-Dez. 1882. − Barb. Infl. 1919, p. 8. − Barr. 1967. − Blanche 1857. − Bouillet 1859. − Bruant 1901. − Cap. 1936. − Dupin-Lab. 1846. − Frey 1925, p. 218. − Giteau 1970. − Lep. 1948. − Le Roux 1752. − Pissot 1803. − Réau-Rond. 1951. − St-Edme t. 2 1825.

Wiktionnaire

Nom commun

assises \a.siz\ féminin pluriel

  1. (Au pluriel) Loi ; institution juridique.
    • Les Assises de Jérusalem.
  2. (Par ellipse) (Au pluriel) Cour d’assises.
    • [Il] n’est peut-être pas moins dévoyé que le fils du notaire, à Rouen, qui comparaît devant les Assises pour un vol d’auto, une affaire de carambouillage ou un trafic de stupéfiants. — (Paul Nizan, La Conspiration, 1938, p.77)
    • Un jour, la fille de ma femme de basse-cour, Rosalie Rigard, – une enfant de seize ans – fut violée dans mon bois par un colporteur qui passait. […] l’on arrêta le colporteur, qui fut envoyé aux Assises et condamné à cinq ans de réclusion. — (Octave Mirbeau, Le colporteur,)
    • Minuit trente-cinq : on venait de rendre le verdict. De la salle des assises, la foule muette se retirait lentement. — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)
  3. (Par extension) (Au pluriel) Session d'une telle cour.
    • Présider, tenir les assises.
    • Plaider aux assises, en assises.
    • Avocat d’assises.
    • Il sera jugé aux prochaines assises.
  4. (Par extension) Congrès, conférence.
    • Suite aux Assises de la mobilité, l’exécutif a toutefois annoncé qu’il souhaitait remplacer ces dispositions issues de la loi Macron. — (Xavier Berne, Comment le gouvernement entend relancer l’ouverture des données de transport, Next INpact → lire en ligne)

Forme de verbe

assises \a.siz\

  1. Participe passé féminin pluriel du verbe asseoir (ou assoir).
    • Conformément aux prescriptions du cahier des charges publié par le Ministère des Colonies, ces piles ont dû être construites à sec, à l’abri de batardeaux métalliques et assises sur le rocher, nettoyé et débousiné. — (Annales des travaux publics de Belgique, 1930)

Forme d’adjectif

assises \a.siz\

  1. Féminin pluriel de assis.
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Phonétique du mot « assises »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
assises asiz

Évolution historique de l’usage du mot « assises »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « assises »

  • L’accusé, qui a fréquenté toute la galaxie djihadiste francophone de Syrie, est renvoyé à la cour d’assises pour des crimes commis en Syrie entre 2013 et 2015. Le Monde.fr, Tyler Vilus, un « émir » du groupe Etat islamique aux assises
  • Si les femmes enceintes portaient leur bébé dans le dos, il y aurait plus de places assises dans le métro. De Patrick Sébastien / Carnet de notes
  • Tant que la peine de mort existera, on aura froid en entrant dans une cour d'assises, et il y fera nuit. De Victor Hugo / Actes et Paroles
  • La réforme de la cour d’assises prévoit la possibilité d’être juré à dix-huit ans : il n’y a pas d’âge pour commencer à avoir des emmerdements ! De Laurent Ruquier / Le mois par moi
  • Si le nombre pair de douze a été fixé pour chiffrer le total des membres d'un jury d'assises, c'est pour éviter à celui-ci de commettre un impair. De Pierre Dac
  • Ce dernier était jugé du lundi 22 au vendredi 26 juin, par la cour d’assises de la Gironde pour assassinat et destruction du bien d’autrui par moyen dangereux pour les personnes. SudOuest.fr, Assises de la Gironde : condamné pour l’assassinat de son ancien amant, les moments forts d’un procès glaçant
  • L'arrêté préfectoral DCL/BRGE n° 2020-55 du 12 mai 2020 portant répartition des jurés près la cour d'assises des Hauts-de-Seine a fixé à 153 le nombre d’isséens tirés au sort pour être jurés d’assises. La sélection aléatoire comprend deux tirages. Le premier tirage est effectué par le Maire. Le second tirage est effectué par une commission spéciale. Issy-les-Moulineaux, Tirage au sort des jurés d'assises | Issy-les-Moulineaux
  • Visage juvénile, délicat, souriant. Des photographies de Johnny ont été projetées dans la salle d’audience de la cour d’assises de la Gironde qui, depuis lundi, juge son assassin revendiqué, Mathieu Jourdain.Johnny avait 25 ans quand son corps sans vie et drogué a été retrouvé en partie calciné dans son appartement… SudOuest.fr, Jugé pour l’assassinat d’un ancien amant aux assises de la Gironde : « il l’a brûlé vif »
  • C'est un procès douloureux qui se déroule en ce moment, et jusqu'à vendredi, devant les assises du Loiret, à Orléans, dans lequel une mère de famille de 41 ans comparait pour avoir laissé mourir de faim et de soif son nourrisson, alors âgé de sept mois. Portrait d'une mère accusée du pire. France Bleu, Jugée aux assises pour avoir laissé son bébé mourir de faim : "Je regrette tout ce qui s'est passé"

Images d'illustration du mot « assises »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « assises »

Langue Traduction
Anglais seated
Espagnol sentado
Italien seduto
Allemand sitzend
Chinois 坐着
Arabe جالس
Portugais sentado
Russe сидящий
Japonais 着席
Basque eserita
Corse seduta
Source : Google Translate API

Synonymes de « assises »

Source : synonymes de assises sur lebonsynonyme.fr

Assises

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