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Revue « Le jeu de l'amour et du hasard », de Marivaux

Portrait de l’auteur français

Pierre Carlet de Chamblain de MARIVAUX est un auteur du XVIIe siècle, connu pour ses comédies sentimentales et romanesques. Il aime peindre une psychologie amoureuse basée sur la surprise de l’amour. En effet, chez Marivaux, les obstacles entre deux amants sont rarement extérieurs ou insurmontables comme dans les tragédies. Les difficultés naissent du fait que les amoureux ne veulent pas reconnaître leurs sentiments, ce qui aboutit à de nombreux quiproquos, stratagèmes et fausses confidences.

Un titre évocateur

Le jeu de l’amour et du hasard raconte les déboires d’une famille parisienne. Silvia est promise à Dorante, mais elle obtient de son père la faveur de pouvoir rencontrer son futur mari sous le déguisement de sa servante, Lisette. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que Dorante a eu la même idée et se fait passer pour son valet, Arlequin. Monsieur Orgon, le père de Silvia et Mario, son frère, sont avertis de ce double déguisement et par taquinerie, décident de pousser les deux faux servants dans les bras l’un de l’autre. Les deux héros voient leurs sentiments fleurir, malgré leur réticence respective.

Si, chez Marivaux, la rencontre avec l’autre est toujours une aventure rocambolesque, les personnages nous plongent dans une peinture des différents sentiments qui peuvent nous traverser lorsque nous tombons amoureux. Comme dans beaucoup de comédies, le thème du mariage est prédominant. Souvent, il s’agit d’un mariage contrarié, mais ici, c’est la peur de Silvia qui en est la cause. La dualité entre elle et Lisette, sa servante, sert de socle pour montrer leurs différentes approches de l’amour. En effet, alors que Lisette s’attache aux apparences, Silvia recherche avant tout un partenaire avec de grandes qualités morales. Ce rejet du paraître est une thématique récurrente chez Silvia, alors que dans la pièce, le mensonge règne. Les hyperboles se succèdent pour accentuer l’ironie de la situation dans laquelle chacun joue un rôle et personne n’est à sa place. 

Cette dualité est également renforcée par un mélange entre un langage précieux et celui des valets, plus populaire. Lorsque Lisette et Arlequin s’avouent leurs sentiments, ils imitent en réalité ce qu’ils pensent être la manière dont leurs maîtres auraient avoué les leurs. Cela a pour conséquence une parodie de la déclaration amoureuse, particulièrement efficace, car elle instaure un comique de situation. Le trompeur est en réalité trompé. Tout au long de la pièce, les personnages cherchent à gagner du temps avant d’avouer qui ils sont vraiment, et les aveux viennent de manière détournée, souvent en périphrase (Arlequin se décrira alors comme un “soldat d’antichambre” plutôt qu’un simple valet).

Cependant, lorsque les rôles sont inversés, l’imitation du style élevé par Lisette et Arlequin peut paraître grotesque, mais ces deux personnages font preuve d’une adresse et d’une répartie indéniables. Leur rôle ne peut donc pas se résumer à n’être qu’un double parodique de leur maître, comme une personnification.

L’intérêt de l’œuvre  

Couverture du livre en question

L’objectif est de séduire et les jeux de conquête sont nombreux. En effet, les échanges sont vifs et naturels, très inspirés de la Commedia dell’arte où les acteurs devaient souvent improviser sur scène. Les jurons et les traits d’esprit sont de mise ! Mais le leurre est au coeur de l’histoire : tout le monde joue à un jeu dont ils ont l’impression de maîtriser les règles. Mensonges et faux-semblants ont longtemps été au cœur des quiproquos théâtraux. En effet, la séduction est un jeu, bien souvent usant de coups de bluff, de manipulations diverses. Celui qui est un bon joueur est souvent un bon séducteur. Alors que Silvia et Dorante veulent mettre leur amour à l’épreuve, ces déguisements et ces jeux de rôle vont instaurer une séduction qui aboutira à un dénouement heureux.

Mais si l’auteur décide de bousculer l’ordre social dans sa pièce, il ne s’agit pas ici de faire une critique des classes ! En effet, les statuts sociaux sont certes inversés tout au long de la comédie, mais le dénouement voit les choses revenir à la normale. Il faut donc souligner que Marivaux n’est pas un auteur révolutionnaire et que ses œuvres se tiennent bien à l’écart du mouvement des Lumières du XVIIe siècle. Ces réalités sociales, bien que remises en question par les protagonistes, ne sauraient être bouleversées.

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