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Frédéric Beigbeder : Un roman français - critique

Il est 2h23 du matin à Istanbul. Acid Arab tapisse le Klein de leurs rythmes orientaux. Au sortir des toilettes, les néons rouges me voilent encore la vue, ou bien peut-être est-ce le trop plein d’alcool et ses effets érubescents ? Il n'empêche que mes yeux se posent sur une petite femme aux charmes anatoliens. Burcu est aussi défoncée que moi, à la différence près qu’elle a pris de la coke alors que je me suis contenté de la vodka. L’évocation de la poudre blanche me rappelle la récente lecture d’Un roman français de Frédéric Beigbeder. Dans ce roman aux accents autobiographiques, l’auteur prend en faux ses pertes de mémoire pour écrire à sa manière les mémoires de son enfance. S’ils ne sont pas d’outre-tombe, ils viennent du coeur, du fond d’un cachot d’une prison française, symbole de la lente décadence de la France.

Cette France est racontée par l’histoire singulière d’un français qui brûle la vie tel un Kerouac sans toutefois laisser les excès s’emparer de cette vie qu’il aime tant. Dans ce roman, comme plus tard dans Une vie sans fin, Beigbeder évoque ses enfants qui sont certainement le principal rempart à une fin tragique et pathétique similaire à celle de l’écrivain américain. C’est donc au fond du trou et lorsque les effets de la cocaïne s’estompent que Beigbeder se livre pour mieux rebondir. Il y raconte les anecdotes qui construisent nos vies, comme lorsqu’il va à la pêche aux crevettes avec son grand-père et apprend à faire des ricochets. On y découvre un Frédéric Beigbeder en proie aux mêmes démons que des millions de français, dans une France bourgeoise et fière en pleine évolution, où le divorce devient le lot commun des familles.

Dans ce nouveau monde, l’humour décapant est l’arme de l’écrivain et permet de multiples pirouettes pour mener le lecteur au coeur de son récit. Un roman français est en fait un pamphlet contre les gens qui se prennent trop au sérieux. Célébrant la liberté depuis sa cellule, deux jours de détention auront suffi à démontrer que dans Liberté, Egalité, Fraternité, seule la première compte vraiment. Beigbeder est un individualiste dans un monde où des quadragénaires argentés fraternisent pour oublier qu’ils vieillissent. Peut être égoïstement - mais qui pourrait le lui reprocher ? - ce livre est un faux mea culpa mondain d’un homme qui ne veut pas s’excuser de vivre.

Inspiré par l’appel de ce prix Renaudot, je saisie la main de Burcu, prends ma vodka chaude de l’autre, et m’enfonce au sein de la foule pour disparaître dans les splendeurs de la fête.


Le livre : Un roman français de Frédéric Beigbeder (Grasset, 2009)

« C’est l’histoire d’une Emma Bovary des seventies, qui a reproduit lors de son divorce le silence de la génération précédente sur les malheurs des deux guerres. C’est l’histoire d’un homme devenu un jouisseur pour se venger d’être quitté, d’un père cynique parce que son cœur était brisé. C’est l’histoire d’un grand frère qui a tout fait pour ne pas ressembler à ses parents, et d’un cadet qui a tout fait pour ne pas ressembler à son grand frère. C’est l’histoire d’un garçon mélancolique parce qu’il a grandi dans un pays suicidé, élevé par des parents déprimés par l’échec de leur mariage. C’est l’histoire d’un pays qui a réussi à perdre deux guerres en faisant croire qu’il les avait gagnées, et ensuite à perdre son empire colonial en faisant comme si cela ne changeait rien à son importance. C’est l’histoire d’une humanité nouvelle, ou comment des catholiques monarchistes sont devenus des capitalistes mondialisés. Telle est la vie que j’ai vécue : un roman français. » F.B.

Ce livre a reçu le Prix Renaudot.

Il recèle des pages splendides. Ce qu’il a perdu en agressivité, il l’a gagné en sophistication. En lyrisme, même. […] son humour est intact. 

L’Express.

Un roman français est sans aucun doute le meilleur roman de Frédéric Beigbeder, le plus sincère, le plus touchant.

Les Échos.
  • Nombre de pages : 288
  • Prix : 18.30 euros

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L'auteur : Frédéric Beigbeder

Romancier, Frédéric Beigbeder est notamment l'auteur de L'amour dure trois ans99 FrancsWindows on the world (prix Interallié 2003), Un roman français (Prix Renaudot 2009). Journaliste, il tient le feuilleton littéraire du Figaro Magazine. Il est chroniqueur dans la Matinale de France Inter et également pour El Pais Icon (Espagne), Interview (Allemagne), Esquire (Russie).

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Sujets :  XXIe

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